Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 juin 2019 à 08:50:15

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Auteur Sujet: Traiter le handicap  (Lu 3133 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #30 le: 06 juin 2018 à 12:23:33 »
Un livre intéressant pour ceux qui s'intéressent au handicap psy et qui voudraient écrire là-dessus c'est : "Mary Barnes, un voyage à travers la folie", très instructif sur ce thème...
Pour son cas il s'agit de schizophrénie... peu de livres sur ce sujet, il peut paraître un peu cliché pour certains car elle se sert de sa folie pour créer, une idée récurrente d'ailleurs que les "fous" seraient souvent des créatifs... Mais dans son cas il s'agit d'une histoire vraie.

Bonjour Alela,

Effectivement, je crois que le sujet mérite que je m'y intéresse ; j'ai pris note de cette référence en plus, et je verrai comment je souhaite avancer mes lectures (je me penche déjà sur un premier livre, j'aurai probablement l'occasion de découvrir les autres).

La notion de folie me semble parfois changer selon les mœurs et les croyances, je m'intéresse donc en priorité au handicap, celui qui limite l'accessibilité d'un individu aux choses du quotidien, y compris bien sûr si ce handicap vient de sa personnalité ou de son état d'esprit.

J'espère pouvoir mieux comprendre cette réalité pour savoir en parler et la représenter sous la plus juste des formes, c'est aussi mon parcours de vie et d'ouvrage qui m'amène à m'intéresser à cette problématique.

Hors ligne Erwan

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #31 le: 30 juillet 2018 à 16:25:02 »
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il peut paraître un peu cliché pour certains car elle se sert de sa folie pour créer, une idée récurrente d'ailleurs que les "fous" seraient souvent des créatifs...

Je suis très étonné par ce préjugé là, par ailleurs. La folie révulse souvent, mais là elle semble fasciner. J'ai tendance à penser que l'un est aussi peu fondé que l'autre, mais c'est un avis personnel.

Pour ce qui est du handicap, j'ajouterais juste quelques remarques. Déjà, de quoi parle t-on ? Il y a une définition je dirais plus administrative, l'autre plus socio-médicale. Je pense que c'est à la deuxième que tu fais référence, Alan. Je dis ça parce que tous les handicapés n'ont pas de reconnaissance administrative, très loin de là. Soit par manque d'information ou accès aux démarches, soit par absence d'intérêt (on peut-être handicapé et compenser si bien qu'on vit normalement sans aide). Ça peut être un choix, aussi. Une personne peut refuser le statut d'handicapé, car c'est une étiquette qui n'est pas neutre. J'ai travaillé pour un employeur dans son service de médecine du travail et l'employeur faisait des pieds et des mains pour que les handicapés se déclarent et fassent les démarches auprès de la MDA. Donc s'ils le font c'est que ce n'est pas forcément évident pour tous.

Sinon, pour ce qui est des moyens financiers et d'accès à l'emploi, je crois que le problème est plus large que la question du handicap, qui n'est que la partie émergée du problème. On vit dans un monde économique ultra-compétitif et qui laisse toute une portion de la population active sur le carreau (inégalités salariales, de conditions de travail). Les handicapés sont bien sûr touchés de plein fouet et on les retrouve en masse dans le lot des gens laissés sur le bord de la route. Mais ils ne sont pas seuls! J'ai croisé dans ma carrière beaucoup de souffrance au travail, en faisant la plonge dans un restaurant, en travaillant comme agent de service hotelier dans un EHPAD, etc. Il n'est d'ailleurs par rare que l'emploi et ses conditions dégradées provoque le handicap. Certaines professions sont coûtumières du fait (exemple : éboueurs, dont l'espérance de vie au travail n'excèdait pas quinze ans chez mon ancien employeur). De ce fait, les difficultés de l'handicapé sont en fait partagées par beaucoup.

Je note aussi de mon passage dans le milieu paramédical que les soigants ne sont pas bons élèves en la matière, ce qui est drôle à sa manière. Lorsque je m'étais renseigné, il n'y avait qu'un seul IFSI (centre de formation pour infirmier) en France qui acceptait des handicapés (14 places pour la France entière). Par contre, attention, ils insistaient, c'étaient des handicaps qui n'affectaient pas les conditions professionnelles, les conditions d'accession au diplôme étant identiques, donc c'était très restrictif. Je sais qu'il existe des kinés aveugles, mais le monde du soin est très ambivalent avec les handicapés (ils les soignent, mais de là à les avoir comme collègue ?).

