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15 août 2018 à 04:57:54

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Auteur Sujet: Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)  (Lu 184 fois)

Hors ligne Nanten

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Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)
« le: 07 mai 2018 à 20:08:46 »
J'ai déjà parlé mes livres traduir dans français.  Maintenant, je vous présante mon roman-fantasy Le Chien Noir d’Alchester
dont les premiers chapitres il y a longtemps j'ai montrés sur un forum francophon. Alors, une personne m'a bien aidé, mais ensuite... Non, c'est une histoire triste.   :(
Dès lors, je ne traduisais plus ce texte.  Peut-être, maintenant, si son debut vous plaît... On verra! Pour le présant, je pose le premier chapitre.


Première partie


Un père crédule, un noble frère
dont la nature est si éloignée de faire le mal
qu’il ne le soupçonne même pas ! …
Comme sa folle honnêteté
est aisément dressée par mes artifices ! …
Je vois l’affaire…
Que je doive mon patrimoine à mon esprit,
 sinon à ma naissance ! Tout moyen m’est bon,
qui peut servir à mon but.
W.Shakespeare. " Le roi Lear".
Acte I, scène 2.





Chapitre I


La tempête tourbillonnait sur la lande à bruyère. Son obscurité épaisse remplissait le ciel de nuages lourds, et l'averse se pressait avec frayeur contre la lande et les escarpements rocheux, comme si l'eau cherchait dans la terre en se cachant aux coups violents du feu et du vent.
Elle se jetait précipitamment des cieux dans les bras marins et terrestres.
Les rochers se plaignaient sourdement, en brisant la frénésie de l'ouragan, et la mer se dressait jusqu’à leurs sommets, attrapant et détruisant la fureur des éclairs.
Les fissures de feu fendaient le ciel.
Et la lande faisait écho au grondement confus.
Traversant le vent violent et la pluie, le détachement des chevaliers galopait sur la plaine. Le chemin était détrempé, et la boue volait sous les sabots des chevaux éreintés.   
Les cavaliers se précipitaient vers le château qui s’étendait comme un dragon massif sur les rochers du littoral.
Il se prolongeait sur tout l’escarpement.
Les pics des tours s’élevaient sur les ailes des murs…
Il était difficile de distinguer la forteresse dans l'obscurité enragée, seul l’éclat des éclairs versait de temps en temps une lueur blanche sur les bastions ronds et solides.
C’était l'heure de passage à travers le combat entre la terre et le ciel…
…Le bruit discordant des fers à cheval roula sur la roche, et voilà que les chevaux se cabrèrent violemment près de la gorge profonde qui servait de fossé.
Le son du cor, perçant et impérieux, fendit le hurlement de la tempête, en partant des meurtrières du grand mur frontal.
Après un cliquetis, le bloc sombre du pont-levis s’inclina vers le bas, en tressaillant sous les coups frénétiques du vent…
…et, après un claquement sec sur les pierres, il tomba près des sabots des chevaux.
La colonne entra dans le château.
Les gros murs d’enceinte entourant la cour la protégeaient contre les attaques de la tourmente, et seules les flammes de nombreuses torches dans les mains des domestiques crachaient méchamment sur les trombes d'eau, se hâtant de régler leurs comptes avec celles-ci. Tous ceux qui s’étaient amassés autour des cavaliers, furent aussitôt trempés.
Un homme de haute taille, aux cheveux blancs, revêtu d’un manteau bleu jeté par-dessus sa tunique de velours, vint tenir l'étrier du chef de la cavalerie.
« Sire, c’est un grand honneur pour moi de vous recevoir dans les murs de mon château.
- Laissez, laissez, mon vieil ami, et épargnons à ces braves gens de rester sous la pluie. L'arrivée d’un visiteur doit amener la joie, et non un fardeau. Allons donc ! »
Celui qu’on appelait Sire, en faisant tinter sa cotte de mailles, se dirigea vers la trouée en forme d’ogive qui s’ouvrait sur un haut perron. L’hôte montrait respectueusement le chemin au visiteur de haut lignage, et dans la cour déjà un ordinaire remue-ménage commençait : on emmenait les chevaux, les écuyers du lord accompagnaient les chevaliers du roi aux appartements qui leurs avaient été assigné… Quant au roi, il poursuivait sa conversation amicale avec son vassal.
Un large couloir recouvert de tapisseries conduisait à intérieur du château. La chaude lumière des flambeaux tremblotait sur les murs.
« Quelle nuit damnée, mon bon ami, quelle nuit damnée ! Et sans la parole que je vous avais donnée, comte, je ne me serais jamais mis en route pour de si lointaines terres, et en pleine tempête qui plus est… »
Le lord s’inclina, sans ralentir le pas.
 «  Votre parole, Sire, a toujours été plus précieuse que l'or et plus solide que le fer, bien avant que vous réceviez la couronne d'Angleterre. Je n’ai pas douté une seule seconde que vous arriveriez ce soir, comme vous l’aviez promis. Je vous assure, mon Roi, que, sinon, j’aurais pensé qu’il vous était arrivé malheur et j’aurais envoyé mes chevaliers vous chercher dans la lande ! » 
Le roi rit.
 « Voici les paroles d’un véritable noble et d’un bon ami ! Mais où sont nos héros de la fête ? »
Le vieux comte se mit à sourire :
 « Oh, Votre Majesté, naturellement, ils sont ensemble, il est avec elle ! Ils sont inséparables, et très bientôt l’alliance sacrée offrira Francis à Frédérica aussi sûrement que Frédérica à Francis, et à moi, une bonne part des terres voisines !
-  Ah, roublard ! menaça du doigt le compagnon couronné. Vous avez réussi à tirer, même de l'amour de votre fils, profit pour le comté !
 -  Je ne suis qu’un maître diligent, sourit le comte. Et, pour le dire franchement, Votre Majesté : l'amour des enfants n’est qu’un intéressant moyen de faciliter le mariage que je souhaitais… mais je ne voudrais pas que Francis apprenne cela !
- Bien entendu ! éclata de rire le roi. Vous avez de la chance, sir Edmund !
 - Ce n’est pas Francis qui se marie avec lady Frédérica, mais la lande d’Alchester qui s’unit avec les vallées de Welcherst. Et c’est un grand honneur pour moi de voir mon Seigneur à ces fiançailles… »
Lord d’Alchester s’inclina, en ouvrant la porte ogivale devant le roi :
« Voici vos chambres, Sire. Les serviteurs attendent déjà, afin de vous aider à vous laver et vous changer, quant à moi, avec votre permission, je vais vous laisser pour annoncer à nos tourtereaux votre arrivée.
- Allez, allez ! ricana sous sa moustache fournie le roi. Je saurai faire mes ablutions sans votre aide ! »
Ayant ri, les deux vieux amis se séparèrent.
En dodelinant sa tête blanche, le comte alla à la grande salle.
…Le feu flambait gaiement dans l’énorme cheminée, et sous le haut plafond de pierre, des cierges tremblotaient sur le lustre rond en bois. Les grosses dalles du plancher et les murs bourdonnaient en laissant échapper le sifflement du vent éperonnant le château, les volets lourds fermant les meurtrières étroites hurlaient, mais ici, dans cette salle confortable, on ne voulait même pas penser aux intempéries se déchaînant au dehors.
