Ah, Daniel Pennac...
Un nom délicatement gravé à la plume sur mon coeur. J'ai pour cet auteur une tendresse particulière, indéfectible, presque romanesque. L'amour, en somme

Rien de moins.
Il y a un détail qui en dit long sur mes sentiments. J'aime les livres. L'objet, j'entends. Mais je suis loin d'être une fanatique, je suis même passée à la liseuse électronique. Pourtant, les bouquins de Pennac, j'y tiens. Farouchement. Impossible pour moi d'en attaquer la lecture sans caresser amoureusement la couverture. Ecornée, la couverture. Parce que ces livres, ils ont vécu, et pas qu'un peu. Au fil de mes relectures par dizaines (oui, réellement plusieurs dizaines), ils ont enduré les pires affronts. Les tâches d'encre sous le pouce resté trop longtemps appuyé, le marque-page sauvage qui consiste à retourner le livre ouvert et à laisser la reliure gémir sous l'effort, on retrouve même parfois des traces de chocolat. Mais ces livres n'en sont que plus précieux à mes yeux. Parce que si les pages sont usées, tâchées, c'est qu'elles sont passées tant de fois entre mes mains. Ces traces d'usure, de fatigue, c'est comme des rides d'expression. C'est notre histoire.
Pour moi, Daniel Pennac c'est avant tout un style. Ensuite des personnages, et enfin des histoires. Je suis amoureuse de son style, il n'y a pas d'autre mot. L'adjectif qui me vient immédiatement à l'esprit pour le définir, c'est savoureux. Je ne compte plus les phrases que je relis une deuxième puis une troisième fois en les savourant longuement en bouche. C'est comme suçoter un bonbon acidulé, ou laisser fondre un morceau de chocolat sur sa langue, c'est un pur plaisir gustatif. J'aime la rondeur, la musicalité de ses phrases, l'humour qui s'en dégage. J'aime sa façon loufoque de nommer les personnages. J'aime son style. Il a alimenté mon amour de la langue française.
Et ses livres dans tout ça ? J'ai commencé avec
Cabot-Caboche à l'âge de 10 ans. Impossible pour moi d'être objective car j'ai reçu ce bouquin dans des circonstances très particulières - et dramatiques. Je sais que je l'ai aimé et qu'il m'a touchée, mais difficile de déterminer si c'est vraiment le livre en lui-même. L'année suivante j'ai lu
Messieurs les enfants. Il m'a beaucoup marquée. C'est frais, original, un peu fou et plein d'imagination. J'ai adoré, et bien que ce soit plutôt un livre pour enfants ou adolescents, il m'arrive parfois de le relire avec grand plaisir. Parfois seulement car je le connais quasiment par coeur

Et puis j'ai fait la connaissance de la tribu Malaussène avec
Au bonheur des ogres. Et là, c'est ni plus ni moins que le grand amour ! J'ai bien sûr dévoré la suite de la saga :
La fée Carabine,
La petite marchande de prose, etc. J'ai des préférences mais je les aime tous, passionnément, sans exception. Les Malaussène, ils font quasiment partie de la famille. Les personnages sont vivants, tellement réels. Je peux presque sentir le fumet de Julius le chien, ou le velours de la voix de Clara, la raideur anguleuse de Thérèse... C'est délicieusement bien écrit, c'est beau, c'est drôle, c'est émouvant, c'est parfois d'une tristesse poignante mais c'est toujours vivant et généreux. Si je devais sauver un bouquin de ma bibliothèque en flammes, ce serait
Au bonheur des ogres. Bon, tant qu'à faire, j'attraperai plutôt le coffret qui regroupe toute la saga Malaussène, mais là n'est pas la question

Je me rends compte que ce post ressemble avant tout à un (trop) long message d'amour. Et c'en est un. Parfois un auteur laisse une empreinte si profonde en nous qu'on ressent le besoin de lui crier notre amour. Daniel Pennac est sans conteste cet auteur pour moi. Et puis essayer de mettre des mots sur ce qu'il me fait ressentir, c'est un bon exercice d'écriture après tout.
En revanche, et pour tempérer un peu cet élan passionnel, j'ai beaucoup moins aimé ses autres livres.
Comme un roman, au risque d'en étonner certains, ne m'a simplement pas plu. Je me suis ennuyée, par moments je ne voyais pas où il voulait en venir, et j'ai dû me forcer à le lire jusqu'au bout. J'ai davantage apprécié
Chagrin d'école, qu'il faudrait d'ailleurs que je relise. Quant à
Journal d'un corps, il s'est laissé lire sans déplaisir, mais sans plus. C'était intéressant et plutôt singulier, mais pas passionnant à proprement parler.
Le dictateur et le hamac m'a laissée totalement froide et j'ai dû là aussi prendre sur moi pour le terminer. Manifestement, je n'aime pas quand c'est moins romancé. Comme quoi on peut être amoureux d'un auteur mais pas forcément de tout ce qu'il écrit.
Désolée pour la longueur du post, je me suis laissée emporter
