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25 mai 2019 à 01:25:29

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Auteur Sujet: Plumes nocturnes (concours interforum)  (Lu 2302 fois)

Hors ligne Zacharielle

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Plumes nocturnes (concours interforum)
« le: 22 février 2017 à 15:50:58 »
Plumes nocturnes
Un concours d'Encre Nocturne, CFTC et du Monde de l’Écriture

Ce fil a pour but de rassembler les différents textes envoyés pour le concours des Plumes nocturnes et de permettre à chacun de les lire et, s'il le souhaite, de les commenter. Une fois que vous avez lu tous les textes, nous vous invitons à sélectionner votre texte préféré dans le sondage. Vous avez jusqu'au 8 mars.

A noter que vous pouvez également consulter le même fil chez nos copains d'Encre nocturne en cliquant ici. Leurs avis vous intéresseront peut-être, que vous soyez auteur ou non !



Sommaire

Asian Journey (thème 3)
La louve blanche – la Traque (thème 3)
[Sans titre] (thème 1)
Le convoi qui touchait le ciel (thème 1)
Matériaux sublimes (thème 2)
Poursuite. (thème 2)
La Guerre sans fin (thème 2)
Lettre D'or (thème 2)
Juste une bière... (thème 1)



Petits rappels
Thématique : les participants devaient écrire un texte sur l'un des trois thèmes sonores suivants :
1) http://vocaroo.com/i/s17swWa0ZIpy
2) http://vocaroo.com/i/s0yGM8orWd8o
3) http://vocaroo.com/i/s1YEmHwIggvS

Tirage du gagnant : vote par le public via un sondage sur chacun des forums participants + constitution d'un jury avec des membres des différents forums pour trancher en cas de litige, formuler des critiques sur chaque texte et décerner des prix spéciaux.
> Jury du MdE : Loïc (+ ? des volontaires ?). Jury, voici le document à compléter avec tes critiques

Échéance : vous avez jusqu'au 8 mars pour choisir votre texte préféré parmi les 9 présentés !

Règlement complet du concours ici.
« Modifié: 07 mars 2017 à 19:29:12 par anlor »

Hors ligne Mout

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #1 le: 22 février 2017 à 15:56:33 »
Asian Journey
thème 3

La  poupe d’un bateau se découpe d’une épaisse brume, il s’agit d’un paquebot de luxe qui fend de sa force tranquille mer et brouillard.

Sur le pont des hommes et des femmes riches aux vêtements ternes et aux bijoux que la brume refuse de faire briller sortent des cabines, la plupart viennent de finir leur brunch, les retardataires viennent de l’entamer mais tous se sont donné rendez-vous ici pour admirer l’entrée dans le port.
 

Parmi ces silhouettes qui se découpent dans la brume une se distingue des autres, c’est celle de Heather, une femme d’une trentaine d’année ayant l’air d’en faire dix de moins, une queue de cheval, une robe blanche et des gants blancs le tout sublimé de boucles d’oreilles en or.

Le bruit des vagues qui frappent la coque du bateau a quasiment disparu, comme au départ de son Amérique natale bien que ses parents soient d’origine anglo-saxonne.

C’est la musique qui l’a poussée à entamer son voyage depuis la côte ouest des Etats-Unis, son succès retentissant dans la composition l’a emmenée jusqu’au port de la ville de Qingdao dans la province de Shandong en Chine où elle espère un nouveau souffle d’inspiration.

Sur le pont du bateau le silence est glaçant, le capitaine avait promis un paysage exceptionnel à l’entrée dans le port mais bien que le bateau doive amarrer d’un instant à l’autre, rien n’est toujours visible à un mètre devant soi.

L’agacement des voyageurs brise le silence, d’autres s’en vont et regagnent leurs cabines quand le capitaine apparaît en face d’Heather qui avait tourné les talons, il se contente d’un geste de la tête pour lui indiquer de se retourner vers l’avant du bateau, en s’exécutant elle voit le brouillard se dissiper comme par la volonté du capitaine laissant alors découvrir le port magnifique de Qingdao mêlant constructions humaines et nature et laissant également passer à nouveau le soleil, faisant scintiller de mille feux les bijoux des voyageurs.
 

Le paquebot frôle la bordure du port pour amarrer plus loin, se penchant sur le côté du bateau Heather voit un dragon qui traverse la rue crachant des flammes ci et là, à côté de lui des acrobates réalisent des figures époustouflantes, d’autres font tourner des assiettes en équilibre sur des bâtons, tout est sujet à l’émerveillement des pupilles, une foule compacte encadre le spectacle et à mesure qu’ils s’en rapprochent le bruit des tambours devient de plus en plus fort, un peu partout brûlent des encens mais ce ne sont pas les seules choses à venir caresser les narines des voyageurs, la rue grouille de stands de nourriture locale et les brasseries non loin ajoutent une petite odeur de bière dans l’atmosphère.
 

Son cœur battait la chamade, elle avait retrouvé son inspiration.
C’est pour illustrer son arrivée dans la ville de Qingdao que Heather composera "Asian journey" qui sera l’un de ses plus grands succès pour l'une de ses œuvres les plus courtes.
Je suis le mout, tu es le mout, il est le mout, elle est le mout, nous sommes le mout, vous êtes le mout, ils sont le mout.
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #2 le: 22 février 2017 à 16:00:08 »
La louve blanche – la Traque
thème 3

Aravenh rassembla sa longue chevelure blanche, virevoltant au rythme du vent, dans une lanière de cuir, s’assit en tailleur sur les toits, rendus glissants par les dernières pluies hivernales, et devint écoute. Tous ses sens mobilisés guettaient la réapparition du Corbeau.
 
En bas, le brouhaha du marché journalier, les cris des mendiants et des vendeurs à la sauvette qui hélaient les passants, les prostitués qui dévoilaient leurs charmes, le mélange d’odeurs sucrées et salées provenant des stands proposant des denrées, des…

Des pas.

Un pas discret. Suffisamment pour passer inaperçu auprès d’une oreille novice. L’Assassine, elle, sourit et calqua sa respiration sur le rythme de la douce brise glaciale venue lui caresser le visage. Une goutte de pluie tomba sur son visage mat, déjà ciselé par de nombreux hivers, et renforça sa sérénité.

Puis soudain…

Une cape fouetta l’air, rompant ainsi la prodigieuse harmonie entre le vent et Aravenh.

Cette dernière souriait encore lorsqu’elle entendit des pieds entrer en contact avec les tuiles du toit où elle était assise, un sabre quitter son fourreau et surtout, un pas qui serait passé inaperçu pour n’importe quel novice.

Sauf elle. Son ouïe prodigieuse l’informa que le tueur envoyé par la Chasse se trouvait juste derrière elle.

*
* *

Le Chasseur, vêtu d’un long manteau noir qui battait le vent, s’approcha, aussi discret qu’une brise, persuadé que sa proie n’avait aucune chance…

*
* *

- Alors Windong, ta Guilde n’a pas trouvé mieux que toi pour me tuer ? demanda Aravenh, en esquissant un sourire moqueur.
Le dénommé Windong se crispa sous l’effet de la moquerie de sa proie et ôta le capuchon qui dissimulait sa tête, révélant ainsi un  visage pâle, émacié, sans doute épuisé par la traque qu’il a dû mener. Ses yeux bleu électrique brillaient de colère puis, sa mâchoire se crispa.
- Tu ne rigoleras plus quand tu seras passée au fil de ma lame, répliqua-t-il d’une voix grave qui ferait frémir n’importe qui.
Pendant qu’il parlait, il s’avança jusqu’à être derrière Aravenh, qui ne bougeait toujours pas. Il leva alors son sabre et, lorsqu’il voulut l’abattre dans le dos de sa proie, une voix s’éleva derrière lui :
- C’est moi que tu cherches ? ricana l’Assassine.
Surpris, le chasseur perdit un temps précieux à regarder l’endroit où se trouvait précédemment l’Assassine. Aravenh mit ces quelques secondes à profit en s’avançant d’une démarche féline vers Windong et lui plaça un coup de pied fouetté qui le fit vaciller. Puis Aravenh para un coup destiné à l’égorger en passant sous la garde du Chasseur et, dans le même temps, lui asséna un croche-pied qui le déséquilibra et le fit tomber sur le dos. L’Assassine vint à sa rencontre et le toisa de sa hauteur, froide comme la glace :
- Tu as été ridicule Windong de venir seul, dit-elle d’une voix sans âme en dégainant une dague présente à sa cheville.
- Qui te dit que j’étais seul ? ricana le Chasseur.
Puis, avec une précision d’orfèvre, comme si le moment avait été calculé depuis longtemps, quatre fumées noires apparurent autour des deux combattants. Aravenh, sans se soucier de Windong, se releva et regarda autour d’elle, concentrée à l’extrême. L’Assassine se plaça en garde de combat sous le regard moqueur du Chasseur qui venait de se relever, lui aussi.
- Bande de lâches, grogna-t-elle, furieuse. Faut-il vraiment que vous soyez aussi nombreux pour m’abattre ?
- Le Maître nous a dit à quel point tu es redoutable, donc nous avons pris nos précautions, tout simplement, répondit une voix doucereuse, indéniablement féminine, dont le visage était encore dissimulé sous son capuchon noir.
Aravenh, au centre du cercle formé par ses poursuivants, se plaça en garde et attendit le premier assaut. Le vent, touche finale d’hostilité à cette scène déjà tendue, vint s’immiscer entre les combattants. En bas, le marché avait cessé d’être bruyant.
- Rends-toi Aravenh, intima la Chasseresse en esquissant un sourire moqueur. Tu n’as aucune chance contre nous.
- Jamais ! cracha l’Assassine, les yeux flamboyants. Tu peux crever, toi et tous ces misérables qui te servent de chiens de garde !
La Chasseresse ne releva pas la réplique de sa proie, ni le tutoiement, et dégaina un sabre aussi noir que son manteau…

