Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

11 décembre 2019 à 21:41:28

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » Une nouvelle nuit commence

Auteur Sujet: Une nouvelle nuit commence  (Lu 736 fois)

Hors ligne lesruines

  • Plumelette
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Une nouvelle nuit commence
« le: 27 décembre 2017 à 19:54:59 »
                                    Je propose à votre critique le début du premier chapitre de l'un de mes romans, avec le souci de recevoir votre avis sur la question... 
     Chapitre I

                               Mus par la nécessité d'agir prompto, deux policiers se pointent... Un troisième demeure en arrière de leur position. Il faut faire discréto en ce quartier où se mélangent des travailleurs pauvres et des diogènes. Il n'y a aucune raison de braquer le populo pour obtenir un résultat, une info sur l'enquête.Leur entreprise ne doit pas vlancher. Ils n'ont pas besoin d'être une cinquantaine. ça leur suffit amplement le nombre restreint d'une équipe éprouvée. Ils se connaissent , et en cas de coup dur ils savent se soutenir les uns les autres, en relation avec une unité spécialisée, sur place à deux pas de Versaglier, le quartier déshérité qu'ils visitent. On reste poli à côtoyer la mistoufle. On y a intérêt. Elle touche soixante dix pour cent de la population. Le seuil de pauvreté est oubliée depuis belle lurette. Je suis pas là en vue d'établir les statistiques officielles, mais ça compte au tableau de la vision. Ils sont au jus de ça les trois poulardins détachés. Je ne les vois pas quand ils débarquent, de prime abord. je ne les sens même pas. Je manque à mon flair. Il est pas légendaire, mais d'ordinaire je renifle la schtourbe à distance. ça doit venir du fait que je ronquais il y a peu encore. J'ai grand besoin de repos. Durant la tempête que l'on vient d'essuyer je me suis donné à plein. C'est pourtant pas ma nature de me soucier du sort des autres. Sauf que là, je me suis senti envahi d'une espèce de fraternité à soigner  mon prochain dans la tourmente. Quatorze heures que ça a duré, entre les pointes à cent quarante kilomètres heure, les quelques accalmies suivies de multiples reprises du cirque des éléments enragés.

                                 "-Ca se venge ! Ca se venge ! " a répété à plusieurs reprises  ma voisine, Garance Tenichère. Elle dit ça sans préciser plus sa pensée, mais elle semble voir juste quand à une possible volonté de la nature de s'en prendre à nous. Nous nous sommes retrouvés associés elle et moi, alors qu'il ventait, parmi les équipes de secours. Pas étonnant qu'ils se déplacent au lendemain d'un pareil épisode où tout est revenu au calme, mis à part des touffes de feuille sur des branches arrachées et quantité d'objet balancés selon des trajectoires diverses. Ils évoluent à travers, à travers, et parvenus au vingt cinq de la rue Rodier, ils sonnent à une lourde aux autres ressemblantes.