Devant la cheminée il y avait une petite table d'échec, juste sur la peau duveteuse d’un cerf blanc, qui réchauffait les pieds des joueurs.
Deux personnes jouaient: un adolescent et une adolescente.
Encore toute jeune, presque une gamine, elle riait, en renversant la tête, et ses mèches souples, châtain, glissaient à tout moment sur ses épaules, sur la soie argentée de sa robe. La jeune fille faisait une grimace fâchée en tentant de nouveau et de nouveau de les rejeter dans son dos. Et le mélange ravissant du mécontentement et de la gaieté faisait étinceler ses yeux noisette.
« Alors, Francis, je vous avais bien dit que vous ne me feriez mat de nouveau ! Fi, que vous êtes  insupportable ! Je ne jouerai plus jamais aux échecs avec vous ! »
Le jeune homme de vingt ou vingt-deux ans porta les mains de sa lady à ses lèvres. Des petites étincelles riraient dans ses yeux noirs.
« Comment pourrais-je racheter un péché si abominable auprès de ma dame ? »
Ses cheveux noirs comme les douces ondes encadraient son visage, descendant sur ses épaules, sur le velours noir de sa tunique ornée d’une chaîne en argent. Francis n'était pas vraiment beau : ses traits étaient trop prononcés, mais le courage et la tendresse vivaient dans ses yeux, le seul charme capable d'orner la personne la moins marquante.
Mais il était impossible de qualifier ainsi lord Francis : svelte, grand, de fines mains.
Et le ravissement dans les yeux de sa fiancée en était la plus manifeste confirmation.
« Alors, milady ? Comment pourrais-je réparer mon péché ?.
- Comment ? »
La jeune fille cligna des yeux, en improvisant.
« Eh bien, racontez-moi la légende du Chien Noir !
- C’est une légende affreuse, mademoiselle. Êtes-vous bien sûre de vouloir l'entendre à la tombée de la nuit ?
- Milord, vous avez promis, il me semble ! Ne soyez pas raseur ! »
Francis s’inclina avec une humilité feinte.
« Si ma lady le souhaite, le vassal de son cœur obéit.
Il y a fort longtemps une famille d’un clan saxon habitait dans ces parages. Et le chef de la famille eut deux fils. L’un, nommé Gyrth, l'héritier légitime, et l'autre, né hors mariage, fils d'une esclave enlevée dans un pays lointain. Personne ne savait qui elle était puisque la pauvre avait perdu l’usage de la parole suite aux malheurs endurés. Son fils était un brave homme, mais son demi-frère aîné, l'héritier du domaine, grandit se révélant cruel et cupide ne pensant pas le moins du monde au bien-être de ses sujets. Une sourde haine pour Harold se développa dans son cœur… 
- Est-ce le bâtard qu’on appela ainsi ?
- Oui, c’est cela ! Francis fit-il avec un signe de tête affirmatif. Mais laissez-moi poursuivre. Un jour, Harold décida de se marier avec une belle jeune fille estimable qui convenait à sa position. Elle n’était pas une paysanne, mais venait d’une famille appauvrie, et de plus la cinquième fille. La beauté de lady Eadgyth constitua sa seule dot… avec son amour pour fiancé. Mais Gyrth, après avoir vu sa future belle-sœur, s’éprit d’un désir inavouable et coupable et décida d’en finir avec Harold qu’il détestait. Prendre sa fiancée pour son seul sombre divertissement le comblerait… Une nuit, avec une bande de complices, Gyrth attaqua la maison de Harold, tua son frère et puis enleva la jeune fille. Il viola la captive… je demande pardon, milady, mais vous avez insisté vous-même pour que je raconte cette légende... puis le lord la laissa partir. Ne pouvant pas endurer un tel déshonneur et un tel malheur, Eadgyth se jeta du haut des falaises sur ces rochers, sur lesquels, à présent se trouve notre château, milady. Elle trouva la mort dans les vagues de la mer…
- Terrible ! murmura du bout des lèvres l'auditrice.
- Mais vous n'êtes pas au bout. On pourrait d’abord croire que  Gyrth s’en est tiré à bon compte, mais il en se passa différemment. L'esprit de son frère ne pouvant trouver l’apaisement, depuis ce temps-là les gens voient dans la plaine, pendant les nuits obscures, un énorme chien noir qui tourne près des murs du domaine. En entendant son hurlement, dit-on, les gredins perdirent la raison et se mirent à avouer leur crime impuni. Puis, le temps passant, ces mêmes complices qui avaient assisté le lord pour faire sa sale besogne disparurent dans la lande, mais une fois, dans la même nuit orageuse que celle-ci, le hurlement du chien appela l’héritier lui-même.
On trouva Gyrth trois jours plus tard la gorge déchiquetée. Les gens racontèrent que c’étaient là les traces des dents d’un énorme chien… Les bavards racontent jusqu'à aujourd’hui, qu’on peut rencontrer sur la lande le sinistre chien noir qui suit les voyageurs de son regard brûlant dans la nuit… mais il n’attaque jamais les gens au cœur pur. Seuls les criminels doivent se méfier de ses crocs… Et vous, ma belle Frédérica, il ne faut pas pâlir autant ! finit  le jeune homme en souriant. 
 - Je comprends que ce n’est qu’un vieux conte ! secoua la tête la jeune fille. Bien que terrible, il n'y a rien à discuter…  C’est moi, une lady normande, qui devrait moins pâlir à cause de ces quelques fantômes que des Saxons eux-mêmes ! Nos pères ont fait construire leurs châteaux sur les domaines anciens et dirigent ceux-ci avec diligence et sagesse… au contraire de ce fou de Gyrth ! »
Francis sourit.
« Je vois, milady, que vous n’avez aucune sympathie pour lui… »
Frédérica serra ses mains jusqu’à les faire blanchir.
« Milord, réfléchissez ! Harold et Eadgyth… ils n'étaient donc pas plus âgés que nous… ils s’aimaient autant… voulaient autant être ensemble… Et ce damné a tout détruit pour un caprice ! Voilà… voilà ce qui m'a effrayée… Un tel destin.
- Je vous assure, vous n’avez pas à vous tourmenter avec de pareilles comparaisons, milady, hocha de la tête l'adolescent. Qu’aurait-t-il pu faire contre vous, ma fiancée ? Je ne suis pas ce pauvre bâtard Harold, et le roi lui-même arrive pour nos fiançailles. J'ai entendu  le son du cor… peut-être que Sa Majesté est déjà arrivée au château. Et très bientôt on pourra lire dans le livre paroissial de la chapelle :  En l'an de grâce 1130, en date de juin, le serviteur de Dieu, Francis, lord d’Alchester, et la servante de Dieu, Frédérica, lady de Welcherst, ont contracté un mariage légitime ».
Le jeune homme sourit tendrement, en portant les mains de sa bien-aimée à ses lèvres.
« Je vous assure, milady, que j’attends cela avec impatience.
- Moi aussi, Francky…  chuchota tendrement Frédérica, en baissant les yeux. Mais cette cruauté absurde me désespérera toujours… Pouvez-vous comprendre ce qu’a fait Gyrth ? »
De loin, par-dessus le hurlement de la tempête, une lourde sonnerie retentit soudain: l’horloge du donjon égrenait ses coups. Sept…