*
* *

Aravenh plia les genoux et pendant un instant, son image se brouilla jusqu’à laisser place à une louve blanche de grande taille.
- Une bête, voilà ce que tu es, cracha la Chasseresse. Une sale bête !
Puis elle s’avança vers l’Assassine qui bondit sur elle. La louve effectua une roulade sous la garde de la Chasseresse, évitant ainsi un coup destiné à l’égorger. Puis, dans le même temps, elle reprit sa forme humaine et lança une dague vers l’un de ses adversaires, plus audacieux, qui eut l’idée de la prendre à revers. Il mourut avant même de toucher le sol, une dague dans l’abdomen. L’Assassine se releva juste à temps pour parer un assaut destiné à l’éventrer, mais trop tard car l’un des Chasseurs, profitant du fait que sa proie soit accaparée, lui enfonça une dague dans l’épaule. L’Assassine tomba à genoux, sous l’effet de la douleur et grimaça. Elle mit sa main sur son épaule et constata qu’elle perdait beaucoup de sang. Cependant, sa volonté inébranlable lui donna la force de dégainer sa dague et parer le coup salvateur que la Chasseresse s’apprêtait à lui porter. Puis, mue par un instinct de survie aussi affûté qu’un poignard, elle entailla la cuisse de la Chasseresse qui s’effondra sous le choc de la douleur.

Aravenh se leva rapidement et acheva son adversaire d’un coup dans l’abdomen. La Chasseresse tomba lourdement au sol, un rictus de douleur, figé à jamais sur son visage.

Désormais, quatre personnes se tenaient face à elle.

- Tu vas le payer ! hurla un Chasseur en courant vers elle.

L’Assassine para simultanément trois assauts forcenés et reprit sa forme lupine. La louve, profitant de la brève surprise générée par sa métamorphose, bondit et mordit la gorge d’un de ses assaillants qui s’effondra.

Moins un.

Puis, dans le même temps, l’Assassine, humaine, lança sa dague, à l’aveugle, et sourit lorsqu’elle entendit un gémissement de douleur. Aravenh se retourna rapidement et vit un de ses assaillants, debout mais blessé à l’épaule.

Cependant, la vue de l’Assassine se brouillait au fur et à mesure que sa blessure s’aggravait.

Tenir le coup.
Elle devait tenir le coup.

Aravenh accéléra alors le rythme de ses attaques, obligeant ainsi ses adversaires à commettre des erreurs qu’elle sanctionnait. Sous sa forme lupine, elle trancha l’artère fémorale d’un de ses assaillants qui s’effondra sous le choc, puis, de justesse, elle para un assaut destiné à l’éventrer. Cependant, ce dernier lui créa une entaille profonde sur la hanche. Grimaçant à la vue de cette nouvelle blessure, Aravenh jeta un regard chargé de haine aux deux combattants puis, elle mit à profit les quelques secondes de répit entre deux assauts pour panser rapidement ses blessures. Les deux Chasseurs se concertèrent du regard avant de repartir à l’attaque, l’un à gauche et l’autre à droite. Humaine, Aravenh réunit ses dernières forces, passa sous leurs gardes, effectua une roulade jusqu’aux corps ensanglantés présentes au sol, récupéra ses dagues maculées de sang et se releva sans se soucier des regards surpris des Chasseurs. Puis, ignorant la douleur lancinante de son épaule et de sa hanche, elle courut vers les combattants, la rage comme moteur, et asséna un coup de pied fouetté aisément paré par l’un des Chasseurs. L’Assassine roula au sol, se réceptionna et se releva avant de placer un atémi violent au niveau du thorax, ce qui eut pour effet de couper la respiration du Chasseur. Cependant, accaparée par son propre combat, l’Assassine ne vit pas le second combattant arriver derrière elle et dégainer son sabre…

*
* *

Myah ricana. Sa proie n’avait aucune chance. Il tendit son bras…

*
* *

Aravenh l’entendit au moment où sa main fouettait l’air, mais surtout au moment où une étoile de jet jaillit de cette dernière. L’Assassine se baissa et le projectile acheva sa course dans la poitrine de son adversaire. Goguenarde, elle profita de la surprise de son dernier adversaire pour s’avancer, d’une démarche féline, et lui trancher la gorge.

Le silence reprit ses droits, parfois rompu par le vent. Aravenh, dont les vêtements de toile noirs étaient maculés de sang, regarda autour d’elle. Ses adversaires étaient morts. Puis, l’Assassine jeta un regard en direction du marché anormalement silencieux. Des gens murmuraient entre eux et pointaient Aravenh du doigt.

Soudain, des sabots se firent entendre. Puis, les soldats, vêtus de légères cottes de mailles, apparurent, droits et fiers sur leurs destriers de combat.

Merde la milice ! pesta l’Assassine en serrant les dents.

Elle inspira et expira, forçant sa respiration à redevenir sereine et, ignorant la douleur brûlante provenant de ses blessures, elle marcha jusqu’au bord du toit, situé au-dessus d’une ruelle peu fréquentée et sauta. Aravenh atterrit, non sans grimacer de douleur, en ployant un genou.

L’Assassine se releva maladroitement et extirpa un sac, entouré d’une lanière de cuir, dissimulé par son indicateur, derrière une poubelle semblant ne pas avoir été vidée depuis une éternité. Elle en tira des vêtements propres soigneusement pliés ainsi qu’un manteau noir épais et une trousse contenant des remèdes de premiers secours. L’Assassine pansa ses blessures en songeant qu’elle devrait se faire recoudre par un Guérisseur de la Guilde à son retour. Puis, elle enfila la tunique de lin bleue par-dessus le pantalon noir de la même matière.

Une fois vêtue, Aravenh vérifia son apparence grâce à une flaque d’eau présente. Satisfaite, elle enfila alors le manteau noir, dissimula soigneusement ses dagues dans les épaisses poches de ce dernier. Puis, femme parmi le peuple, elle se joignit à la foule sans que personne ne relève sa présence…
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #3 le: 22 février 2017 à 16:04:30 »
[Sans titre]
thème 1

   Le village était calme. La nuit était maitresse de ce silence, accompagnée par la lune et quelques étoiles. D’autres lumières que les astres éclairaient partiellement la Terre. De chaque maison s’échappait une maigre onde de lumière. Personne n’osait sortir.
   Un bruit rompit l’accalmie. Des bruits de clefs, puis d’une poignée, et enfin, une porte. Elle grinçait, râlait, lentement, semblable à une longue plainte. Tout cela provenait d’une maison. La seule maison qui n’usait pas de rideaux, ni volets. La seule maison dont les fenêtres permettaient un regard libre autant sur l’intérieur que l’extérieur. La seule maison qui semblait abriter quelqu’un d’insouciant, alors que la nuit était tombée.
   Son locataire éteignit les lumières et sortit en claquant la porte, sans se préoccuper du vacarme produit, puis se dirigea vers l’extérieur du village. Le jeu de lumières et d’ombres découpait sa silhouette. On pouvait deviner aisément que c’était une femme, dans une longue robe, et qui portait des talons aiguilles, accentuant sa taille élancée. Une lumière aveuglante se chargea de la dévoiler entièrement. Elle portait des sandales rouges à petits talons compensés, sans lesquels sa taille ne dépasserait pas le mètre quatre-vingts. Ses jambes, que l’on pouvait deviner démesurément longues, étaient cachées par un jean. Au-dessus de celui-ci, son pull gris semblait orné de longs cheveux roux qui descendaient bien au-delà de sa menue poitrine. Sa fine bouche et ses yeux verts, éblouis par la source lumineuse, affichaient sur son visage une expression de colère.
- Que faites-vous debout à cette heure-ci ? Questionna une voix masculine.
- Je vais acheter de quoi me nourrir, répondit la villageoise. Et il n’est que vingt heures vous savez ?
- Vous savez bien que c’est dangereux de sortir quand il fait nuit !
- Je me fiche de ces rumeurs ! Poussez-vous ! Vous me gênez !
- Je vous saurai gré de me parler sur un autre ton ! Ou vous pourriez avoir des problèmes !
- Cela a un rapport avec votre uniforme, ou vous vous inquiétez pour moi ?!
- Cessez votre désinvolture ! Vous n’êtes qu’une civile ! Veuillez par ailleurs me déclinez votre identité !
- Et vous, cessez de me hurler dans les oreilles ! Ordonna-t-elle, excédée, avant de reprendre l’instant d’après plus calmement. Je suis Eloïse. Mon prénom suffira je pense.
- Bien Eloïse. Voyez-vous, je ne peux pas me permettre de laisser sortir une femme sans défense…
- Je sais me battre ! Reprit-elle, furieuse. Et ce n’est sûrement pas vous qui allez m’empêcher d’aller où que ce soit.
- … C’est pour cette raison que je vous accompagne, assura-t-il, non sans un sourire de fierté.
- Super… Grommela-t-elle.