Un autre point que je remarque personnellement en ce moment : je veux devenir peintre professionnel (en auto-formation) et aucun organisme (type cap-emploi) ne peut m'aider sur ce point, car la démarche est trop atypique vis à vis de ce qu'ils connaissent. Ces institutions sont paradoxales, elles sont centralisés, elles gèrent les dossiers industriellement comme les autres institutions le font, mais veulent prétendre approcher l'humain au plus près, et le prendre en compte dans une démarche individualisée. C'est légèrement contradictoire, à mon avis... Pour moi, ce changement professionnel n'est pas un choix de vie, mais une nécessité stricte, car le monde du travail n'a rien à me proposer d'émancipateur (c'est une "prison" sans espoir d'évolution). Donc, logiquement je cherche à m'en sortir pour aller dans un environnement plus prometteur pour moi. Le fait que les handicapés prennent l'initiative et surprennent est aussi une autre façon d'aborder les choses que de les "prendre en charge", comme le veut l'expression. Je ne trouve pas aujourd'hui que l'on nous aide beaucoup en cela.

Le problème du handicap n'est pas tant celle de l'handicapé que celle d'un environnement social/matériel qui le met en situation de handicap. La violence du monde du travail touche tout le monde, par exemple, mais l'handicapé y est plus vulnérable. Donc il trône souvent en tête de file pour pointer à cap-emploi, voir on estime qu'il n'a carrément aucune chance et touche l'AAH. Mais dans un environnement professionnel moins compétitif, le handicap serait adouci, moins déterminant et moins lourd à porter.

Voilà ces quelques réflexions en vrac. Je ne sais pas si c'est ce type de réflexions que tu cherches cependant...

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #32 le: 30 juillet 2018 à 16:46:52 »
Merci pour cette prise de parole, Erwan, qui pousse à la réflexion.

Je me demande aujourd'hui s'il n'y a pas un besoin de mieux connaître le handicap, de pouvoir en parler suffisamment pour que chacune & chacun comprenne mieux ce que cela signifie. Écrire une fiction, c'est aussi mettre un point sur des sujets de société, la lecture laisse alors place à la prise de conscience.

Hors ligne cyamme

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #33 le: 30 juillet 2018 à 17:01:54 »
Et un truc qui parle de handicap et de regard différent (je crois) :

- un blog écrit par un anarchiste handicapé (ou un handicapé anarchiste, mais je pense que c'est moins juste, l'amarchisme passe cliarement avant le handicap dans sa façon de se définir) et plein de collaborateurs.

- pour les adeptes de la radio, deux Podcasts historiques plutôt chouettes et qui parlent de la création du journal Handicapés méchants auquel le blog au-dessus emprunte son nom.

J'espère que je suis pas trop hors-sujet, sinon n'hésitez pas à supprimer/déplacer.
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Re : Traiter le handicap
« Réponse #34 le: 30 juillet 2018 à 18:52:37 »
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- un blog écrit par un anarchiste handicapé (ou un handicapé anarchiste, mais je pense que c'est moins juste, l'amarchisme passe cliarement avant le handicap dans sa façon de se définir) et plein de collaborateurs.
Il est hyper intérréssant ce blog, merci cyamme

Hors ligne Erwan

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Re : Traiter le handicap
« Réponse #35 le: 30 juillet 2018 à 18:53:50 »
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Je me demande aujourd'hui s'il n'y a pas un besoin de mieux connaître le handicap, de pouvoir en parler suffisamment pour que chacune & chacun comprenne mieux ce que cela signifie. Écrire une fiction, c'est aussi mettre un point sur des sujets de société, la lecture laisse alors place à la prise de conscience.

En fait, je me rends compte qu'on apprend parfois autant par le bon exemple (un très bon livre sur le handicap) que par un très mauvais (bourré de préjugés), bien que de façon différente (le second stimule l'esprit critique et provoque une colère parfois bénéfique). C'est tellement fréquent qu'un contre-exemple soit l'idiot utile d'une cause, par exemple un producteur hollywoodien agresseur en série qui malgré lui va servir à la cause féministe. La prise de conscience vient par des voies que l'on ne peut prévoir et qui ne cesse de surprendre je trouve. La question de provoquer une prise de conscience chez le lecteur reste aussi soumise au fait que le lecteur s'empare toujours des propos de l'auteur et les interprète comme il le souhaite. Disons que proposer à la lecture des situations intéressantes permet d'amorcer une réflexion chez certains, ce qui est déjà bien. Mais c'est un exercice incontrôlable, j'ai l'impression que les prises de conscience viennent quand elles le veulent, et non quand on les veut...

 


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