Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

11 novembre 2019 à 22:53:36

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Auteur Sujet: Vos sorties théâtres  (Lu 4276 fois)

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Re : Vos sorties théâtres
« Réponse #15 le: 09 novembre 2018 à 17:18:42 »
C'est chose faite ! :)
«J'aurais beau me crever au travail, porter des chevaux sur les épaules, faire tourner des meules et des moulins, de toute façon, je ne serai jamais un travailleur. Mon travail, quelque forme qu'il puisse prendre, il n'est perçu que comme pure caprice, espièglerie, hasard.»
- Ossip Mandelstam

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Re : Vos sorties théâtres
« Réponse #16 le: 09 novembre 2018 à 18:19:38 »
Merci et bravo pour tout ce travail.

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Romeo et Juliette
« Réponse #17 le: 17 décembre 2018 à 11:40:35 »
Critique aisée n°145

Roméo et Juliette
Tragédie en 5 actes, en vers et en prose, de William Shakespeare (1595)
Traduction française de Victor Hugo.
Mise en scène Eric Ruf.
Pièce filmée en direct en octobre 2016 dans la salle Richelieu à la Comédie Française et retransmise dans certains cinémas aux dates indiquées plus loin




“Two households, both alike in dignity
In fair Verona, where we lay our scene,
From ancient grudge break to new mutiny
Where civil blood makes civil hands unclean”
 
« Deux familles égales en noblesse
Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène
Sont entrainées par d’anciennes rancunes à des rixes nouvelles
Où le sang des citoyens souille les mains des citoyens »


En trois jours seulement, deux adolescents, l’un Montaigu, l’autre Capulet, , se rencontrent, s’aiment et se tuent. Pourquoi ? Parce que les Capulet haïssent les Montaigu et que les Montaigu détestent les Capulet. Alors, l’amour de Juliette et de Roméo est impossible. Ils vont donc mourir.

“For never was a story of more woe
Than this of Juliet and her Romeo.”

« Car jamais aventure ne fut plus douloureuse
Que celle de Juliet et de son Roméo. »


Romeo et Juliette, la plus belle, la plus triste, la plus tragique des histoires d’amour. Je l’ai vue tant de fois que j’en ai oublié le compte et l’émotion, mais jamais, j’en suis certain, je n’avais été autant remué, disons le mot, bouleversé par une représentation théâtrale que par celle qu’a donnée la Comédie Française de la pièce de Shakespeare. Le seul souvenir que j’ai d’une émotion presque aussi forte, c’est une troupe amateur américaine qui me l’avait donnée avec le « Qui a peur de Virginia Woolf ? » d’Edward Albee. Mais jamais les déchirements de George et Margaret, ce couple d’amants-ennemis universitaires d’âge moyen ne m’ont touché autant que la passion des deux jeunes gens de Vérone.
J’en attribue l’effet à tout un ensemble de choses qui, quand elles sont réunies, me font à nouveau aimer le théâtre. Cela s’appelle la mise en scène. Elle est d’Éric Ruf. Des décors sobres, purs et imposants. Pas de meubles, sauf, il le fallait bien, un lit, pas une fenêtre, pas une fioriture, que des murs, des murs mobiles, des murs de palais qui ressemblent à ceux que l’on voit sur les grandes places sévères des villes du nord de l’Italie. Des maquillages et des costumes qui créent une époque incertaine, le milieu du cercle dernier sans doute, où les seigneurs ressemblent à des chefs maffieux de Sicile qui parleraient la langue de Shakespeare. Une troupe parfaitement homogène, faite de comédiens connus ou de comédiens qui le seront. Des personnages forts qui ressortent : un Capulet colérique (Didier Sandre), une formidable nourrice (Claude Mathieu) forte et émouvante, un Mercutio dansant (Pierre Louis-Calixte), amer et ironique, un Roméo à peine un peu trop mûr (Jeremy Lopez) et une Juliette (Suliane Brahim) stupéfiante de jeunesse, d’espièglerie, de détermination et de force tragique. Tout cela donne une représentation exceptionnelle.
Mais puisque je ne peux jamais rien vous cacher ni jamais faire une critique entièrement positive, il faut bien que je vous dise que, dans ce spectacle rare, j’ai regretté deux petites choses : le côté forcé, à la limite de la caricature, du personnage, heureusement peu présent, du récitant (Bakary Sangaré) et l’escamotage du point culminant de la pièce : l’ultime scène, celle du caveau des Capulet.

“A grooming peace this morning with it brings.
The sun, for sorrow, will not show his head.
Go hence, to have more talk of these sad things.
Some shall be pardon’d, and some punished:
For never was a story of more woe
Than this of Juliet and her Romeo.