   Sur le chemin jonché de lampadaires, Eloïse avait bien envie de fausser compagnie à ce gendarme. Elle l’examina attentivement pendant qu’ils marchaient. La première chose qu’elle analysa était sa taille. Plus grand qu’elle, malgré ses talons, il avait les épaules larges, mal dissimulées sous sa tunique bleu lagon, autant que l’était sa mèche de cheveux noir sous sa casquette. Après une rapide estimation, elle conclut qu’il serait trop difficile d’assommer ce géant robuste d’un mètre quatre-vingt-quinze pour s’enfuir.
   Après une demi-heure de marche aussi silencieuse que pesante, Eloïse entra chez l’épicier, suivi par son accompagnateur. Les deux hommes discutèrent, tandis que la jeune femme prit ce dont elle avait besoin. Prise de curiosité, elle écouta discrètement :
- Je sais bien, dit la voix de l’épicier, qui semblait désemparée. Toutes les nuits j’ai peur d’être la prochaine victime.
- Je vous promets que je ferai tout mon possible pour retrouver cette bête.
- Une bête vous dites ?
- Les corps ont été retrouvés dans un piteux état. Un être humain n’aurait pu faire ça.
- Mais qui alors ? Les loups peut-être ?!
- Qui sait… Cela fait plusieurs nuits que des habitants des villages se plaignent de hurlements.
- Satanées bestioles ! Mon commerce deviendrait désert à cause de loups !
- Cela ne demeure qu’une hypothèse. Bien qu’ils se fassent entendre, personne ne les a jamais vus, et même les garde-forestiers nous assurent qu’il n’y en a pas le moindre dans les environs. Ah ! Eloïse ! Vous êtes là ! Tâchons de vite rentrer. Mon service s’arrête bientôt. Et ne discutez pas, je ne vous lâcherai pas d’une semelle.

   Une fois dans sa maison, elle ferma la porte à clef, et pour la première fois depuis longtemps, tira les rideaux. Elle ne se sentait nullement inquiète pour ce qu’elle avait entendu. Bien au contraire. Elle se savait hors de danger. Elle savait qu’elle ne risquait rien et c’est ce qui la rongeait.
   Après son dîner, elle alla directement au lit, et baigna son oreiller de larmes avant de s’endormir de fatigue.
   Au petit matin, elle partit en direction de l’église, le cœur lourd. Tout le long du chemin, elle se retenait de pleurer en repensant à ce qu’elle avait entendu à l’épicerie la veille.
- Bonjour mon Enfant, dit calmement une voix douce.
- Bonjour mon Père, répondit Eloïse.
- C’est pour la même chose que la dernière fois ?
- Oui…
- Pauvre Enfant… Entrez donc.

   Ils marchèrent tous deux sur le tapis rouge, jusqu’à l’autel. L’endroit était vide. Les bancs et les chaises demeuraient inoccupés. Cela s’expliquait par l’arrivée très tôt d’Eloïse. En effet, les villageois arriveraient plus tard, comme ils le faisaient régulièrement pour prier. Peu étaient croyants, jusqu’aux attaques certaines nuits de leurs amis, de leur famille, et de gens dont ils n’avaient jusqu’à présent jamais entendus parler. Ils s’étaient persuadés que Dieu leur envoyait une punition divine, et que seule une vie pieuse serait la solution pour être sauvés.
   Eloïse s’arrêta un instant devant la croix en bois qui trônait au milieu, juste après les petites marches d’escaliers devant les chaises du premier rang. Elle s’agenouilla devant et baissa les yeux, pendant que le prêtre quittait silencieusement la pièce. Après avoir laissé s’échapper quelques larmes, elle se releva et marcha vers un pilier en pierre taillée, surmontée d’une large bassine. Le bénitier contenait de l’eau, et sur un bord, tenait en équilibre un bol. La jeune femme le saisit de la main droite, après avoir remonté ses manches, et le remplit. Elle s’en versa alors abondamment sur le bras gauche, dans un cri effroyable de douleur. Elle recommença ce rituel trois fois, avant de changer de main. Tremblante, elle lâcha le petit récipient, qui vint de briser sur le sol. Le prêtre accourut.
- Mon Enfant, je vous en prie, arrêtez de faire ça !
- N… Non. Je... Je dois payer…
- Vous n’avez rien à vous reprocher. Vous êtes pure mon Enfant. Ecoutez votre cœur !
- C’est faux ! Tout est de ma faute ! Je sais que c’est moi qui... C’est moi qui les ai tous tués !
- Comment pouvez-vous encore croire à ces sornettes. Ce sont les loups le problème, pas vous.
- Si les loups sont un problème, alors, j’en suis un tout autant. Mon père, pourquoi croyez-vous que cette bassine me fasse souffrir autant ! Regardez mon bras ! Je… C’est... C’est moi qui les ai tués.
- De quelle façon les auriez-vous tués ? Les corps ont été retrouvés…
- Dans un piteux état, je sais. Je l’ai entendu par un gendarme. Je n’ai pas assisté à leur mort, mais je sais que c’est moi. Ecoutez... Je sais que c’est dingue, mais écoutez… Certains jours, je n’ai plus de souvenirs. Je suis incapable de dire ce que j’ai fait la nuit d’avant, ainsi que le soir qui la précédait. Mais pendant ces instants de trous noirs, je les sens. Je sens ces corps. Je sens l’odeur de leur sang comme s’il dégoulinait dans ma gorge. Parfois, j’ai des bleus, sur le corps, comme si je m’étais battue. Mes victimes voulaient vivre, et moi, je les ai tués, sans pitié. Elles lutaient pour survivre, mais moi, je n’ai eu que faire de leurs lamentations. Je le sais. Je le sens. Et rien de ce que vous direz ne pourra réparer ça. Vous savez, hier soir, je suis sortie de nuit. Je savais que je ne risquais rien, et que personne d’autre ne risquait quoi que ce soit. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est ce soir. C’est ce soir la pleine lune.
- Quelle importance a la pleine lune pour vous, mon Enfant ? Vous devriez songer à vous reposer.
- Avec tout le respect que je vous dois mon Père, vous m’exaspérez. Vous êtes gentil, bienveillant, mais exaspérant. Après avoir compris que je n’étais pas innocente vis-à-vis de ces disparitions, je me suis demandée comment cela était possible. Et puis j’ai contemplé le ciel. J’ai commencé à prier. Tout comme les villageois, je voulais que ça cesse, même si, contrairement à eux, j’étais coupable. J’ai été interrompue par des cris, ou plutôt, des hurlements. J’ai entendu des loups. Comme les villageois… Ah hélas, je ne suis pas « comme eux » …
- J’imagine que vous faites référence aux loup-garous. Supposons un instant que vous en soyez un, pourquoi ne vous êtes-vous pas transformée ce jour-là ?
- Je l’ignore... Moi non plus je ne trouve pas ça logique…
- Je ne crois toujours pas à cette histoire. Pour moi, il y a forcément une explication à vos pertes de mémoires, déclara-t-il, confiant. Mon Enfant, j’entends les villageois déjà aux portes. Vous ne devriez pas être là. Si quelqu’un vous croisait, on vous questionnerait. Vous m’avez l’air suffisamment… Perturbée… Pour subir ça. Il y a une porte au fond. Allez-y, et patientez jusqu’à la fin de la messe. Je vous préviendrai quand vous pourrez sortir.
- C’est entendu mon Père, obéit Eloïse, aussi exaspérée que fatiguée.

   Quand le prêtre réveilla Eloïse, la messe était finie depuis déjà très longtemps. Ne croyant pas à son histoire, et l’ayant trouvée derrière la porte, assise, en train de dormir, il avait préféré la laisser ainsi encore quelques heures. Ce qui semblait ridicule à ses yeux, était extrêmement grave pour la jeune femme. Horrifiée, elle se rendit compte qu’elle n’aurait pas le temps de rentrer chez elle avant qu’il ne fasse nuit, et savait que le Père ne la laisserait jamais dormir ici. Sa seule alternative était de passer la nuit quelque part, le plus loin possible de toute civilisation, afin de ne mettre personne en danger. Elle savait que personne en pleine nuit n’irait s’aventurer dans la forêt. Elle se hâta dans cette direction.
   Des larmes coulèrent le long de ses joues. Elle avait mal. Ses pieds étaient douloureux. Mais elle s’en fichait. Elle était responsable de la peine du village, il était alors normal pour elle qu’elle souffre. Elle aurait tellement aimé être « comme eux », même si cela signifiait mourir par les loups. Sa peine aurait été grande, mais pas autant qu’elle ne l’était actuellement. Elle l’agrippait jusqu’à son âme, son cœur, et la rongeait, tout comme la culpabilité. Mais qu’importe la souffrance, il fallait se dépêcher d’aller dans la forêt, et de s’y engouffrer, loin, le plus profondément possible.
   Quand elle jugea être suffisamment loin, elle s’arrêta, épuisée. Elle s’agenouilla dans la pénombre devant un arbre et recommença à prier. Elle eut alors un sourire aux lèvres. Cette nuit, personne ne pouvait mourir. C’était impossible. Elle était bien trop fatiguée pour pouvoir attaquer les villageois. Et de toute façon, aucun d’entre eux ne serait assez téméraire pour s’aventurer jusqu’ici.
- Je ne vous lâcherai pas d’une semelle, annonça joyeusement une voix familière, je vous l’avais dit.
- Que faites-vous là ?! Hurla-t-elle, éblouie par une lampe de poche.
- Je viens vous sauver, quelle question ? Je vous ai vue sortir de l’église, et pénétrer dans la forêt.
- Partez ! Vite ! Ordonna-t-elle, affolée, après s’être relevée.
- Je sais que vous êtes courageuse, que vous êtes trop fière pour demander de l’aide. Mais ne vous en faites pas, dit-il d’une voix se voulant rassurante, je vous comprends.
- Mais vous ne comprenez rien !
- O que si. Vous avez vu en sortant de l’église qu’il était trop tard pour rentrer au village.
- Oui… C’est exact. Alors… Vous savez ?!
- Oui, je sais. Je sais tout. C’est pourtant évident ce qu’il se passe.
- Alors, vous savez que je suis dangereuse !
- Qu’est-ce que vous me racontez là ? Il est évident que prise de panique devant la nuit tombante, vous ayez songé à vous réfugier au plus près de l’église, ici. Malheureusement pour vous, je crains que ça ne soit davantage dangereux.
- Mais vous ne comprenez pas ! C’est moi le danger ! Partez avant qu’on ne puisse voir la pleine lune.
- La pleine lune ? Pourquoi parlez-vous d’elle ? Elle est déjà visible ! Regardez !

