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18 novembre 2018 à 02:35:12

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich

Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich  (Lu 319 fois)

Hors ligne Loup-Taciturne

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[Poésie, auteur] Mahmoud Darwich
« le: 30 juin 2018 à 20:37:32 »
J'ai d'abord voulu poster dans "citations"

Et je me suis dit:
"Ça me donne envie d'ouvrir un sujet sur ce grand poète de l'exile tiens. P-e un jour..."
Finalement, comme ma citation est un peu longue et conscient que ce jour ne viendra p-e jamais, je propose dès à présent d'ouvrir cet endroit où partager des extraits et commentaires à propos de ce poète.


 « Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. Et ne lancez pas vos chevaux flammes sur les plaines. Vous avez votre dieu, et nous, le nôtre. Vos croyances, et nous, les nôtres. N’ensevelissez pas Dieu dans des livres qui vous ont fait promesse d’une terre qui recouvre la nôtre. Ne faîtes pas de Lui un huissier à la porte du roi. Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! Et sommeillez au-dessus de l’ombre de nos saules, pour vous envoler mouettes et mouettes, ainsi que s’élancèrent nos pères bienveillants avant de revenir paix et paix. Il vous manquera, ô Blancs, le souvenir de l’adieu à la Méditerranée et vous manquera la solitude de l’éternité dans une forêt qui ne débouche point sur un abîme, et la sagesse des brisures. Et il vous manque une défaite dans les guerres. Et un rocher récalcitrant au déferlement du fleuve du temps véloce. Et il vous manquera une heure pour une quelconque contemplation, pour que grandisse en vous un ciel nécessaire à la tourbe, une heure pour hésiter devant deux chemins. Euripide un jour vous manquera, et les poèmes de Canaan et des Babyloniens, et les chansons de Salomon à Shulamit. Et vous manquera le lys sauvage pour la nostalgie, et vous manquera, ô Blancs, un souvenir qui apprivoise les chevaux de la démence et un cœur qui racle les rochers afin qu’ils taillent dans l’appel des violons. Et il vous manque et manque l’hésitation des armes. Et s’il faut nous tuer, ne tuez point les êtres qui avec nous d’amitié se lièrent et ne tuez pas notre passé. Et il vous manquera une trêve avec nos fantômes dans les nuits stériles, un soleil moins enflammé, une lune moins pleine, pour que le crime apparaisse moins fêté sur vos écrans. Alors prenez tout votre temps pour la mise à mort de Dieu.
(..)
Laissez la flûte au vent, qu'il pleure le peuple de ce lieu blessé, et qui demain vous pleurera, demain vous pleurera.
(…)
Sous peu, vous édifierez votre monde sur le notre. De nos tombes vous tracerez les chemins vers les satellites. Voici venu le temps des industries. Le temps des métaux. Du charbon jaillit le champagne des puissants. Et ils y a morts et colonies, morts et bulldozers, morts et hôpitaux, morts et radars surveillant des morts qui plus d'une fois s’éteignent dans une vie, des morts qui enseignent la mort au monstre des civilisations, et des morts qui trépassent pour transporter la terre au-dessus des restent des défunts. Ô maître des Blancs, où emportes-tu mon peuple et le tien ? Vers quel gouffre ce robot hérissé d'avions et de porte-avions entraîne-t-il la terre ? Vers quel gouffre béant montez-vous ? Et tout ce que vous désirez vous échoit. La nouvelle Rome, la Sparte de la technologie et l'idéologie de la folie.
(...)
Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts. »
Mahmoud Darwich, dans, Le Dernier discours de l'homme rouge, 1992,  (traduit de l’arabe par Elias Sanbar).

Le regretté palestinien Darwich est universel et ô combien contemporain, dans ce monde chahuté qui pousse de plus en plus de monde sur les routes de l'exile. Ce sens de l'Histoire est sans doute le produit du choc colonial amorcé en 1492. La violence des confrontations entre systèmes de pensée, visions du monde, philosophies, différentes et systèmes techniques associés est certainement une tragédie de l'humanité. Ainsi, le poète ne se trompe pas de figure en convoquant l'histoire de la conquête du nouveau monde pour mettre en lumière les rapports entre colonisateurs et colonisé. Il projette le basculement du monde dans le passage des mondes localisés au monde globalisé, le passage de la magie à celui de la science, le passage de l'intégration à celui de l'exploitation, le passage du monde des morts vivants à celui des vivant morts et des morts morts. 
« Modifié: 30 juin 2018 à 21:06:38 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

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Re : [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich
« Réponse #1 le: 30 juin 2018 à 21:17:04 »
Joli recopiage, Loup (:
trop super de faire un sujet sur Mahmoud Darwich.

J'y vais aussi de quelques minuscules extraits...:

La poésie, mon ami, est cette nostalgie inexplicable qui fait d'une chose un spectre et d'un spectre une chose. ("Ne t'excuse pas")

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant,
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l'ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l'esprit.

(Je ne sais plus la référence...)

                                    Il était tard lorsque nous bumes. (René Daumal)

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Re : [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich
« Réponse #2 le: 30 juin 2018 à 21:30:51 »
Ce gossbo  :coeur:

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Re : [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich
« Réponse #3 le: 11 septembre 2018 à 23:46:08 »
Stylé !

En voici un dont l'écho résonne aujourd'hui certainement bien au delà de l'histoire du poète et même de celle de sa terre.

« (...) Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Darwich, Mahmoud, [1995] 2000 « Le voyageur a dit au voyageur, nous ne reviendrons pas comme... »,  La terre nous est étroite : 349)
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

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Re : [Poésie, auteur] Mahmoud Darwich
« Réponse #4 le: 16 septembre 2018 à 18:00:22 »
Comme d'hab, j'ai survolé ce sujet en 3 secondes, ça me fait assez d'at pour le mois...
Mais je suis bien tombé, il a l'air...
Un peu dans ce que je pourrait faire... avec ces moi et toi schizoïes...
Je lirai ptetr un jour détraumatisé...

++ !

 


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