« Comprendre ? » Francis soupira et se rejeta en arrière sur sa chaise. « Partiellement...  Moi-même j’ai un frère bâtard, Richard, qui est mon cadet de deux ans. Cela a toujours blessé mon honneur que mon père, en souillant son lit du péché de chair, ait manqué à la fidélité du souvenir de ma mère… bien que ce soit préférable à l'adultère.  Comme si ce frère incarnait une provocation à la dignité de notre famille… Mais, d'autre part, ce n’est pas la faute du pauvre diable, n'est-ce pas, ma chère ? De plus, est-ce moi qui jugerai mon père ? Moi qui, à vrai dire, n’ai pas non plus dédaigné les plaisirs de la chair avec les filles de paysans et les servantes, avant de vous connaître. Aucune, comme vous l’imaginez, n’avait sa vertu… »  Le lord s’interrompit et demanda, avec inquiétude en regardant sa fiancée en face :
« J'espère que cet aveu ne vous éloigne pas ? Ce n'étaient que des paysannes, et je n’ai pas de bâtards de leur part.
- Ce n’étaient que des paysannes », dit Frédérica en haussant les épaules et en souriant. « Convient-il à une lady de leur être jalouse ? Au contraire, je vous suis gré, Francky, de vous être montré si honnête avec moi. Mais voulez-vous ajouter quelque chose ? »
Francis sourit en réponse avec un apparent soulagement et poursuivit :
« Je priais même mon père, s'il reconnaît Richard, de lui donner au moins une petite part des terres de notre fief… C’est à nous de répondre de nos péchés, et non à nos enfants… À mon père, et non à mon pauvre frère. » 
 Frédérica souleva un sourcil avec étonnement.
« Pourquoi donc ne m’avez-vous jamais parlé de votre frère auparavant ?.
 - Mon père me l'a interdit. Il présumait que votre famille, apprenant cette tache sur nos armes, nous refuserait votre main… »
La jeune fille se renfrogna. Son visage, tout à coup devenu très sévère, était éclairé par les reflets des flammes dansant sur ses cheveux, pareilles à des ombres dorées…
Enfin, la lady de Welcherst prononça à mi-voix :
« Il avait raison. À regret, il avait raison… Vous allez me présenter mon futur beau-frère ?
- Dick ? rit Francis. Mais certes ! C’est un brave garçon, un visionnaire acharné… Il n’a que dix-neuf ans ! Nous deviendrons une grande famille unie… croyez, à la différence du frère meurtrier de la légende, je serais bien aise sincèrement, si Dick trouvait son bonheur. Aujourd'hui il sera présenté au roi… et nous deux aussi, ma chère.
- Oh !  tressaillit d'émoi Frédérica. Sa Majesté Henri… On conte beaucoup de légendes sur lui ! Je serais très heureuse de rencontrer ce grand roi qui a su réconcilier les Angles les Saxons, et les Normands. Maintenant nous ne nous sentons plus les envahisseurs sur les terres d’autrui, et tout cela grâce à lui…
- Vous avez entièrement raison, milady, acquiesça d’un signe de tête le jeune lord. Ce n’est pas Guillaume qui a soumis l'Angleterre – c’est son fils cadet…  A présent, c’est bien notre terre !
- Mais, en premier lieu la seule chose qu’il a eu à lui céder c’est de l’argent, et même le trône de la Normandie était un rêve inaccessible pour Henri, le dernier fils ! »
Francis sourit.
« Entre nous soit dit, ma chérie, dit-il en abaissant la voix et en se penchant vers sa fiancée, le prince Robert est à sa juste place en prison, car comme régent il etait incompétent… Son pouvoir n’apporterait rien au pays sauf à nouveau du sang et des dépenses absurdes ! »
Frédérica rit :
« Mais la justice ?
 - La justice ? Est-ce que le calme de tout un pays ne pèse pas plus dans la  balance ? Les destins de mille pour le destin d'une personne ? »
Frédérica ne céda pas.
« Mais imaginez-vous donc à la place du prince ! Il a reçu la couronne, maintenant il a de l'eau croupie dans la casemate de sa prison ! Sachant pertinemment que sa place légitime était occupée par son frère cadet ! Que ce frère l'a trahi…
- Taisez-vous, milady ! »
Francis plaqua involontairement la main sur la bouche de sa fiancée.
« Que dites-vous, songez que le roi est dans le château !
- Êtes-vous inquiet pour moi ? »
La jeune fille sourit affectueusement, et au feu passionné de la discussion qui s'éteignait dans ses yeux, succéda la lumière de la tendresse.
« Comme je vous aime, Francky, même quand vous êtes juste un raseur…
- Soit je suis un raseur, mais je me souviens de mon devoir : être fidèle à mon roi et protéger ma lady… même d’elle-même !
- Vous vous fâchez contre moi, Francky… je comprends, je l’ai mérité… »  Frédérica inclina la tête d'une manière charmante, en regardant tendrement son fiancé. « Voyons, pardonnez-moi, milord… je n'ai fait que réfléchir un peu à haute voix…
- Milady, vous pourrez réfléchir sur n'importe quoi à volonté, quand vous deviendrez ma femme, et quand nous nous trouverons dans notre chambre à coucher. Vous pouvez être sûre que toutes vos idées seront correctement comprises et ne passeront pas ces murs… mais en d’autres occasions je vous conseillerais d'être plus circonspecte. »
La jeune fille mit sa main sur la main de son bien-aimé et prononça avec un sourire :
« Je vous prie, Francis, de me pardonner. Croyez bien, qu’ étant devenu votre femme, dans notre chambre à coucher je m’adonnerai avec plaisir à d’autres passe-temps qu’à des raisonnements oiseux ! »
Le jeune lord tenta de se renfrogner, mais ne put s’empêcher de rire.
« J'attends cela avec plus l'impatience que la vôtre, ma lady ! Bien que votre conversation me procure un plaisir incomparable…
- Alors je vous procurerai plaisir par tous les moyens possibles ! » rit aux éclats Frédérica.
 « Je vous prends au mot ! rit Francis. Encore une partie d'échecs ? »
Frédérica se redressa avec indignation sur la chaise. Ses yeux s’allumèrent.
Elle tentait avec acharnement de se fâcher pour de bon.
« Mais… vous… je vous ai promis de ne plus jamais jouer… et vous me le proposez de nouveau ?!.
- Vous m’avez promis de me procurer du plaisir, fit le jeune homme avec un petit rire. Par tous les moyens possibles. Mais pour le moment je ne peux ressentir plus de plaisir qu’en regardant votre visage, quand vous tentez d’évaluer une stratégie… vos lèvres tressaillent, vous murmurez quelque chose à vous-même… ces sourcils incomparables se renfrognent… si vous saviez, Frédérica, comme vous êtes belle au jeu !
- Ah, seulement au jeu ?
- Au jeu surtout », répondit imperturbablement le lord.
Frédérica soupira avec résignation :
« Placez… »
À peine Francis eut-il tendu son bras vers les pièces, que les portes s’ouvrirent, et que le vieux comte entra dans la salle.
« Vous voilà ici ! sourit-il. Vous amusez-vous ?. Allons, à vos chambres, et changez-vous ! Vous avez deux heures, et ensuite le roi vous attend dans la salle du festin ! Dépêchez-vous, mes enfants ! »
Les jeunes gens échangèrent un coup d'œil – Frédérica eut un petit rire, – et les échecs furent laissés pour un autre moment…
« Modifié: 11 mai 2018 à 09:16:13 par Nanten »
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Re : Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)
« Réponse #1 le: 10 mai 2018 à 21:05:12 »
Bonjour Nanten :)