                                 Pas davantage Garance Ternichère que moi nous ne les voyons toquer à proximité. Mais que l'on vise ou pas la scène, ça répond avec du retard à l'allumage.
"-Ouais, ouais ! On s' magne !
-Il n'est que très tôt à c' t' heure. Qui c'est ?
-Tu me poses de ces questions... ! On croirait que je sais. Remets ton bénard et réponds-leur à ces sui j'ignore ! "
L'homme ainsi interpellé ne trouve rien à rétorquer, et il lance, comme si des gens à son service l'accompagnaient : "-On vient, oui on vient ! C'est pas la peine de taper si dur !... "
Il ouvre enfin. Sa femme et lui font face aux bourres, et ils devinent qu'il y a une espèce d'embrouille qui s'invite avec eux.
"-Oui...
-Police. bonjour. Nous pouvons entrer... ?
-C'est pourquoi ?
-Juste quelques précisions...
-Bah v'nez alors... "
Ca paye pas de mine dès le départ, cet intérieur. Tout en sombre que ça se révèle. Plus loin, après le couloir, des fenêtres ouvertes donnent du jour. C'est là que vivent les occupants... Ils proposent pas de se poser un cul. Pourtant, il y a deux fauteuils qui se font face au salon de la baraque.
"-Alors, ça consiste en quoi vot' venue ? " lâche l'homme.
Celui des policiers qui paraît mener la démarche abat une carte maîtresse d'entrée de jeu : "-Nous aimerions entendre le témoignage de votre fils pour une affaire le concernant... "
Leur rejeton aux deux, passe le plus souvent en coup de vent, sans même qu'ils sachent où il crèche au juste, et cette question les remplit de méfiance. Y compris si Antonin officie au rang de mouche à merde ordinairement, ils se voient pas de raguser à son encontre. Ils sont pas des donneur. Ils se ferment.
"-Alors, vous savez où il est ?
-Qu'est-ce qu'il a encore fabriqué ? interroge la mère. On le tient au mieux.
-On vous demande juste une indication...
-Il nous tient pas informé de ses missions en particulier...
-Il se déplace sans notre permission.
-On est pas comptable.
-Est-ce que vous savez s'il connaît une Caroline Conchalez ? "
Ce nom chante pas à leur caberlot, même en une lointaine relation.
"-Il a pas d'femme ! lance la mère.
-Elle suit des études... "
Ils regardent les deux flics comme s'ils jactaient en Espéranto. Des études de qui ? Des études de quoi ? Ils sont pas au jus de toutes ses connaissances, mais une Caroline Machinchouette, ça peut faire la bauge. Pourquoi pas elle ? Il est des fois pas si regardant. Alors, une studieuse, si c'est son lot...
"-Vous êtes à ses trousses ?
-Ses parents nous ont signalé sa disparition.
-Ils sont p'têt ensemble....
-Ecoutez bien. S'il se présente, dîtes-lui de se rendre à l'Hôtel de police.
-On lui f'ra la commission. Promis... ! "

               C'est à ce moment, ou très peu après, alors que les poulets sont encore là, qu'une salve de détonation éclate, suspendant le silence une poignée de secondes où l'on se demande de quoi il retourne. Ca me tire mon demi somme et Garence aussi,  mais sans qu'on en sache plus l'un et l'autre.
"-Nom de Dieu ! "
Les deux poulmanns réagissent au quart de poil. Ils sont dehors, le flingue en pogne. Ils ignorent d'où ça barde. Mais le quartier aussi qui se réveille en branle-bas. Ca commence à se couvrir de pauvres sortis de leur tanière. Je regarde ça à neuf heures quarante, désargenté moi itou parmi les autres, depuis ma piaule. Je les aperçois qui cherchent sans savoir que c'est leur camarade qui a fait feu. Tout d'un coup, ça commence à s'emballer, à virer en tous les sens  avec l'arrivée de forces extérieures. Il y a bientôt une bonne vingtaine de flics bardés de pied en cap. Ils se protègent les uns les autres fort de l'appui de leur blindage. On ne sait ce qui peut se produire... La parade s'organise à toute éventualité. Pendant que certains courent, d'autres fouillent. C'est en ce moment encore, alors qu'on craint le pire, que le troisième des flics paraît l'arme au poing.

                                                                          Il fait signe de venir à sa suite. Il est indemne, à première vue. Sans qu'il en lève en quoi que ce soit les manuches en l'air, il semble se sauver d'une mauvaise passe, le visage blême comme de la peau de fesses frottée de peur. Il a pas de mots pour s'exprimer, et autre que des gestes, il a pas même un cri adressé à ses camarades. Que se passe-t-il ? On approche de lui et on l'intègre en vitesse.
"-Allez-y vite voir dans la rue. il y est ! "
Cinq de ses collègues s'élancent vers là où indiqué. Une rue plus mince qui conduit à des ailleurs du quartier. Il s'agit de la campagne qui au terme de la rue jouxte ce coin miséreux à la manière de trouée sur le large. Le bled le plus proche est Pedignac. Mais la scène qui intéresse les hommes de l'ordre se situe beaucoup plus près d'eux. Un corps git au sol. Il est pas couché à plat, mais replié en chien de fusil. On dirait qu'il se tient le bide, d'après les premiers constats. Y'a aucun sang de répandu. Pas la peine de se lancer en des diagnostics où s'emballe le romantisme des espoirs déçus... Il est clamsé, aussi raide qu'un paquet de vieilles loques. On se penche sur son cas. Un poulmann lui tâte le pouls pour s'assurer de son état. Ce toubib improvisé fait signe que la camarde a pris son dû.