« Cette matinée apporte avec elle une paix sinistre.
Le soleil se voile la face de douleur.
Partons pour causer encore de ces tristes choses,
Il y aura des graciés et des punis
Car jamais aventure ne fut plus douloureuse
Que celle de Juliet et de son Roméo. »

 
C’est avec ces vers que le Prince de Vérone clôt la pièce et renvoie chacun chez soi, acteurs et spectateurs, réplique malheureusement supprimée de la version d’Eric Ruc.
Pour le moment, la Comédie Française ne donne plus cette pièce mais vous pouvez la voir en allant dans les cinémas Pathé suivants aux dates indiquées que vous trouverez en suivant ce lien :
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=247576.html
Pour une somme modique, vous passerez près de trois heures, bien assis, au chaud, devant le spectacle exceptionnel de la plus poignante des tragédies qui soit.


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Edmond
« Réponse #18 le: 07 mars 2019 à 12:32:33 »
Critique aisée n°155
Edmond
Alexis Michalik – 2016
Théâtre du Palais Royal - Paris
Il a tout pour plaire cet Alexis Michalik. Trente-six ans, sympathique, spirituel, brillant même, beau mec, auteur à succès, comédien plutôt à l'aise, tout pour plaire. Sans savoir qui il était véritablement, j'avais beaucoup apprécié son incarnation d'un photographe-play-boy-non-comprenant dans une excellente série dont j'ai l'impression qu'elle n'a pas rencontré le succès qu'elle méritait, peut-être à cause de son titre à la sonorité un peu crasseuse : Kaboul Kitchen.
Quand j'ai su que le bonhomme écrivait aussi des pièces de théâtre et qu'il obtenait succès sur succès, ma sympathie a tourné à l'admiration puis, disons-le tout net, à la jalousie. Aussi, quand on m'a dit qu'Edmond, sa pièce créée il y a déjà trois ans, se jouait toujours, quand on m'a affirmé que, de Mémoires de Saint-Simon, jamais on n'avait vu une pièce aussi gaie, quand on m'a conseillé de ne voir le film que Michalik en a tiré qu'après avoir vu la pièce, j'ai renoncé provisoirement au cinéma — c'est assez rare pour que cela soit souligné — pour prendre deux places d'orchestre — 60 € la place, quand même — pour le théâtre du Palais-Royal.
Et j'y suis allé, mercredi soir, séance à 21 heures. Le bus 27 arrive tout de suite et ne met que 16 minutes pour rejoindre son arrêt Palais-Royal ; de ce fait nous sommes au théâtre à 8 heures et quart ; il pleut et les galeries des jardins sont fermées, pas question donc de s'abriter sous les arcades ; par dessus les colonnes de Buren, on aperçoit le grand salon du Ministère de la Culture, brillamment éclairé ; des extras passent nombreux devant les fenêtres, tout à la préparation d'une réception à laquelle nous ne sommes pas invités ; les bistrots de la rue Montpensier sont plutôt zen et tous pleins comme un œuf mimosa — je veux dire par là qu'ils débordent. Un café traditionnel nous accueille à sa dernière table : "Un Côte du Rhône et un Perrier, s'il vous plaît." Quelques minutes plus tard, frémissant d'impatience, nous entrons dans le théâtre à vingt minutes encore du lever de rideau. Belle occasion d'admirer le théâtre : je crois n'avoir jamais vu à Paris un théâtre aussi joli. Inauguré en 1786, la belle époque, redécoré en 1880 en style Louis XV, classé Monument Historique, c'est un vrai bijou de théâtre à l'italienne ; il offre 700 places, il n'a pas de bar mais un petit salon absolument ravissant...
Bon, quand je procrastine comme ça avant de commencer ma critique, vous commencez à vous douter qu'il y a un loup quelque part. Et loup, il y a. Mais le loup, j'hésite à vous le montrer, caché qu'il est, comme dans les dessins fouillis pour enfants où il faut trouver le facteur, au milieu des critiques élogieuses des professionnels, des recommandations amicales et des injonctions publicitaires.
Mais avant de vous donner mon avis, je vais tenter de vous transmettre celui des quatre critiques du Masque et la Plume. Le soir où ils ont abordé le sujet, deux groupes se sont formés : à ma gauche Fabienne Pascaud, la mondaine de Télérama, et Vincent Josse, le Benoit Hamon de France Inter, et à ma droite Jacques Nerson, le grognon de Valeurs Actuelle et Armelle Héliot, la doyenne du Masque et du Figaro. A ma gauche, on n'a pas aimé : "théâtre bâtard, rétrograde (traduisez sans engagement politique), Cyrano pour les nuls, bourré d'erreurs historiques, imposture intellectuelle..." Mais à ma droite, on a adoré : "vrai divertissement populaire, fantaisie brillante dans l'écriture et dans le montage, théâtre bon enfant, les gens sont contents, on passe une bonne soirée", expression favorite de la gentille Armelle.