Au fil de la lecture :
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Elle se jetait précipitamment des cieux dans les bras merins et terrestres.
=> marins
Citer
Les rochers se plaignaient sourdement, en brisant la frénésie de l'ouragan, et la mer se dressait jusqu’a leurs sommets,
=> jusqu'à
Citer
le détachement des chevaliers galopaient sur la plaine.
=> galopait
(tu accordes avec "le détachement", qui est au singulier).

J'adore ta description de l'orage, j'adore toutes tes métaphores.  :coeur:
Juste une question : ici :
Citer
Les cavaliers se précipitaient vers le château comme un dragon massif s’étendant sur les rochers du littoral.
C'est le groupe de chevaliers qui ressemble à un dragon ? (ce que j'ai cru au début)
Ou plutôt le château ?
Si c'est le château il faudrait modifier ta phrase : par exemple :
=> Les cavaliers se précipitaient vers le château qui s'étendait comme un dragon massif sur les rochers du littoral.

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L'heure de passage à travers le combat entre la terre et le ciel…
Là, je n'ai pas compris...  :(

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et voilà que les chevaux se cabraient violemment près de la gorge profonde qui servait de fossé.
Ici je mettrais du passé simple, car l'action de se cabrer est vraiment rapide :
=>  et  les chevaux se cabrèrent violemment près de la gorge profonde qui servait de fossé.
Citer
Le son du cor, perçant et impérieux, fendit le hurlement de la tempête, partait des meurtrières du grand mur frontal.
Tu ne peux pas utiliser deux verbes sans remettre de sujet au deuxième, s'ils ne sont pas conjugués au même temps. En + je pense que le son est parti, avant de fendre le hurlement de la tempête, ou alors il le fait en même temps ; du coup je mettrais un participe passé ou un participe présent.
=> Le son du cor, perçant et impérieux, fendit le hurlement de la tempête, en partant des meurtrières du grand mur frontal.

Citer
…et, après un claquement sec sur les pierres, celui-ci tomba près des sabots des chevaux.

=> il tomba
("celui-ci" fait référence au nom masculin le plus récemment écrit, dont ici ce serait le vent... alors que toi tu parles du pont).
Citer
Tous ceux qui s’étaient amassés autour des cavaliers, devinrent aussitôt trempés.
=> furent aussitôt trempés
(Ca se dit pas trop, "devenir trempés" ; sûrement parce que trempé est un participe passé, si ça avait été un simple adjectif on aurait pu l'utiliser après "devenir").
Citer
revêtu d’un manteau bleu, jeté par-dessus sa tunique de velours
=> il faut enlever la virgule après "bleu"
(Sinon on pense que "jeté" se rapporte au mot "homme" ; c'est un peu bizarre mais la construction de la phrase voudrait ça... alors que sans la virgule, "jeté" est dans la même proposition que le manteau donc il se réfère au manteau).

Citer
« - Sire,
=> Quand tu ouvres les guillemets tu ne mets pas de tiret.
Citer
bien avant que vous ne réceviez la couronne d'Angleterre.
=> receviez
Citer
l'amour des enfants n’est qu’une intéressant moyen de faciliter le mariage que je souhaitais…
=> qu'un intéressant moyen

Citer
- Pas Francis se marie avec lady Frédérica, mais la lande d’Alchester s’unit avec les vallées de Welcherst.
Je ne suis pas sûre de comprendre mais je crois que tu veux dire :
=>  - Ce n'est pas Francis qui se marie avec lady Frédérica, mais la lande d’Alchester qui s’unit avec les vallées de Welcherst.

Citer
Je saurais faire mes ablutions sans votre aide ! »
=> saurai
(C'est du futur).
Citer
les volets lourds fermés les meurtrières étroites, hurlaient,
=> fermant
(et j'aurais enlevé la virgule après "étroites").
Citer
Devant la cheminée il y avait une petite table d'échec, juste sur la peau duveteuse d’un cerf blanc, que réchauffait les pieds des joueurs.
C'est plutôt la peau de cerf qui réchauffe les pieds des joueurs, non ? Là tu écris que les pieds des joueurs réchauffent la peau de cerf... Ca me surprend.
=> qui réchauffait
Citer
glissaient à tout moment sur ses épaules, sur la soie argenté de sa robe.
=> argentée
Citer
Et le mélange ravissant du mécontentement et de la gaieté faisait étinceler ses yeux noisette.
:)
Citer
Le jeune homme de vingt ou vingt deux ans porta les mains de sa lady à ses lèvres.
=> vingt-deux

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Les petites étincelles riraient dans ses yeux noirs.
=> De petites étincelles riaient dans ses yeux noirs.
(On n'a pas encore parlé des étincelles donc on n'utilise pas "Les", qui est un pronom défini, mais plutôt un pronom indéfini : "Des" ou "De". Par contre, comme le français est embêtant, si tu mettais une précision sur les étincelles, tu pourrais utiliser "Les". Par exemple : "Les petites étincelles de ses yeux noirs riaient.").