   Eloïse leva lentement la tête vers le ciel, et son regard se figea avec effroi devant l’astre lunaire. Puis elle regarda ses mains, ses bras, toucha son visage, inquiète. Rien. Rien n’avait changé. Elle n’était pas devenue loup-garou, ni autre chose. Elle était bien humaine. Son esprit était tiraillé entre le soulagement et l’incompréhension. Elle était rassurée, mais pourtant, elle le sentait. Elle sentait que quelque chose n’allait pas. Elle sentait que quelque chose allait se produire. Quelque chose d’horrible. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait que cet apaisement allait être de courte durée. Aussitôt ces pensées avaient traversé son esprit, qu’un hurlement déchira ce maigre instant de répit.
   Ce n’était pas la première fois qu’elle les entendait. Toutes les fois où cela s’était produit, il y avait eu un ou plusieurs morts. Elle regarda avec étonnement son interlocuteur. Il ne l’avait pas quittée du regard, et ne semblait pas avoir entendu quoi que ce soit. A moins qu’il ne l’avait aussi perçu, mais qu’il faisait semblant de rien, pour rester rassurant devant elle. Les hurlements devinrent plus forts, mais aucun ne fit réagir le gendarme. Eloïse était consternée. Elle voulut lui demander si elle était la seule à entendre les loups, mais alors qu’elle ouvrit la bouche, sans prononcer le moindre mot, tout devint noir.
   Quand elle reprit ses esprits, elle laissa fermés ses yeux. Elle sentait la chaleur. La chaleur d’un liquide coulant dans la gorge. Elle passa alors sa langue sur ses lèvres. Il y avait un petit goût ferreux. Elle sentait au fond d’elle qu’elle avait échoué : quelqu’un était mort, encore. Triste, mais ne parvenant pas à pleurer, elle songea à l’église. Elle irait encore se punir.
- Pas cette fois mon Enfant, dit une voix étrange.

   Eloïse ouvrit à moitié les yeux. Elle devina qu’il faisait encore nuit, et qu’elle était probablement encore dans la forêt. Elle n’en était pas tout à fait sûre, car elle percevait une source de lumière. Ne pouvant compter sur sa vue, elle utilisa son toucher. Elle comprit ainsi qu’elle était contre un arbre, et, touchant son visage, constata qu’elle était toujours humaine, ce qui la plongea un peu plus dans la confusion. Elle sentit progressivement une douleur aux jambes et sur un bras. Elle lui était familière : elle savait qu’elle s’était battue. Rassemblant un peu de force, elle se releva, non sans peine, et ouvrit enfin les yeux. Elle ne sut alors ce qui était le plus angoissant : voir le corps du gendarme, ensanglanté, gisant sur le sol, ou bien le fait d’être entourée de monstres, armés d’une torche à la main. En y regardant mieux, ce n’étaient pas des monstres. C’étaient des loup-garous. Il lui semblait évident que c’étaient eux qui avaient organisés tant de meurtres. Si elle était toujours humaine, cela signifiait alors qu’elle était innocente. Cependant, Eloïse avait beau réfléchir, rien n’expliquait ses pertes de mémoire, ni ce goût ferreux qu’elle avait sur les lèvres et sa gorge. Devinant son incompréhension, un loup, vêtu d’une soutane, s’approcha et entama ce discours :
- Mon Enfant. Je vous l’avais bien dit. Vous n’êtes pas un loup-garou. Cependant, vous nous avez bien aidé. Sans vous, nous n’aurions jamais réussi à nous débarrasser de lui. Cela fait d’innombrables pleines lunes que nous le suivions, dans l’espoir de trouver un moyen de le tuer. Plusieurs fois, nous avons dû abandonner tout espoir de pouvoir nous amuser. Ne prenez pas cette mine choquée. Nous ne tuons pas par vengeance, ni pour nous nourrir. Nous avons besoin d’amusement. Nous avons besoin de nous sentir puissants, craints par tout le village. L’épicier peut dormir sur ses deux oreilles. Nous l’épargnerons, du moins, encore pour un long moment. Ainsi, tous les villageois qui n’oseront quitter les environs continueront à s’approvisionner. Cela reste un avantage certain pour nous, et s’il venait à disparaître, nous serions obligés de migrer plus tôt ailleurs. Il est préférable dans un souci de confort qu’il reste pour l’instant en vie. Mais vous, mon enfant, vous auriez pu survivre sans ce pauvre homme. Vous avez toujours eu une autre alternative que l’épicerie. Elle était là sous votre nez. Vous l’utilisiez sans même vous en apercevoir. Vous n’avez pas l’air de comprendre. Mon Enfant, je vais tout vous révéler, et vous expliquer qui vous êtes vraiment. Vous avez entendu nos hurlements, tous comme d’autres villageois, et aviez crû que vous étiez l’une des nôtres à cause de ça, mais également à cause de vos pertes de mémoire. Les brulures d’eau bénite vous ont confortée dans cette douloureuse idée. Nos hurlements ont tout simplement réveillé la bête qui sommeillait en vous. Celle qui sortait les soirs de pleine lune. Qui aurait par ailleurs pu sortir durant n’importe quelle nuit… Désolé de vous l’apprendre, mon Enfant, mais vous êtes un vampire. Votre espèce et la nôtre sont en conflit depuis fort longtemps. Devant notre puissance, vous avez préféré vous cacher, réprimer vos pulsions. Mais elles vous ont rattrapée, semblerait-il. Seuls les loup-garous et les vampires peuvent nous entendre. Nos appels ont réveillé votre instinct de suceur de sang, ennemi vital à notre espèce. Il reprenait à certaines occasions le contrôle dans l’espoir de nous détruire. Comprenez-vous mon Enfant ? Les cadavres n’ont jamais été votre œuvre, hormis ceux qui assistaient à votre métamorphose. Vous vous êtes transformée, ils ont voulu vous tuer, et vous vous êtes défendue… Par ailleurs, vous m’aviez confié avoir déjà eu des bleus sur votre corps. Désormais, vous en comprenez les origines…
- Je ne vous crois pas… Je ne peux pas le croire… Je ne peux pas être un vampire. Je… Ma peau supporte le soleil ! C’est impossible !
- Vous m’avez bien l’air sceptique. Mon Enfant, je pense que vous vous êtes documentée autant pour les vampires que pour les loup-garous. Cependant, il faut que vous sachiez que le libraire est aussi un lycanthrope. Il a modifié beaucoup d’ouvrages sur les vampires. Plus nos ennemis se sentiront faibles, mieux ce sera pour nous. Ses écrits vous ont fait croire que le soleil était un ennemi. Cela n’a jamais été le cas. Le soleil est inoffensif pour vous. En revanche…

   Il s’approcha d’Eloïse, paralysée, et fit signe aux autres de reculer. Après un lent signe de croix au-dessus de la jeune fille, à l’aide de sa main droite, il la mit ensuite devant sa bouche, pour l’empêcher de dire le moindre mot. Il glissa son autre main dans la poche de sa robe de prêtre. Les yeux d’Eloïse restèrent rivés dessus, inquiets, jusqu’au moment où sa main ressortit avec un pieu. Eloïse pleura une dernière fois, alors que son vœu le plus cher s’apprêtait à s’exaucer : être « comme eux ». C’est ainsi qu’elle mourut.
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #4 le: 22 février 2017 à 16:05:40 »
Le convoi qui touchait le ciel
thème 1