Eh bien moi, je ne suis pas d'accord avec ma gauche. Peu m'importent les erreurs historiques, la pièce n'est pas un cours d'histoire mais une comédie qui prend ouvertement des libertés avec la réalité. Ce n'est pas un théâtre rétrograde, disons seulement qu'il n'est  pas “expérimental”. Il est actuel, très actuel. Il utilise les moyens de la comédie à la mode d'aujourd'hui qui n'est plus basée sur les situations ni les dialogues mais sur l'ironie, le décalage, le détournement. Pourquoi pas ?
Mais je ne suis pas d'accord avec ma droite non plus, et je vais vous dire pourquoi dès que j'aurai surmonté les scrupules que j'ai à dissuader les gens d'aller peut-être passer ce qu'ils qualifieront ensuite de bonne soirée.
Moi, je n'ai pas passé une bonne soirée, et malgré les trois ou quatre pauvres rappels, je n'ai pas senti que la salle en passât une bonne non plus. Je n'ai pas ri une seule fois, et je n'ai entendu la salle rire qu' à deux ou trois gags potaches.
Bon, je vous explique d'abord le sujet : En 1897, Edmond Rostand, jeune poète dramaturge et sans succès, reçoit une commande du plus grand acteur de l'époque, Coquelin, pour une comédie. Il a trois semaines pour l'écrire, mais il n'a rien d'autre, ni le sujet, ni les personnages, ni les rebondissements, ni l'épilogue, ni rien du tout. Pas ça ! En quelques jours, les petits évènements qui arrivent dans sa vie vont lui permettre d'écrire le plus grand succès du répertoire du théâtre français : Cyrano de Bergerac.
A partir de cette idée, la pièce se déroule de la façon suivante :
1-A son corps défendant, Edmond accepte d'écrire la pièce que lui demande Coquelin.
2-Edmond se lamente à haute voix de n'avoir ni sujet, ni personnage, ni rien et surtout pas assez de temps.
3-Un évènement se produit autour de lui qui lui donne une idée.
4-Ça lui donne l'idée d'une scène dont il expose l'argument comme le ferait un élève de classe de 1ère. Tout le monde reconnait bien sûr une des scènes phares de Cyrano.
5-Tout de suite après, la scène est jouée, telle que l'a écrite Rostand, soit mal pour faire rire ou soit bien pour émouvoir.
6-Edmond se re-lamente à haute voix de n'avoir pas d'idée pour la suite.
7-Un évènement se produit autour de lui qui lui donne une idée.
8-Et on retourne au point 4 ci-dessus...
Et c'est comme ça jusqu'à la scène finale du couvent.
Cette méthode lourdement répétitive fait qu'à la fin du compte, le tiers de la pièce a été écrit par Edmond Rostand en 1897 et non par Alexis Michalik en 2016. Moi qui il y a quinze jours seulement venais de voir le véritable Cyrano par la Comédie Française, j'en étais à regretter que Michalik vienne parasiter le texte de Rostand avec ses paraphrases systémiques.
Je suis allé vérifier un peu ce qu'il avait écrit avant, le jeune Michalik, et j'en ai déduit que c'était chez lui une technique que d'aller chercher un chef d'œuvre théâtral, Le Mariage de Figaro, Roméo et Juliette ou Cyrano de Bergerac, et d'écrire sa pièce à lui tout autour. On sent que Michalik a vu et bien vu "Shakespeare in Love" (par respect pour la qualité du film de John Madden, je n'ose pas dire qu'il a été pour Roméo et Juliette l'équivalent de ce qu'est Edmond pour Cyrano) car plusieurs idées lui ont été piquées sans vergogne. Michalik a sans doute vu aussi avec attention quelques burlesques à succès comme "Thé à la menthe ou t'es citron", "Les faux british" ou équivalents (ils prolifèrent, ces temps-ci), reprenant à son compte les quelques gags qui ont fait le succès de ces spectacles. Bon, tout ça avec des dialogues originaux un peu plus brillants, un peu plus travaillés, avec des comédiens un peu moins mauvais aurait pu faire passer une bonne soirée. Mais, les dialogues sont dénués d'esprit, surtout quand ils paraphrasent ceux de Rostand lui-même.Mis à part Coquelin et l'habilleuse-Roxane qui s'en sortent à peu près bien, les autres acteurs sont mauvais ou inexistants, la palme dans ce domaine étant remportée par Christian.
Compte tenu de tout cela, j'ai essayé de comprendre les raisons du succès de ce spectacle. Mes douloureuses expériences m'ont appris que souvent, au théâtre, on rit parce que ceux de vos amis qui avaient vu le spectacle avant vous vous avaient dit qu'ils avaient ri. On peut supposer qu'il en avait été de même pour eux : des amis avaient ri avant eux. Mais alors, la question se pose de savoir qui a ri le premier.On pourrait supposer aussi qu'une partie du public est attirée par l’énorme réputation de Rostand et de sa pièce Cyrano et qu'elle espère trouver dans Edmond ce qui lui évitera d'aller voir un jour Cyrano de Bergerac à la Comédie Française.
Moi, je n'ai pas trouvé de troisième explication et pour moi, le mystère de ce succès reste entier.
« Modifié: 07 mars 2019 à 12:39:10 par Champdefaye »

 


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