Citer
- Comment ?. »
Citer
Êtes-vous bien sûre de vouloir l'entendre à la tombée de la nuit ?.
=> Les deux fois, il faut enlever le "." (Le "?" suffit).

Citer
Personne ne savait qui elle était puisque la pauvre avait perdu l’usage de la parole suite à ses malheurs endurés.
Tu peux écrire soit :
=> suite à ses malheurs
soit : => suite aux malheurs qu'elle avait endurés.
ou à la limite : => suite aux malheurs endurés.

Citer
Son fils était une brave bonhomme,
=> un brave
("bonhomme" ça fait un peu condescendant... c'est voulu ? sinon tu peux mettre juste : "homme").
Citer
ne pensant pas le moins du monde au bien être de ses sujets
=> bien-être

Citer
- Oui, c’est cela ! Francis fit-il un signe de tête affirmatif.
=> Francis fit-il avec un signe de tête affirmatif
Citer
avec une belle jeune fille estimable qui lui convenait à sa position.
=> il faut enlever le "lui"
Citer
La beauté de lady Eadgyth constitua sa seule dot… et son amour du fiancé.
=> son amour pour le fiancé.
Au lieu de "et", j'aurais mis autre chose... "avec son amour pour le fiancé" ou "ainsi que son amour pour le fiancé"...
Citer
s’éprit d’un désir invouable et coupable
=> inavouable
Citer
vous avez insisté vous-même à ce que je raconte cette légende
=> vous avez insisté vous-même pour que je raconte cette légende

Citer
Elle trouva sa mort dans les vagues de la mer…
Souvent on dit plutôt "trouver la mort" mais tu peux utiliser "trouver sa mort" si tu veux.
Citer
- Terrible !   murmura sur le bord de lèvres l'auditrice.
Souvent on dit plutôt "murmura du bout des lèvres".
(et tu as deux espaces en trop avant "murmura")
Citer
mais il s’en suivit différemment.
On dirait plutôt : "il en fut différemment".
Je ne sais pas comment retranscrire parfaitement ton idée...

Citer
Les bavards racontent que jusqu'à aujourd’hui,
=> il faut enlever le "que" (tu as mis "qu'" après).
Citer
il ne faut de pâlir autant ! finit  le jeune homme en souriant. 
=> il ne faut pas pâlir autant !
Citer
hocha la tête l'adolescent.
=> hocha de la tête l'adolescent
(je ne suis pas trop sûre pour ce dernier morceau de phrase mais c'est le plus simple pour garder ton idée).
Citer
Qu’aura-t-il pu faire contre vous, ma fiancée ?.
=> Qu'aurait-il pu faire
=> pas de "." après le "?"
Citer
chuchota tendrement Frédérica, en baissant ses yeux.
=> en baissant les yeux
Citer
Mais cette cruauté absurde me désespèrera toujours…
=> désespérera
Citer
Pouvez-vous comprendre ce qu’a fait Gyrth ?. »
Citer
« Comprendre ?. »
=> pas de "." après le "?"
Citer
une lourde sonnerie arriva soudain:
=> une lourde sonnerie retentit soudain :

Citer
Francis soupira et se rejeta en arrière de sa chaise.
=> en arrière sur sa chaise
Citer
- Ce n’étaient que des paysannes », haussa les épaules Frédérica, souriant.
=> dit Frédérica en haussant les épaules et en souriant.
Citer
Il présumait que votre famille, apprienant cette tache sur nos armes, nous refuserait votre main… »
=> apprenant
Citer
des flammes dansants sur ses cheveux pareilles à des ombres dorées…
=> dansant
Je pense que ce morceau de phrase pourrait être plus clair si tu mettais une virgule :
"des flammes dansant sur ses cheveux, pareilles à des ombres dorées"
Citer
- Dick ?. rit Francis. Mais certes!
=> pas de "." après le "?", et il faut mettre un espace avant le "!"

Citer
« Entre nous soit dit, ma chérie, abaissa-t-il la voix, en se penchant vers sa fiancée,
=> dit-il en abaissant la voix et en se penchant vers sa fiancée
Citer
Robert est à sa juste place en la prison,
=> en prison (il faut enlever "la")
Citer
sauf à nouveau du sang et des dépenses    absurdes ! »
=> tu as trois espaces en trop avant "absurdes"
Citer
- La justice ? Est-ce que le calme de tout un pays ne pèse pas plus dans la  balance ?. Les destins de milles pour le destin d'une personne ?. »
=> pas de "." après les "?"
=> mille

Citer
« Quelles choses vous parlez, songez que le roi est dans le château !
- Craignez-vous pour moi ?. »
Au lieu de "Quelles choses vous parlez", je mettrais "Que dites-vous"
On dit "craindre quelque chose", on n'utilise pas tellement "craindre" tout seul... tu peux peut-être changer pour "Êtes-vous inquiet pour moi ?"
Citer
La jeune fille sourit affectueusement, et le feu passionné de la discussion s'éteignit dans ses yeux, succéda la lumière de la tendresse.
On dit "succéder à quelque chose", du coup je mettrais :
"La jeune fille sourit affectueusement, et au feu passionné de la discussion qui s'éteignait dans ses yeux, succéda la lumière de la tendresse."

Citer
- Alors je vous procurera plaisir par tous les moyens possibles !
=> je vous procurerai du plaisir
Citer
Francis saisit.
Je ne sais pas ce que tu veux dire par là ?

Citer
- Vous m’avez promis de me procurer plaisir, émit un petit rire le jeune homme.
=> procurer du plaisir
=> fit le jeune homme avec un petit rire.
Citer
si vous saviez, Frédérica, comme vous êtes belles au jeu !
=> belle



Merci pour ce partage et bravo pour la traduction.
Le texte doit être magnifique en russe  :coeur: j'aime beaucoup toutes tes métaphores, et la tendresse qui se dégage des échanges entre les deux amoureux... !

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Re : Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)
« Réponse #2 le: 10 mai 2018 à 21:53:40 »
La lutte vivante des éléments, c'est de toute beauté.
J'ai aimé la richesse et la vivacité des échanges.
Ainsi que l'atmosphère, le style bien particulier mais qui coule aisément, avec un grand naturel.

La suite, la suite !
“Tout romancier, tout cinéaste, a au fond de lui un nombril du monde à exhiber.”
Michel Audiard.

“Un artiste, c’est quelqu’un qui se penche par la fenêtre là où on ne le ferait pas, qui doit nous montrer des choses qu’on n’ose pas aller regarder.”
Tania de Montaigne.