   Le ciel rugissait, traversé d'éclairs. Des colonnes de flammes étaient crachées par ses lourds nuages et venaient frapper la terre dans de longues morsures rougeoyantes.
   Sous ce cataclysme noir et feu, une caravane macabre s'étirait le long du désert. Le troupeau piétinait la terre de sa démarche nonchalante, l'écrasait de sa masse. La tuait à petit feu.
   La Tortue aurait pourtant voulu la caresser, cette terre si belle qui l'avait vue naître. Ne pas piétiner les délicates pousses vertes qui avaient réussi à percer la croûte sèche et dure ; mais les effleurer avec douceur, les protéger du vent, du sable, du soleil et du feu qui sévissaient ici-bas.
   Le monde tremblait sous les pas des machines, il frissonnait comme une bête à l'agonie, sa peau brune et dure se déchirait, se craquelait sous le poids titanesque des monstres de fer et de sang qui le parcouraient lentement.
   Petit à petit.
   Un pas après l'autre.
   Une armée gigantesque sous le ciel noir, progressant avec une mélancolie empreinte de grâce. Une procession enrobée de silence, un silence mortel, qui étirait au loin sa file de carrosseries blindées. Une douce migration de mitrailleuses et de tanks, une lente migration d'armes vivantes.
   Chacun de ces mastodontes, chacune de ces étranges créatures aurait pu chérir la vie ; mais toutes devaient obéissance à leurs maîtres, une obéissance d'acier trempé. Un respect immense, une adoration sans bornes les attachaient à eux plus sûrement que des chaînes.
   Chacun de ces automates, chacun de ces êtres si doux et sinistres se seraient damnés pour un mot de leur maître.
   Mais damnés, ils l'étaient déjà.
   La Tortue sentait la tendre chaleur animale, humaine, de l'homme assis sur sa carlingue, à la base de son cou. Cette fois-ci, c'était elle, c'étaient eux qui avait l'honneur de présider à la caravane, de guider le troupeau.
   Il posa une main à plat sur son crâne immense, la guidant vers leur cible avec douceur et maîtrise. Puis il eut un geste chargé de majesté, l'incitant à déployer son armement. La Tortue obtempéra dans un mugissement doux. La carapace de métal qui protégeait son dos se désarticula, coulissa entre ses côtes dans un gémissement strident. Un éventail de canons fumants, recrachés par leur écrin de chair brûlante, fleurit doucement sur son échine, déployant ses pétales de mort. Arsenal lugubre et gracieux. Les viseurs automatiques s'activèrent d'un coup sec, nimbant sa carrosserie d'éclats légers, bleus et rouges. Les armes gigantesques cherchèrent leur cible dans un frémissement presque animal.
   La mort était en marche.
   Des effluves de fer, des effluves de sang se déployaient dans le sillage du convoi, faisant crépiter les flammes qui naissaient de leurs pas et qui brûlaient, brûlaient leur folie rougeoyante avec rage. Le métal neuf et lustré de leur blindage renvoyait des éclats de lumière vengeurs vers le ciel ; de longues ombres s'allongeaient au sol, immenses, prédatrices, sur le point d'avaler le monde.
   Ce monde détruit qui les regardait passer.
   Nul bruit alentours. Les oiseaux même se seraient tus, s'il en était restés ; mais il n'y avait plus d'oiseaux sur cette terre tourmentée, plus d'oiseaux dans cet enfer brûlé.
   
   Le maître ordonna d'accélérer le pas. La Tortue obéit immédiatement ; une vague d'énergie parcourut le troupeau derrière elle, transformant les paisibles pachydermes de métal en une immense armée dont le pas furieux ébranlait la terre entière.
   La Tortue aurait tant aimé que ce spectacle satisfasse son maître ; qu'il se penche vers son grand œil illuminé d'un bleu rêveur, et lui murmure un mot gentil en flattant sa joue de fer. Oh, elle n'en demandait pas beaucoup ; un seul geste d'affection, un simulacre de tendresse pour l'arme efficace, la monture fidèle qu'elle était. Un tout petit quelque chose, qui fasse écho à ce qu'elle ressentait dans son jeune cœur, sous toutes ses couches d'armure et ses plaques de fer. Une minuscule récompense, un semblant de justification pour tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle s'apprêtait à faire. Une raison de continuer. Une raison d'espérer…
   Quelque chose qui lui prouve qu'elle était plus, dans le cœur de son maître, que sa cinquième machine tout juste sortie du moule de la guerre.
   Les quatre premières Tortues avaient-elles ressenties la même chose ? Avant qu'il ne les abandonne, l'une après l'autre, dans d'autres déserts, après d'autres opérations, leur vieille carlingue épuisée par le feu qui les dévorait meurtre après meurtre, tombant en morceaux sous la rouille et le poids de la guerre. Leur corps difforme laissé à l'agonie sur le sable ; l'air brûlant leurs poumons de chair, compressés par leur carlingue. Leur squelette délicat, d'os et d'acier bientôt recouvert par le désert. Tout comme leurs rêves et leurs espoirs.
   Silence. Oubli.
   Paix, peut-être ?
   Un char d'assaut pouvait-il espérer autre chose que cette fin cruelle ? Un tank pouvait-il faire fleurir des rêves et des espoirs au cœur de sa carcasse de mort ?

   Les molosses enchaînés le regardaient venir, ce convoi qui touchait le ciel. Leur gueule muette posée entre leurs pattes, la lueur des flammes dansant dans leurs yeux. Les enfants accroupis à côté d'eux, pupilles dilatées buvant la scène pleine de silence, avaient la main sur leurs échines, dont la chaleur rassurait leurs paumes figées d'effroi.
   Une haie d'adultes maigres se dressait derrière eux. Chacun accroché aux autres, puisant sa force dans les corps qui l'entouraient ; chaîne humaine aussi délicate que dérisoire. Regardant venir la mort.
   Bientôt, il ne resterait d'eux que des os.

   Brisant encore et toujours les timides espoirs de sa monture, le maître de la Tortue frappa la lourde carrosserie dans un geste empli de hâte et d'une joie furieuse :
   – Feu !
   Alors la Tortue ferma ses immenses paupières, cachant ses iris artificiels, cachant sa peine ; avant de laisser ses canons vomir leur rage, brûler le monde une fois de plus.
« Modifié: 22 février 2017 à 16:09:05 par Mout »
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #5 le: 22 février 2017 à 16:06:58 »
Matériaux sublimes
thème 2

   Je volais dans ce vent d'ouest qui s'engouffrait dans la vallée. Surplombant des sapins givrés du froid de la montagne j'observais la nature endormie. Mon œil de rapace scrutait le paysage de brume et de pics, tournoyant dans l'attente de rencontrer une proie à chasser. Par chance je finis par découvrir une masse au loin s'agiter dans la neige. Par d'amples battements d'ailes je fusais au travers de l'air glacial pour m'approcher de ma proie, mais sitôt que j’aperçus l'espèce de celle-ci, je dus songer à me poser loin d'elle. Il s'agissait d'un humain de type mâle. Costaud et agile, je le voyais finir de couper un demi-tronc d'arbre et le chaîner à son dos. Je m'étais posé sur une branche et j'en chassais la neige pour être à même de mieux l'observer. En contrebas l'homme suffoquait sous l'effort de sa hache, et l'on soupçonnait la buée sortir de sa bouche asséchée par le froid. Bientôt il s'en allait, portant sa lourde charge sur son dos guenillé, et je le suivis jusqu'à ce que j'imaginais être son atelier, couvert de taule abîmée et de débris mécaniques.

   Niché sur une corniche, je pouvais voir l'intérieur de cet amas de fer rouillé que l'homme utilisait comme établi. Il était entré depuis peu, et par le verre sale de la fenêtre je le voyais déjà s'affairer. Il ouvrit grand une armoire de deux mètres de hauteur et en extirpait de grosses machines aux dents affûtées, des marteaux et autres ciseaux à bois. Curieux d'en savoir plus sur ses intentions, je restais, pattes gelées, au dehors de l'atelier. L'homme ayant posé tout son matériel, s'étira puis commença à s'emparer d'une énorme tronçonneuse et à l'activer. Le tronc d'arbre gisant à ses pieds ne fit pas long feu, tranché sans répit par cette machine au son insupportable, il finit bientôt en différents morceaux de tailles différentes.

   Avec rapidité il cisaillait le bois par petits bouts, sur son plan de travail rempli de bric et de broc. Ses muscles travaillaient le matériau si bien qu'il en réchauffait presque la pièce. Les coups donnés inlassablement sur le bois fatiguaient l'homme qui bientôt dut se reposer, la sueur perlant sur son front rougi. Il alla fouiller au loin dans un amoncellement de métaux divers, pour en extirper des fils et des plaques de fer et de cuivre oxydé par le temps. Il posa le tout sur la table centrale et empoigna un chalumeau qu'il alluma. Le métal chauffant sous ses doigts découverts le brûlait, son front se crispait sous la difficulté de l'opération. Il soudait, tordait le métal, le pliait à sa volonté. Je ne comprenais pas encore son dessin mais je ressentais une tension s'accumuler dans l'atelier réchauffé par le travail de l'homme. L'effort physique qu'il déployait pour son œuvre était manifeste. Un soupir de satisfaction sortit presque de sa bouche lorsqu'il s'écartait enfin de son travail.