                             Rue de Tombelaine où est mort Antonin; parce qu'il s'agit de lui; les gens commencent de s'assembler en dépit des poulets. C'est qu'il y a du spectacle en vue, même s'ils ne sont que quelques uns encore à se rendre compte. Le mouchrabe est assurément crouni, tout ce qu'il y a de plus beau, mais il y aussi un phénomène qui se produit. Ils se modifie sur place. Oui, s'il bouge pas d'un pouce, il paraît se fragiliser. Comment dire ? C'est un sentiment que l'on pressent, une impression qui gagne, un volume de vie qui se consume après la mort. Il part en miette et bientôt en poussière, peu à peu. Il se retire de toute présence. Il n'écoute que le grelot de sa fuite. Les poulardins bite que dalle  x




« Modifié: 01 février 2018 à 14:35:56 par lesruines »
lesruines

Hors ligne Fried

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #1 le: 28 décembre 2017 à 09:58:15 »
J'ai lu la vu d'ensemble me fait penser à un quartier,une Ville sinistrée après une tempête. UN observateur, le narrateur qui parle Avec qlq mots d'argo. L'argo peut rebuter certains lecteurs, tu devrais mettre Leur signification qlqpart. IL me manque un peu De texte pour donner Mon impression. IL y a Des pb De ponctuation. IL faut toujours un espace après un point.

Hors ligne Grimm-Grimm

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #2 le: 28 décembre 2017 à 15:05:44 »
Salut !

Le texte est trop court pour une impression globale mais, si je dis la première chose me venant à l'esprit, c'est que tu poses déjà un peu l'ambiance et j'aime bien. On est déjà dans une atmosphère qui se rapproche un peu des films "Hard-Boiled" selon moi :) Seulement, je ne comprends pas les quelques mots d'argots que tu utilises (même si j'utilise l'argot ^^) et il y a quelques petites coquilles en ponctuations... A part ça je te souhaite bonne continuation !
"C'est pas faux ! "- Perceval

Hors ligne Plume_légère

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #3 le: 30 décembre 2017 à 17:40:36 »
J'ai lu ton texte. Le rythme est sympa je trouve. J'ai relevé quelque petites erreur. ex: "Le seuil de pauvreté est oublié" entre autres. Relis-le peut être.

Niveau argo j'avoue être perdue mais après je suis qu'une simple mortelle :)

Pour le narrateur aussi, est-il au dessus de tout? Comme un simple spectateur? J'avoue que je ne comprends pas trop, peut être qu'une suite m'aiderais à y voir plus clair...

L'ambiance est sympa, et j'aime assez l'atmosphère que tu fais régner.

Hors ligne lesruines

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #4 le: 10 janvier 2018 à 19:40:01 »
  Oui, vous avez raison. Ce texte se révélait trop court. Je rajoute la suite à votre intention.
lesruines

