Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 février 2019 à 05:47:08

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)

Auteur Sujet: [poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)  (Lu 415 fois)

Hors ligne Alan Tréard

  • Comète Versifiante
  • ***
  • Messages: 4 633
  • C'est osé de penser que je pense.
    • Alan Tréard, c'est moi !
[poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)
« le: 08 décembre 2017 à 14:15:22 »
Bon, j'élève ici un soupir pour l'invisible Dino Campana.

Un mythe.

Mon être s'y consacrerait en toute dévotion.

Je ne connaissais absolument pas ce poète il y a deux ans ; il est maintenant devenu le souffle de mes volontés. C'est toujours difficile de trouver les mots justes lorsqu'on est traversé de part en part par l'émotion.

Pour décrire l'homme, je dirais que Dino Campana était un romantique d'un genre nouveau (publication de 1914), qui n'a pourtant donné naissance à aucun romantisme du vingtième siècle qu'on eût pu connaître (à part peut-être le Novecento ?? je ne saurais dire, désolé). Je ne sais pas ce qui a pu laisser échapper un tel exploit dans ce sombre siècle qui a produit notre héritage (si ce ne sont les guerres ?). Sa profondeur me pèse. Je ne saurais pas oublier le choc que j'ai éprouvé à la lecture de ses vers ou de sa prose, ce poète m'a fait pleurer de vraisemblance... Il m'a fait pleurer !!

Dino Camapan est un poète italien du début du vingtième qui semble avoir traversé de longues périodes de tourmente, plusieurs sources disent qu'il aurait été interné en asile très tôt.

Le titre de son recueil est Chants Orphiques, je l'ai découvert dans la librairie, heu... Monte en l'air (?) au dessus de l'église de Ménilmontant à Paris. La libraire avait cela dans son rayon, on peut trouver ce bouquin aux éditions Allia.

La tourmente de ses élans poétiques est autant la nôtre que la vôtre, elle n'a de cesse de discuter à nouveau mes propres activités et ma conscience théorique de ce que transforme la langue dans nos vies.

Je lance ici une requête avec tout le sérieux et la gravité que je suis en capacité d'exprimer : lisez Campana, intéressez-vous à ce qui peut être le regard que nous cherchons hasardeusement dans cette vie qui nous anime. Mes mots ne suffiraient jamais à parler de ce qu'il représente pour moi.

J'ai aujourd'hui à cœur de transporter son message, et de rappeler que celui-ci ne sera partagé que dans l'ouverture et la curiosité d'éventuels nouveaux lecteurs & lectrices.
« Modifié: 08 décembre 2017 à 14:17:35 par Alan Tréard »

En ligne Ben.G

  • Admin
  • Vortex Intertextuel
  • ****
  • Messages: 6 279
  • Veilleur de nuit
    • J'irai lire chez vous
Re : [poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)
« Réponse #1 le: 08 décembre 2017 à 14:24:26 »
T'as un petit extrait sous la main ?
Les belles pensées s'oublient mais ne disparaissent pas.
- Publilius Syrus

Mon paradoxe de singe

Hors ligne Alan Tréard

  • Comète Versifiante
  • ***
  • Messages: 4 633
  • C'est osé de penser que je pense.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : [poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)
« Réponse #2 le: 08 décembre 2017 à 14:35:11 »
 ::) Ah mais oui, où avais-je la tête ?

Pour introduire l'extrait, je dirais que Dino Campana se décrirait comme un homme s'épuisant à chercher l'amour d'un côté, et comme un homme cherchant à oublier cet amour de l'autre, pourtant cette pensée romantique revient souvent à la charge, et le tourmente.

Voici l'extrait :


La petite promenade du poète (traduction) di Dino Campana


(Le titre de la poésie est en français dans le texte italien du poème.)

 

Je m’en vais par les rues

Etroites sombres et mystérieuses

Je vois derrière les baies vitrées

Les Gemmes, les Fleurs qui se montrent.

Du haut des escaliers mystérieux

Quelqu’un descend en tâtonnant :

Derrière les vitres reluisantes

Se tiennent des gotons qui commentent.

…………………………………………

La ruelle est solitaire :

Il n'y a pas un chien : quelques étoiles

Dans la nuit  par-dessus les toits :

Et la nuit me paraît belle.

Et je marche tout penaud

Dans la nuit fantastique,

Mais dans ma bouche

Ma salive me dégoute. Fuis la puanteur

Fuis la puanteur et vais par les rues

Et marche et fuis et marche,

Déjà les maisons sont plus rares.

Je trouve l’herbe : je m’y étends

Pour me mettre tel un chien :

Au loin un ivrogne

Chante l'amour aux persiennes.

En ligne Ben.G

  • Admin
  • Vortex Intertextuel
  • ****
  • Messages: 6 279
  • Veilleur de nuit
    • J'irai lire chez vous
Re : [poésie] Chants Orphiques (Dino Campana)
« Réponse #3 le: 06 août 2018 à 23:22:38 »
Au fait, y'a quelques mois déjà j'avais fini de lire ces Chants, et je me rends compte que je n'en ai pas parlé ^^




Les Chants oprhiques, d'une vingtaine de pages il me semble, sont purement magnifiques. Je crois qu'à la lecture de sa première partie, j'ai relu cette même partie deux fois de suite tellement c'était beau. Je repartais en arrière y relire des pages, j'ai une édition chez points qui met la version italienne en vis-à-vis de la traduction, alors je lisais aussi en italien sans rien n'y comprendre
y'a une grande maitrise du mystère, de l'errance randonneuse dans les montagnes à la recherche rites, d'amour et de terre, et bref, les motifs répétitifs sont captivants.


Pour le reste, je suis moins fan de ces poèmes, certains sont bofs, certains sont fulgurants. Beaucoup étaient des poèmes de ballades dans les montagnes, ca faisait un peu trop écho aux chants comme brouillon presque (pas désagréables, mais quand les chants viennent avant...)

Et 'cest marrant, dans certains poèmes y'a des tentatives de mise en page destructurées, des recherches sur des utilisations détournées de la ponctuation, assez intéressant et précoce parce que pas de la même façon que les surréalistes (1914)
Pis y'a des utilisations de mots qui lui sont propres aussi.


Et c'est marrant aussi, parce que je 'nai pas eu la même traduction que toi Alan, je te mets le même poème ici, pour le plaisir de le relire sous un autre jour :)  :






La petite promenade du poète



Et je m'en vais par les rues
Serrées sombres mystérieuses :
Vois derrière les vitrines
Se montrer Gemmes et Roses.
Des escaliers mystérieux
Quelqu'un descend tâtonnant :
Derrière l'éclat des vitres
Vont commentant les commères.

.    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .

La ruelle est solitaire :
Pas un chien : quelqus étoiles
Dans la nuit dessus les toits :
Et la nuit me paraît belle.
Et pauvre petit je marche
Dans la féerique nuit,
Pourtan je sens dans ma bouche
La salive dégoûtante. Loin du puant
Loin du puant par les rues
Allez marche et allez marche,
D'jà les maisons sont plus rares.
Je vois l'herbe : je m'y couche
Pour me souiller comme un chien :
Dans le lointain un ivrogne
Chante l'amour aux persiennes. 
Les belles pensées s'oublient mais ne disparaissent pas.
- Publilius Syrus

Mon paradoxe de singe

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.15 | SMF © 2017, Simple Machines
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.044 secondes avec 22 requêtes.