   Cependant je voyais bien qu'il n'était pas serein. Il lui manquait définitivement quelque chose. Il se gratta la tête, se tordait sous la réflexion et commença à marcher de long en large dans cet espace clos entouré de neige. Il ne fallut pas longtemps pour que l'homme, plongé dans ses pensées ne trébuche sur un des nombreux objets jonchant le sol. Il se retrouva à quatre pattes, maudissant cette malheureuse chute... Mais lorsqu'il vit l'objet de plus près, je vis enfin sur son visage s'esquisser un large sourire. Il était hystérique, la joie le transcenda si bien qu'il courut jusqu'à sa table de travail et se remit à marteler des bouts ici et d'autres là. Il brûla même du bois pour pouvoir y fixer l'objet, avant de le recouvrir de fils électriques aux couleurs multiples. Jamais je n'avais alors vu quelque chose qui se rapprochait de sa création.

   L'homme activa deux pièces les unes avec les autres, et la machine de bois et de métal commença à rayonner une lumière et une chaleur intense. des dizaines de points lumineux l’entourèrent, et un vrombissement retentit au centre de l'établi. L'homme s'était éloigné de sa création, et je vis alors ce qu'il avait façonné de ses mains et de son énergie intarissable. La sculpture bougeait maintenant ! Elle s’éleva au dessus de la table, démultipliant les vaisseaux lumineux autour d'elle, lui procurant sûrement de l'énergie. Les nervures du bois commencèrent même à se colorer de rouges vifs, dus à la pièce mystérieuse trouvée par l'inventeur. Jamais de mes yeux de milan noir je n'avais vu pareille œuvre. Je ne saurais expliquer la vision que j’eus ce jour-là. Furetant mon regard vers l'homme, il s'était effondré sur une chaise, riant presque, par l'enthousiasme de voir ce bois et ce métal prendre vie. L'air s'était depuis réchauffé de tant de labeur, et n'ayant plus rien à faire sur ma corniche, je finis par m'envoler pour chercher enfin de quoi me sustenter en ce jour de rude hiver.
« Modifié: 22 février 2017 à 16:09:17 par Mout »
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #6 le: 22 février 2017 à 16:08:24 »
Poursuite.
thème 2

Il était là, dans la pénombre. Partout autour de Nianne. Derrière chaque arbre, entre chaque racine et sous chaque pierre de cette forêt maudite. Ses yeux reptiliens et invisibles la jugeaient de toute la hauteur des cimes décharnées. Le vent sifflant dans les branches mortes était comme son souffle putride entre les épaules et sur la nuque maigre de la druidesse. Le froid figeait les cadavres de feuilles et la respiration de Nianne dans une cage de givre à mesure que sa présence se faisait oppressante. Elle s'élança.

Sur son terrain, elle n'avait aucune chance, elle le savait. Mais elle jouait avec son orgueil de prédateur, il la traquera jusqu'à la mort, à l'autre côté de la mer si nécessaire. Ici elle n'était qu'une souris fuyarde, un appât, un goujon transpercé par un hameçon au bout d'une ligne. En dehors de ces terres impies, sous le regard bienveillant de son dieu, la proie deviendra chasseur et elle le tuera, accomplissant ce qui aurait dû être fait depuis des lustres. Encore fallait-il sortir.

Elle courait à s'en exploser les poumons. Mobilisait chaque muscle de son corps vers son objectif.
Elle enjamba une racine, se baissa devant une branche, dévala une pente traître et détourna un tronc noueux.
Elle décupla ses efforts, le froid se fit plus mordant, plus cruel. Les doigts se mirent à rougir et les cheveux à glacer. Chaque respiration était une épreuve nouvelle. Une larme de douleur se cristallisa à même sa peau.
Elle resta insensible aux agressions mentales, aux suggestions perverses. Il n'avait aucun espoir d'arrêter Nianne ainsi, mais c'était le symptôme du chasseur trop confiant, il jouait avec sa proie avant de l'éventrer. Il goûtait au plaisir sinistre du chat laissant croire au rat qu'il avait une chance, avant d'abattre le couperet.
Il utilisait chaque parcelle du bosquet pour rendre la fuite plus éprouvante à la druidesse. Le sol devient plus traître, tantôt caillouteux tantôt boueux. Elle trébucha trois fois, mais repartit à chaque fois, encore plus vite. Les branches prirent une conscience sadique, elles fouettaient et cinglaient le visage de Nianne, qui voyait sa détermination croître à chaque égratignure. Les barrières de ronces se firent de plus en plus fréquentes et épaisses. Elle les traversa à chaque fois.
Non, pas cette fois.
Une liane épineuse se ferma sur ses bras nus, s'entourant autour de ses poignets, chaque croc végétal pénétrant dans sa chair avec un plaisir pernicieux. Même les ronces semblaient se repaître de son sang. L'autre approchait à grands pas, elle perdait de ce terrain si difficilement arraché.
Retenant une grimace de douleur, elle ne lui fera jamais ce plaisir, elle concentra ses pensés, tentant de réveiller le pouvoir qui coulait dans ses veines étreintes. Elle parvint avec une facilité qui l'étonna presque à tordre à sa volonté ces êtres qui étaient autrefois plantes et qui n'étaient plus que corruption.
Quand elle repartit, un hurlement sinistre se fit entendre. Il espérait en finir maintenant, trop confiant il l'avait laissée filer. Immédiatement, comme en écho, d'autres cris répondirent. Cinq aboiements déchirants, lâchés par des créatures sauvages, désespérées et affamées retentirent. La véritable chasse à courre commença.

Comme vomi par la brume mauvaise, trois créatures malingres, glabres et fiévreuses se lancèrent à la poursuite de Nianne. Ces bêtes infernales étaient tout ce qui vivait dans ces terres désolées. Constamment aux portes de la mort, elles ne craignaient rien tant le trépas aurait été pour elles une libération. Ils la courseront jusqu'à tomber d'épuisement, ils ne craindront aucune intimidation. Quand ils étaient lâchés, seule la mort pouvait mettre fin à la poursuite.
Elle reprit sa course effrénée, elle court, saute, esquive, tombe, se relève mais surtout entend. Elle entend les jappements pitoyables de ses poursuivants, le bruit de leurs pattes se rapprochant. Et elle ressent. Elle ressent le soubresaut de vie qui anime chaque parcelle qu'elle foule et qui pourrait bien se retourner contre elle. Elle ressent surtout sa colère grandissante, lui qui n'a plus qu'un rêve, que le sang de Nianne remplisse l'estomac de ces monstres.
Soudain, elle changea de direction. La ruse est ancienne, les lièvres ont toujours échappé ainsi aux rapaces, mais elle fit son effet. Déstabilisés, trois parodies de chiens de meute, moins adroits, se gênèrent, se lancèrent dans le vide et s'écrasèrent contre une souche pourrie qui vola en éclat.
Les quelques pieds de distance ainsi arraché seraient le salut de Nianne. Prenant appuie sur un tronc mort, elle se propulsa et gagna en vitesse. Elle allait s'en sortir.
Non pas cette fois !
Sorti de nulle part, un autre limier apparu devant elle, se dégageant d'un entremêla de broussaille, la créature se lança sur la druidesse crocs sortis et babines retroussées. Sa mâchoire rata de peu le visage de Nianne, les deux lutteurs tombèrent à la renverse sur le sol sans vie, le givre crissa sous leurs poids.
Une lame d'acier pur jaillit de la manche et un sang noir damné fut répandu. Elle se releva d'un bond, le visage fermé. Le combat allait encore gagner en intensité. Elle lança un regard dur au cadavre bestial encore palpitant, trois autres rattraperaient bientôt leur retard, il fallait faire vite. Où était le dernier ?
Elle tira sa lame, l'aura pure et bénie par Pan était comme une étincelle d'espoir dans cette forêt d'horreur et de corruption. C'était insupportable à la bête qui se révéla et chargea folle de rage.
Nianne se plaça avec une précision quasi-mathématique. Elle eut une pensée, peut être la dernière, pour son vieil érudit de maître d'arme, qui lui avait enseigné le nombre d'or comme l'art des feintes et des parades. Son enseignement avait été efficace, la bretteuse ne frappa qu'une fois. L'acier s'enfonça dans la chair maudite, faisant naître une fontaine de sang noirâtre. Le calme avec lequel elle avait mené l'assaut contrastait avec la reprise de sa fuite éperdue. A peine le cadavre avait touché la terre qu'elle se remit à courir avec l'énergie du désespoir.