Hors ligne Karinet

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    • L'Infinie Ramure
Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #5 le: 31 janvier 2018 à 14:44:56 »
Le décor est bien campé et on baigne vraiment dans une atmosphère particulière très réussie.
L'ambiance m'a rappelé à certains moments quelques enquêtes de Maigret. Mais j'ai eu un peu de mal à tout comprendre (je ne suis franchement pas calée en argot) et d'ailleurs, je n'ai pas tout compris.
C'est un peu dommage car cela réduit ton lectorat.
Moins de termes argotiques et quelques notes de bas de pages rendrait ton texte plus accessibles.
Après, ce choix artistique a bien réussi à Frédéric Dard...
"L’usine avec son fracas s’évanouissait. J’étais heureux…. J’écrivais." (Maurice Leblanc)

http://linfinieramure.e-monsite.com/

Hors ligne Fried

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #6 le: 31 janvier 2018 à 20:13:10 »
"Remets ton bénard" le bénard c'est ce que j'appel le "calbute" ?
En fait, ça me fait rire cet argo j'aime beaucoup :
" Ils sont pas au jus de toutes ses connaissances, mais une Caroline Machinchouette, ça peut faire la bauge. Pourquoi pas elle ? Il est des fois pas si regardant. Alors, une studieuse, si c'est son lot..."

j'adore cette formule  :P : " le visage blême comme de la peau de fesses frottée de peur."
Tu as de ces tournures : " Pas la peine de se lancer en des diagnostics où s'emballe le romantisme des espoirs déçus... Il est clamsé, aussi raide qu'un paquet de vieilles loques." j'ai l'impression que ça te sort naturellement et c'est très drôle. on croirait un monde sorti de la cour des miracles, en plus moderne bien sûr.
"un volume de vie qui consume après la mort." j'aime beaucoup cette formule.

Comme on l'a déja écrit tu peux traduire ton argot, ça serait un plus.

bravo !



Hors ligne avistodenas

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #7 le: 31 janvier 2018 à 20:53:43 »
Salut les ruines, tu me remémores le style à Béru. Sur la fin, le gniare qu'est clamecé et qui s'esbigne en loucedé, j'ai pas mordu. Tu m'affranchis ou c'est à venir.

Continue sur ta lancée, c'est pas moi qui te ferai reproche. Ca, c'est du gnangnan ! L'argot, c'est le plus chouette business que les d'jeuns peuvent pas savoir. Y'en a que pour les titis.

Dis-moi : d'où qu'tu connais Garance...? 8)
« Modifié: 31 janvier 2018 à 21:04:10 par avistodenas »

Hors ligne lesruines

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Re : Une nouvelle nuit commence
« Réponse #8 le: 02 février 2018 à 18:17:19 »
        Fried, j'entends bien ton idée de préciser la signification des mots d'argot au terme de la page, mais cela fait un peu notice, y compris en fin de livre.
 De plus, je travaille à réécrire la suite, car mon but est de rester fidèle autant que possible à la première impression du début de roman. A bientôt de lire, Fried. 



  Karinet, tu as compris qu'il s'agissait d'une enquête, mais pas n'importe laquelle. Car si le mort du premier chapitre se transforme en poudre ou en poussière, cela va avoir un rôle au cours de l'histoire. Il s'agit d'un symbole et d'une réalité liée à ce que je veux exprimer. Pour l'argot et les mots inventés, je vais essayer le plus possible de les mettre en situation afin que le lecteur en comprenne mieux le sens. Mais en signifier le contenu en bas de page ou à la fin de l'ouvrage casserait le rythme de mon texte qui joue avec la spontanéité, et puis cela ferait notice médicale, ainsi que je l'explique à Fried. A bientôt te lire ma chère Karinet.



      Avistodenas, je saisis ce que tu veux dire quand tu ne comprends pas comment meurt le jeune au commencement de l'histoire. Il faut que tu bites qu'il se réduit en poussière. C'est fondamental. Pourquoi ? Je ne le sais encore. Mais ça joue un rôle très important sur le plan symbolique d'une certaine représentation du peuple. Je t'en dis déjà beaucoup. Salut mon cher !


Posts regroupés, merci d'éviter les multiples posts, tu peux utiliser la fonction "modifier".

Rémi
« Modifié: 02 février 2018 à 18:41:13 par Rémi »
lesruines

 


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