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Re : Re : Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)
« Réponse #3 le: 12 mai 2018 à 17:06:12 »
La lutte vivante des éléments, c'est de toute beauté.
J'ai aimé la richesse et la vivacité des échanges.
Ainsi que l'atmosphère, le style bien particulier mais qui coule aisément, avec un grand naturel.

La suite, la suite !

Merci beaucoup,  Le Chien Noir, réellement, est le roman d'ambiance, d'entourage, et je suis heureuse si j'ai obtenu l'apporter aux lecteurs. Je pense que j'y mettrai la suit si elle vous intéresse.

Bonjour Nanten :)
Bonjour, Ariane!
Merci pour tous tes corrigés. Je pense déjà prendre un cahier et y écrire tous tes conceils de style.  :-[ Oui, je le ferrai!  ::)

Citer
J'adore ta description de l'orage, j'adore toutes tes métaphores.  :coeur:

Merci.   :coeur:  Tu sais, il était plus facile de les écrire en russe que faire la même chose en français  :) D'un autre côté, les traductions m'aident savoir mieux le français et sa richesse.

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L'heure de passage à travers le combat entre la terre et le ciel…
Là, je n'ai pas compris...  :(

Je voulais dire que le détachement des chevaliers allait pendant une heure, en plein de tempête.

Citer
On dirait plutôt : "il en fut différemment".
Je ne sais pas comment retranscrire parfaitement ton idée...
:(


Citer
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Francis saisit.
Je ne sais pas ce que tu veux dire par là ?

Il l'a pris au mot  :) J'écrit cela ci-après.  :-[

Citer
Merci pour ce partage et bravo pour la traduction.
Le texte doit être magnifique en russe  :coeur: j'aime beaucoup toutes tes métaphores, et la tendresse qui se dégage des échanges entre les deux amoureux... !


Merci, Ariane, ce m'est si flatteur!  :coeur: Merci bien pour ton aide. 
À propos, si tu veux, tu peux regarder une note dans mon blog sur LitNet du Chien Noir. Tu peux la traduire ici. Là, il y a quelques photos de ces lieux-là dont j'écris dans le premier chapitre. 
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Re : Le Chien Noir d’Alchester (du Russe au Français)
« Réponse #4 le: 13 mai 2018 à 17:14:39 »
Chapitre II