Un nouveau cri fendit le ciel sans étoile, il passait d'une saine colère à la plus impitoyable des soifs de sang.
Elle continuait. Les points de côté devenaient une torture, chaque bouffée d'air était comme un pic de glace lui transperçant les poumons, chaque fibre de ses muscles n'était plus qu'une boule de feu. Ses pieds étaient dévorés par l'impact de ses bottes contre le sol irrégulier. Elle tentait d'ignorer le goût de sang qui lui pourrissait la gorge et la langue.
Et lui se rapprochait …
Comme un oracle, un cri inhumain et moqueur transperça le ciel. Au-dessus d'elle volait un sombre volatile. Un être de cuir véreux et de nerfs mauvais. Même à cette distance, elle reconnut l'éclat maléfique dans ses yeux reptiliens. Il venait en personne !
Courir jusqu'au dernier souffle, gagner chaque pouce de terre.
La créature de mauvaise augure se rapprochait, le battement de ses ailes osseuses était de plus en plus en plus proche. Elle poussa son corps dans ses derniers retranchements. Il plongea en piquet. Elle ferma les yeux.
Un hibou s'envola et le frappa de plein fouet. La lutte fut d'une telle violence qu'aucune légende ne pourra l'imager. Bec contre bec, serre contre serres, incarnation contre incarnation.
Pan lui venait en aide, elle n'était plus sur son territoire. Elle se retourna et tira ses deux lames, prête à livrer l'ultime bataille.
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #7 le: 22 février 2017 à 16:12:25 »
La Guerre sans fin
thème 2

   Le 12 février 2017, à 7H55, la Corée du Nord effectue un lancement de missile balistique nucléaire. Le missile parcourt cinq cents kilomètre avant de s’écraser dans la mer du Japon. En procédant à cette manœuvre militaire dangereuse, la Corée du Nord a violé une énième fois de nombreux traités établis par le Conseil de Sécurité de l’ONU.
   Beaucoup ont perçu cette action comme une provocation destinée à tester le nouveau président très critiqué des États-Unis, Donald Trump. Ce dernier était en présence du premier ministre japonais, Shinzo Abe au moment des faits. Le ministre japonais a déclaré son indignation et le président états-unien a affirmé son soutien au Japon.
   Seulement, comme à chaque fois, aucune sanction n’a été mise en place. La Corée du Nord était déjà sous les blocus du monde entier et ils tenaient grâce à la Chine. La prochaine étape était la guerre, mais personne n’osait. Des paroles sans les faits, voilà ce que c’était, à longueur de temps, le même discours, du vide...
   En l’absence de sanction, la Corée du Nord a continué ses essais nucléaires en augmentant à chaque fois la portée de ses missiles mais aussi leur puissance. La tension était palpable. La Corée du Sud et le Japon se sentaient menacés. Les États-Unis aussi l’étaient, mais c’est typique d’eux, ils se croyaient invincible et ne voyaient le danger venir que quand il était trop tard…

   Le 15 décembre 2020, à 15h40, La Corée du Nord effectue une série de lancement de missile nucléaire. Moins de cinq minutes plus tard, Séoul, et tous ce qu’il s’y trouvait dans un rayon de cinquante kilomètres, n’existe plus. Quinze minutes plus tard, Osaka et ses alentour disparaissent de la même manière mais sur cent cinquante kilomètre de rayon. Le missile nucléaire visant Tokyo est intercepté de justesse. Un peu plus d’une heure plus tard, les États-Unis tentent d’intercepter la dizaine de missiles nucléaires, des leurres compliquent la tâche. Durant l’heure qui suit, huit missiles sont interceptés, mais San Francisco, Seattle et New York sont effacés.
   La surprise était totale, alors que le monde se remettait de la surprise, on apprenait que la moitié de la Corée du Sud étaient prise et que les côtes nippones subissaient des assauts chargés. C’était le dernier acte de la Corée du Nord. Dans les heures qui suivirent, elle se retrouva anéantie sous un déluge de flamme.
   La Corée du Nord a disparu, la Corée du Sud était ravagée, le Japon gravement touché et les États-Unis affaiblis mais surtout révoltés. Les invincibles ne le sont donc pas, ils l’ont enfin compris.
   L’occasion était trop belle pour la Chine, la Russie et les organisations terroristes islamiques. En un an, tout a basculé. La Russie faisait pression sur l’Europe et l’Amérique du Nord. La Chine menaçait le Japon et ce qu’il restait de la Corée du Sud. Daesh avait multiplié les attentats et sa puissance en l’absence d’intervention des États-Unis en Orient.
   Puis toute la tension a explosé vers 2029. Je ne sais pas qui a commencé… Ce que je sais aujourd’hui, c’est que le monde est un bain de sang dont seule une partie de l’Afrique et de l’Amérique du Sud est épargnée.

   Je m’appelle Edward, je suis polonais et je ne sais pas ce que je fais ici, ni contre qui on se bat et pourquoi. Nous sommes le 14 février 2067, c’est la Saint Valentin, ma femme est morte il y a quatre ans avec mon fils de deux ans. Je m’accroche du mieux que je peux à la vie, mais on nous force à nous battre contre on ne sait pas qui…
   Si on tente de fuir, la puce dans notre colonne vertébrale envoie une puissante détonation au cœur du système nerveux. Au mieux on a une mort rapide, au pire on subit une paralysie générale et on meurt lentement de faim et de soif.
   Mon seul réconfort c’est mes amis de la guerre. A force de les voir tous mourir, c’est bête, mais on s’y fait… Alors du coup j’ai rarement les mêmes très longtemps. Y en a deux qui me collent comme une sangsue. Henry, qui est d’origine britannique et Julia qui est polonaise aussi. Je les ai sauvés plus d’une fois, je suis une sorte de porte-bonheur pour eux.

   Il est 6h42, on va bientôt devoir y aller, les équipes de nuit vont revenir. Je vérifie mon matériel comme chaque matin. Mon fusil mitrailleur est prêt, ma combinaison est toujours étanche sous mes couches de protection anti-balles, il me reste deux grenades perforantes, un brouilleur d’onde et un dopant pour ralentir les effets d’éventuelles contagions provoquées par les armes chimiques. Henry prépare son nano-drone pour le repérage de départ et Julia attend avec son équipement d’infermière, fusil d’assaut en mains. Personne ne dit rien.
   Une quinzaine de minutes plus tard, les équipes de nuit sans positions rentrent, Henry envoi son drone. Julia, moi et d’autres, nous partons devant.
- Allume ton oreillette Dory, lance Henry.
   Je devine à qui il s’adresse et active le petit engin d’une pression de doigt en souriant.    Toute suite j’entends sa respiration comme s’il était à côté de moi.
- Ok les gens, j’espère que vous êtes tous prêts car je vous apprends rien en disant qu’il faut y aller. La voie est libre pour l’instant, longez les murs en attendant de rejoindre les positions. Vous savez ce que vous avez à faire. Henry, terminé.
   Avec six autres et Julia en infirmière, on doit aller du côté d’une ancienne ferme où l’équipe 3 de la nuit dernière a fait le ménage. On doit tenir la position et si possible avancer.
   Le paysage autour de nous est déprimant. Le sol taché, de noir et de rouge, est éclaté de partout, y a des cadavres tous les deux mètres et heureusement qu’on a une combinaison, je n’ose pas imaginer l’odeur dans l’air. Le ciel est gris et il fait froid. Le silence est total, il y a bien longtemps que les animaux ont déserté pour survivre aux carnages de l’Humanité.
   On marche pendant une petite vingtaine de minutes avant de voir la ferme. En arrivant, l’équipe sur place nous salue et repart avec trois cadavres.
- Bonne ambiance, hein ? lâche l’un des soldats de mon équipe.
- Ta gueule et entre, lui lance un autre.
- Messieurs, s’il vous plaît, dis-je avec un regard sévère.
- Désolé, Ed, il fait chier aussi avec ses remarques qui aident pas.
- Je ne veux pas le savoir, mettez-vous en place et oubliez vos différends.
- Ok, répondent les deux sur un ton sans réplique.
   J’entre le dernier après Julia. La vielle bâtisse est craquelé de partout, calcinée par endroits. A certains endroits on peut voir des impacts de balles et des giclées de sang séchées. L’équipe de nuit a laissé un mot nous indiquant qu’ils ont sécurisé les alentours avec des mines et une carte pour les repérer. Chacun se trouve une fenêtre comme point d’observation en attendant du nouveau. De mon côté j’attends qu’Henry en finisse avec l’équipe 5 de jour pour qu’il me fasse un éclairage détaillé. Au bout de quelques minutes il finit enfin, je saute sur l’occasion avant qu’une autre équipe ne lui fasse appel.
- Henry, ici Edward. On est à la ferme, j’aimerais un éclairage total de la zone pour savoir si on peut avancer. Tu peux faire ça ?
- Le mot magique ?
- Tu me les brises.
- J’ai pas entendu.
- Henry, putain !
- Allez quoi, c’est pas dur, dit-il avec un ricanement.
- S’il te plaît, un éclairage. Cela vous sied-t-il, monsieur Henry ? dis-je exaspéré tandis que les autres gloussent en entendant l’échange.
- J’envoie le nano-drone, bravo mon grand.
- Je te merde, cordialement. Edward, terminé.
- Bisou ! Henry, terminé.
   Heureusement qu’il y encore des gens pour faire rire les autres, sinon on aurait sombré dans la démence.

   A peine cinq minutes plus tard, Henry rappelle :
- Y a un problème.
- Comment ça ? demandé-je inquiet.
- Y personne, alors je suis allé plus loin et je suis tombé sur un hangar.
- Et donc ?
- Quand je me suis approché pour vérifier à l’intérieur, y a eu un mouvement et j’ai perdu le signal du nano-drone.
- Tu en penses quoi ?
- J’pense que c’est compliqué de voir un nano-drone, même avec un détecteur, et que c’est encore plus dur à détruire, même avec une IEM.
- Qu’est-ce qui est capable de les détruire facilement ?
- Les robots de combats, mais ça fait plus de cinq ans qu’on en voit plus.
- Envoi un autre nano-drone, on va patienter sur notre position.
- Faite gaffe à vous, j’aime pas cette histoire. Henry, terminé.
- D’accord. Edward terminé.
   Je me retourne vers les autres, ils me regardent avec incompréhension.
- Vous avez entendu, ouvrez l’œil.
- Vous pensez qu’on va avoir des problèmes ? demande une soldate.
- Peut-être, après-tout c’est un petit point stratégique ici.