Le bout de la vaste table se perdait dans les profondeurs de la salle éclairée que par les flambeaux. Les hôtes riaient bruyamment et parlaient, les pages faisaient la navette, en portant du gibier et du rôti sur les plats énormes. Un garçon était assis près de la cheminée allumée clairement et s'occupait du serf monstrueusement volumineux, en le tournant de temps en temps sur le feu et l’arrosant avec de vin. La flamme grésillait et pétillait méchamment sous la voûte de la cheminée, et le valet coupait les parties les plus rôties et les mettait sur le plateau.
Les musiciens jouaient ardemment au fond de la salle du festin, et leurs flûtes soufflaient et leurs violons glapissaient, en renforçant le bruit régnant. Les ladies assises dans la salle : les femmes et les filles des vassaux du comte invités aux fiançailles – s'emmitouflaient dans les mantelets en fourrure, en tentant  de se défendre des courants d'air dont les ruisselets  froids suintaient de dessous les volets, en faisant s'élever et se dégonfler les tapisseries.
Mais cela n'empêchait pas du tout la gaieté.
Les dames écoutaient avec bienveillance les compliments galants de ses chevaliers, et chacune, sans répugnance en aucune façon, mangeait avec plaisir dans la même assiette que son mari, comme il était d’usage à ces temps. Les cuillères cognaient sonorement, mais leur bruit se perdait sur le fond de la cacophonie globale des voix fortes et du rire.
Les hommes se versaient le cher vin de la Bourgogne en quantité gigantesque et mordaient avec un vrai régal enjoué dans les morceaux croustillants gras du gibier.
Le mur central rappelait une petite clairière printanière, celle-ci était si vivement coloré d’étendards de tous les chevaliers invités aux fiançailles, juste sous les armes de leur seigneur, le lord d’Alchester : le champ blanc-bleu d’un léopard dormant en argent.
L’étendard du roi couronnait ce tableau pittoresque : d’écarlate joint de deux léopards d'or.
Cela signifiait que le roi était présent dans le château.
Sous les bannières, sur une estrade destinée à Sa Majesté, on prépara déjà un haut fauteuil et on tira au-dessus le baldaquin écarlate avec les glands d'or.
Tout parassait à l’évidance l’arrivée du monarque de l'Angleterre.
Et voici que le chant clair des trompettes, comme un rayon solaire, perça le nuage du vacarme, et dans le silence qui s’en suivit une voix forte résonna, qui annonça :
« Sa Majesté, le roi de l'Angleterre et le duc de la Normandie, Henri ! »
Tous se levèrent comme un seul homme, en saluant leur roi.
Un homme maigre de haute taille, à la barbe blanche coupée courte, se leva de l'estrade et s’assit sur le fauteuil  pour ses soins préparé.
« Asseyez-vous et continuez à vous égayer, mes lords et mes ladies ! fit un signe de tête Henri. C’est une grande joie pour moi de vous voir à la fête de mon bon ami ! »
Lorsque le bruit se tut, le roi se retourna vers le comte qui n’était pas loin :
« Assieds-toi donc, Edmund! Nous avons beaucoup des choses de souvenirs communs, discoutons-en, veux-tu ?.
- Oh, Votre Majesté êtes si bons… s’inclina le lord d’Alchester. Mais je voudrais au préalable vous présenter mes enfants…
- Ah, nos héros de la fête ?  rit le roi. Oui-oui, je l'attends avec impatience !
- Je suis fier de vous les présenter et aussi mon fils cadet… »
Henri releva avec étonnement son sourcil. L’hôte du château sourit dans sa barbe blanche.
« J'ai un autre fils, celui-ci se nomme Richard. Il a dix-neuf ans.
- Qu’avais-tu à te taire, coquin ? feignit de se fâcher le roi. Espèce de vieux polisson… Attends, mais ta lady d’Alchester est morte quand ton Francis n’a qu’un an et demi à peine ! Je devine… quel fripon… »
Le maître de l'Angleterre menaça le comte du doigt.
« Je connais ce tripotage… Néanmoins, reconnaître des batards?. Es-tu bien sûr de vouloir présenter ce gamin impertinent qu’ est venu au jour sans invitation, à ton suzerain ?.
- Francis me le demandait, poussa d’un long soupir  le comte. Aussi j'eus peine à m'opposer à ses persuasions : Dick est mon fils donc, et c’est au-dessus de mes forces que le désavantager, en rognant même cette bagatelle-là, que je peux lui donner… Peut être, Sire, prendriez-vous mon garçon comme votre écuyer, jusqu’à qu’il puisse mériter le droit de recevoir la chevalerie de vos mains ? Il n'a pas d'autre chance… »
Le roi fit une grimace.
« Un batard… comme écuyer... »
Le comte se renfrogna.
« Mon fils, Sire ! martela-t-il avec froideur. Je vous assure, mon garçon ne le cède en rien à ces jouvenceaux-là, lesquels ont eu la chance de naître au mariage légitime ! Il est autant fort et habile, intelligent – ce qu’ on ne peut pas dire de beaucoup de personnes – bien élevé et ayant appris à manier toutes les armes qui incombent se rapportant à un noble chevalier. Mes fils ont été élevés et enseignés à l’égal ! C’est uniquement par ma honte que je cachais l'existence de Dick à tout le monde. Mais maintenant, quand le destin de mon héritier Francis est fait, je peux penser à mon fils cadet… Et j’intercède pour lui auprès de vous, Sire… »
Henri soupira.
« Vos sentiments me sont compréhensibles, mais je n’aime pas faire des promesses inconsidérées. D'abord je verrai ce jeune homme… mais, comte, je vous promets  d'avoir en vue Richard en tous cas et de prendre soin de son destin. Invitez donc de vos pupilles à entrer !
- Ils attendent déjà. »
Et le comte s’écria dans l’embrasure des portes ouvertes :
« Francis ! Frédérica ! » 
Ils se présentèrent, en se tenant par leurs mains. Francis était habillé de la même tunique noire avec sa chaîne en argent sur sa poitrine, mais Frédérica ne avait pu se priver du plaisir de briller au vu du roi et des chevaliers. Elle arborait une robe éblouissante bleu clair cachetée d’une ceinture d'or, sur que le scintillement des flambeaux ruisselait, en tremblotant. La jeune fille avait serré ses cheveux sous un voile arachnéen descendu d’un "vaisseau" : d’un hennin bicorne sur le front.
Francis ne détachait pas son regard ébloui de sa bien-aimée.
Le roi sourit, en hochant la tête.
« Cette lady éclipsera le soleil de par sa beauté. Si je n'étais pas un chevalier véritable et n’était pas entèrement dévoué pour ma reine, je vous envierais, mon jeune comte ! »
Frédérica s’empourpra et se figea dans la profonde révérence, n'ayant pas trouvé des paroles adaptées.
« Vous avez raison, Sire, j’en suis éperdument amoureux, répondit Francis avec révérence.
- De plus, votre fiancée est modeste, dit le roi, et ne jacasse pas sans trêve comme certaines dames de la cour. En effet, aucunne chose n’orne mieux la jeune fille, que elle soit lady ou dernière des paysannes, que la modestie ! Ma jeune lady, vous et votre famille pouvez vous mettre à ma table.
- Je vous remercie, Sire. »
 La comtesse de Welcherst totalement décontenancée marmonna ces mots très bas, en s’affaissant dans une des chaises préparées pour les commensaux du roi.
La tendresse inépuisable luisait dans les yeux noirs du jeune comte :
« Vous avez précisément remarqué, Votre Majesté. Frédérica est modeste, et c'est pourquoi elle réserve tous les trésors de son profond esprit aux amis proches.
- Je serai heureux d'être parmi eux avec le temps, s’inclina galamment le roi. Asseyez-vous donc, mes milords ! Vous faites attendre non seulement votre suzerain, mais aussi votre lady, et c’est un crime autrement plus grave !
- Assieds-toi, Francis ! ordonna le père au jeune lord. Quant’à moi, j'invite sur ces entrefaites ton frère. Richard ! » 
Frédérica tourna sa tête avec curiosité.
Un adolescent frêle, de taille moyenne, de constitution si délicate qu’ il semblait être un elfe impalpable, monta vers l’estrade. Ses grands yeux qui couvrait la moitié du visage ressemblaient aux émeraudes de la première eau : éclat froid d’un regard ferme. Tels auraient pu être les magnifiques yeux des ondines…
Parfaits et impassibles.
Ses mèches souples, blonds, presque incolores, effleurants les épaules encadraient son visage fin, pâle jusqu'à une transparence  portante la lumière. Ce garçon ressemblait au lys, ses pétales ouverts sur un marais froid.
Ni une chaîne ni une boucle ni même un fil précieux n'ornaient sa tunique noire simple.
Le jeune homme mit genou à terre devant Henri.
« Là, là… sourit le roi. Mais ne vous trompez pas-vous, Edmund ?. Cet être n’est-il pas une demoiselle travestie ?.
- Je vous assure, son extérieur est trompeur. Mon Richard est un guerrier fort et habile, attesta le comte.
- Bien sûr, à chaque oiseau son nid est bon… marmonna le monarque. Avec qui t'es-tu lié pour l’avoir ? Quelle fée ou quelle naïade t'a-t-elle fait un tel don ? Il y a quelque chose de maléfique dans cette beauté maladive, ma foi… Et Francis m'est autrement plus agréable, quoique lui-même ne soit pas beau godelureau ! »
Dick écoutait tout cela sans frémir, son visage restait impassible. L'adolescent attendait, quand le roi lui permettra de se lever.
« Ça importe peu, de qui je l’ai… marmonna le comte, en détournant les yeux. Cette jeune fille n’est pas de nos parages. C’est mieux ainsi… Je me suis tellement habitué à rougir de mon péché, en voyant ce garnement, que maintenant je ne suis plus capable d'en avoir honte. Dick est un chevalier véritable, je vous assure. Donnez-lui sa chance de le prouver, Votre Majesté !
- Je ne doute pas de sa noblesse, puisqu’il est votre fils, Edmund ! Eh bien, mon garçon, tu es destiné à être mon écuyer, le sais-tu ?
- Je serai heureux d'obéir à la volonté de mon père et de servir mon roi, dit Richard en s’inclinant.
- On verra, sourit le roi Henri se radouci, il en sera heureux, tiens… Assieds-toi avec nous, on va voir tes manières !
- Je vous remercie d'un si grand honneur, Votre Majesté. »
Les conversations autour de la table fusaitent, aimabilités, plaisanteries tissaient la soie douce d’une intimité glissante au-dessus de la table.
Francis remarqua :
« Le trentième anniversaire de votre avènement au trône arrivera bientôt, Votre Majesté. »
Le roi fit des signes de tête affirmatifs avec bonhomie :
« Vous parlez, jeune homme, comme le temps passe ! Il semblait être encore hier, j’étais un gamin courageux partant pour la bataille de Tinchebray , mais à présent… Six ans me séparent de l'anniversaire de mon règne ! C’est passé si vite, dommage…
- Oh, Votre Majesté ! répliqua Frédérica. Vous êtes, comme auparavant, un bel homme et un chevalier vaillant !
- Et les cheveux gris m'ornent ? sourit le roi. Ah, mon enfant, mon enfant… Je goûte votre politesse, mais mon esprit ne peut s’y tromper, on a beau vouloir croire en de tels mots jeune belle fille… »
 Le jeune lord s'intéressa :
« On n’a aucune nouvelle de la Normandie ? »
Henri se renfrogna un peu.
« Dans un festin convival, je n’aime pas me rappeler des morts, mon ami.
- Est-ce que votre frère a décèdé ?. »
 Francis laissa échapper involontairement cette dernière phrase.
Le regard d’Henri devint vitreux et inexpressif.
« Je préférerais qu'il décède, répondit-il lourdement le roi. Ce serait mieux pour Robert que d’être dans le cercueil plutôt que dans sa casemate…  Mais lui-même a choisi un tel destin !
- Pourquoi ?. laissa échapper Frédérica.
- Mon enfant, prononça amicalement Henri, la politique est une affaire si complexe et embrouillée qu’il ne convient pas de remplir votre petite tête charmante de ces choses inutiles. Messieurs, ne fatiguons pas d’avantage notre jolie lady… »
Alors, le jeune blond Dick engagea une conversation sur la chasse, et tous furent captivés par ce sujet passionnant…
Le roi jeta un regard reconnaissant sur le jeune homme.
On parlait gibier, cerfs, sangliers, s’ensuivit des sujets autres tels légendes et créatures plus terribles : dragons et basilics. Frédérica discuta pour de bon avec Dick, s'il y a des monstres représentés si souvent sur les armoieries.
La lady de Welcherst protesta avec passion :
« Toute cela n’est que légende !.
- Mais j' ai entendu dire, ma lady, qu’on aurait vu des dragons dans la montagne de l'Ecosse. Et ailleurs aussi sur le continent…
- Mon lord, moi aussi j'aime les légendes, répondit Frédérica souriante.
- Quand grandiras-tu enfin, Dick ? soupira avec reproche son frère aîné.
- Notre Richard est un visionnaire, sourit de façon indulgente le comte Edmund. Á dix-neuf ans ce n’est pas un crime.
- Les miracles de Dieu sont intarissables, remarqua philosophiquement le roi. Qui sait, peut-être que Dick n’est pas si loin de la vrai ?. »
Tous se séparèrent joyeux mais fatigués, et pour le lendemain il fut convenu que si la tempête cessait, on partirait, bien sûr, pour la chasse,  sinon, alors de faire des compétitions de troubadours. Qu’ils chantent en l'honneur des amoureux !
Frédérica était ravie.
…Richard et Francis s’en allaient ensemble dans le couloir de leurs chambres à coucher. La lumière des flambeaux, en serpentant, léchait les murs avec des reflets roux, dorant ainsi la face des jeunes gens passants devant.
« Je ne peux que te féliciter, Dick, remarqua le frère aîné, en donnant au compagnon une tape sur l'épaule. Tu as fait bonne impression sur Sa Majesté ! Tu peux déjà te considérer comme un homme de sa suite. Je suis content de toi.
- J'espère faire encore meilleure impression sur lui, sourit du bout des lèvres l'adolescent.
- Comment trouves-tu ma fiancée ?
- Je ne deviendrais pas fou d’elle, mon frérot, mais aussi il n’y a rien à critiquer. Ce serait une jeune fille comme les autres jeunes filles, si tu ne lui trouvais pas toutes ces qualités incroyables, lesquelles sont issues de ton imagination fertile.
- Laisse, Dick ! Frédérica est une merveille… d'ailleurs, c’est moi qui me marie avec elle, non pas toi, c’est à moi de voir ses qualités. Il serait étrange, si son beau-frère les apercevait, et non pas son mari…
- Si moi j’étais un fils aîné, il me faudrait me marier avec cette lady. Est-ce que tu ne comprends pas, combien ce mariage est avantageux ?. Toi, comme le frère aîné de Sa Majesté, Robert, tu es quelque part dans tes rêves, éloignés de la réalité… mais, à la différence du pauvre prince, au moins tu fais ce qu'il faut ! Tes motifs sont incorrects, tes résultats sont justes !
- Si tu étais un fils aîné, personne ne se mettrait à te marier contre ton gré, Dick…
- Mais qui t'a dit que ce serait contre mon gré ?. Je me marierais avec elle, parce que c'est avantageux, Francky ! »
 Dick s'arrêta, ayant tourné son fin visage vers son frère. Son regard était une flamme froide.
« Mais laissons cette conversation. Dis-moi, notre père ou le roi ne t’ont rien dit ? Ils étaient contents de tout ?.
- Oui, s’étonna Francis. Tu étais toi-même à notre table !
- J'ai noté qu’ ils ont échangé des coups d'œil derrière ton dos, et je m’en suis inquiété, Francky. Conviens que je suis plus observateur que toi, et je me fie moins à mes sentiments. Il est plus ardu me donner le change…
- Mais je joue mieux aux échecs ! rit son frère aîné.
- Ne sois pas un enfant, Dick hocha la tête et ses cheveux clairs comme les ruisseaux serpentants  se répandirent sur ses épaules. Quelle chose y touchent les échecs ? Tu joues mieux, parce qu'avec ces petites pièces en bois tu rejettes tous tes sentiments, toutes tes passions orageuses. Mais avec les gens tu es prisonnier de tes illusions, tu préfères souvent voir les choses telles que tu veux qu'elles soient, et non pas telles qu’ elles sont… Mais moi, je suis toujours immuable. Crois-moi donc : le temps est à l'orage au-dessus de ta tête. Le regard du père ne m'a pas plu. Le regard du roi ne m'a pas plu. »
Francis se renfrogna.
« Qu’est-ce que tu veux dire ?
- J'admets que, peut-être, cela m’a semblé, ou que j'attache trop de sens à ce clin d’ œil… mais ne pourrais-tu rester dans ta chambre jusqu'au matin, jusqu’à ce que j'en sache plus ?. D’autant plus, que notre père a l’intention de venir dans ma chambre m’entretenir avant de dormire… Aussitôt que je saurai la vérité des choses, je viendrai tout de suite à toi et je te le raconterai.
- En tout cas, je me propose de dormir jusqu'au matin, haussa ses épaules Francis. Tu t'effraies des ombres, Dick. Ta tête est toujours pleine de fantaisie… »
Le frère aîné sourit.
« De grâce, apprends des choses, si ton cœur t’en dit. Je serai dans mon lit jusqu'à l'aube. Mais ne t’embarque pas toi-même dans quelque histoire ! »
A ces mots, l'adolescent rit et ferma derrière lui la porte de la chambre à coucher.
Dick la contemplait de ses yeux froids impassibles de sphinx.
Il murmura à mi-voix :
« On verra bien qui rira le dernier, Francky. »
L’horloge de la tour sonna onze heures.
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