   Dix minutes s’écoule, rien ne se passe, le semblant de tension qu’il y avait plus tôt s’effondre doucement pour laisser place à l’ennui de l’attente. Au loin on entend quelques coups de feu. On avance difficilement, il faut être discret avant d’attaquer, être sûr avant de foncer, bien analyser ce qu’il pourrait se passer pour mieux réagir. Une fois prêt, il faut être précis et rapide. On ne peut pas se permettre de subir des pertes ni de feu nourri, les munitions sont limités et les soldats aussi. Soudain, Henry parle d’une voix inquiète :
- Edward, ça va pas du tout…
- Explique-toi, dis-je perplexe.
    Mais il n’a pas le temps de répondre, une détonation retentit, l’une des mines autour de la ferme vient de sauter.
- Soldat, repérez les cible et identifier leur nature ! m’exclamé-je dans un sursaut. Henry, qu’est-ce qui se passe ?!
- J’ai à peine eu le temps de dépasser la ferme que le signal de mon deuxième nano-drone à lui aussi était coupé ! Je sais pas ce que c’est mais ça va vous causer problème ! s’exclame-t-il alors qu’une deuxième mine explose.
- J’y vais ! lancé-je avant d’activé le capteur sur mon fusil mitrailleurs.
   Je me dirige prêt d’une fenêtre libre pour observer dehors du côté des mines déclenchées. J’ai à peine le temps de me placer qu’un coup de feu retentit dehors et souffle mon visage avec une force brûlante.
- Ça se déplace trop vite ! crie un soldat.
- C’est un robot de combat ! cris un autre.
- Tu en es sûr ?! m’inquiété-je.
- J’te parie ma prime de merde que c’est ça !
- Là ! A trois heures ! s’écrit la soldate en tirant une salve de balles vers la droite de sa position.
   Les autres l’imitent aussitôt. Une autre détonation retentit, deux de mes camarades tombent dans le même temps, leurs corps déchirés face à un nouveau trou calciné dans le mur.
- Déplacez-vous, il nous repère à travers les murs ! lancé-je tandis que Julia fonce vers les deux condamnés.
   J’active mon brouilleur d’ondes, puis me place à une autre fenêtre. Je cale mon arme sur le rebord, je retiens mon souffle et me concentre… Il va se montrer… Là ! Je tire une rafale et le touche, il tombe dans un fracas métallique et fait exploser une troisième mine.
- Il l’a eu ! s’écrit un soldat.
- Ne criez pas victoire trop vite, dis-je.
   Et j’avais raison, la machine se relève déjà. Elle est imposante mais souple, elle est faite pour frapper fort, avec précision et rapidité. C’est un nouveau modèle, beaucoup plus performant que ceux d’avant. Soudain elle prend appui avec insistance sur ses jambes et avant que je n’aie le temps de comprendre, elle bondit droit sur ma position.
Je tente d’éviter l’impact, mais la machine est trop rapide. Elle défonce le mur et me fauche le bas du corps au passage avant de finir sa course à l’autre bout de la pièce. Elle tire, la soldate meurt sans avoir le temps de réagir. Un soldat l’attaque par derrière, il finit décapité. Je me redresse difficilement avant de retomber en arrière à bout de forces et crachant du sang. J’essaie de voir l’étendue des dégâts de mon corps et… Je lâche malgré moi un cri d’effroi. Je n’ai plus rien en dessous de la taille !
   La panique me gagne en même temps qu’une douleur insupportable. Je ne veux pas mourir, ça fait douze ans que je me bats, je ne peux pas crever comme ça ! Je regarde à nouveau autour de moi, il reste Julia, moi et un autre soldat qui évite les tirs avec agilité tandis que Julia se rapproche de moi. Un quatrième qui était sorti sans que je ne m’en aperçoive fonce droit sur la machine de combat avec une des mines. Cette dernière s’en aperçoit trop tard, il arrive à fixer la mine sur la liaison du tronc au bassin et l’active avant de se jeter en arrière. La mine explose.
- Bordel, Edward qu’est-ce qu’il se passe ?! s’écrit avec inquiétude Henry dans l’oreillette. Vous êtes le dernier signal encore actif !
   J’aimerai lui répondre mais au même moment une quinte de toux me prend à la gorge et je me mets à cracher du sang de plus belle… Je refuse de finir comme ça.
- Je l’ai eu, il bouge plus en plus d’être explosé en deux ! s’exclame le soldat à la mine avec un crie de triomphe.
   Julia me rejoins et constate mes dégâts, elle grimace.
- Ed, t’es foutu…
- Sûrement pas ! articulé-je difficilement.
- Ne me demande pas de te mentir et te dire que tu vas t’en sortir. T’es coupé en deux, tes organes vitaux se répandent partout et tu es probablement infecté par les radiations…
- Je refuse ! dis-je plus convaincu que jamais en tentant de me redresser encore.
- Mais arrête, tu te fais du mal pour rien ! s’écrit-elle d’une voix tremblante.
- Ed, ça va aller, tu vas rejoindre ta femme et ton gosse… dit le soldat à la mine.
- Il n’y a rien après la mort ! scandé-je en tentant de réprimer une nouvelle toux sans succès
- Ed… souffle Julia la voix attristée.
- Secoue-moi, il faut envoyer des stimuli à mon cerveau sinon je vais perdre conscience et mourir… Je veux voir la fin de cette guerre, dis-je en me sentant partir.
- Elle a pas de fin cette guerre Ed, ça fait presque quarante ans que ça dure… dit le soldat agile.
- Elle n’a pas de fin ?... Je ne… lâché-je en tentant de parler sans parvenir à continuer avec les larmes aux yeux.
- Au revoir Ed, t’es un type bien… dis Julia en détournant le regard.
   Puis le noir m’engloutit, mes sens me quittent, dans un ultime effort pour m’accrocher à la vie, je serre la main de Julia sans savoir si c’est réellement sa main…

   Je m’appelais Edward, j’étais un polonais de trente-sept ans mari d’une femme morte, père d’un enfant mort. Je suis né pendant une guerre et je suis mort dedans. Je ne savais pas ce que je faisais ici, ni contre qui je me battais et pourquoi je devais le faire… Pourquoi ?
Je suis le mout, tu es le mout, il est le mout, elle est le mout, nous sommes le mout, vous êtes le mout, ils sont le mout.
Le mout est multiple, le mout est omniscient : le mout est tout.

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #8 le: 22 février 2017 à 16:13:09 »
Lettre D'or
thème 2

Comment prendre de la hauteur
Viser le rarissime
Durer sur un millésime à l'écart de ces radoteurs
L'or en barre que je ramène c'est du caviar pour les porcs
Un corbillard pour les pécores car pour mon art je me démène
Autant d'pourris dans l'under que dans vos télé vos radios
J'ai toujours taffé le cardio car le vrai rap s'nourrit du coeur
Que des calculateurs, c'est plus des mots mais de l'algèbre
Plus la rime est pauvre plus ils sont riches et célèbres
J'arrive solide dans ce combat, j'ai épaissi mon verbe
Et tout ce ramassis de merde mon encre ne s'y mélange pas
Mon empreinte en lettres d'or, ma silhouette sur l'macadam
Loin des girouettes de leurs vacarmes je vais renaître après ma mort
Peur de tout ce qui m'imprègne et tourne autour de moi
Si un jour je me noie, j'te dirai que tout baigne
Paraît que le bonheur s'octroie : défonce des portes ouvre des livres
Que les valeurs auxquelles je crois me portent et me délivrent
Bien meilleur que la moyenne depuis que les bidons tiennent le guidon
Dis donc p'tit con tu vires au blond mais ça ne fera pas de toi un sayen
Va donc niquer ta race aryenne toi et ton clanc de fachlard
Jviens percuter des mâchoires j'ai les idées kafkaïennes
De Paris à Bali c'est les même types qui se mentent
J'me sens trahi comme Ali depuis qu'les frères entre eux se plantent
Ça fourmille sur les ondes et parle de rentabilité
J'me dois d'fournir dla qualité je vise le mille et pas le nombre
Des coups d'crampons dans l'oesophage tant que les nazes respirent encore
Je grave mon blaz en lettres d'or, sans pierre philosophale
Et les vipères font la morale de la CC plein les narines
J'nai pas cessé d'parler en rime depuis qu'ma vie part en freestyle
J'arrive sans piston, simplement sur un thème
J'ai seulement la quinzaine mais j'pourrai t'appeler fiston
La mort une pute en bas nylon qui tapine à chaque ruelle
Vulgaire, sanguine et cruelle face à elle : courage fuyons !
Et si hélas ma vie s'arrête, le temps m'donnera raison
Ni les strass ni les paillettes influent sur mes rêves d'horizon
J'ai les yeux écarquillés comme dans orange mécanique
Depuis longtemps sous-estimé plus rien ne se vaut au mérite
Vu les esprits tendancieux, dur de rester authentique
Mon art un arithmétique je viens régler mes contentieux
A l'heure où je m'endors, j'ai la gueule contre le zinc
Mon style en lettres d'or j'ai l'amour au bout d'un flingue
J'emmerde les bien-pensants, rien n'est laissé au hasard
Venu pour briser les trois quarts et hisser le quart restant
En quête de reconnaissance quitte à friser l'insomnie
J'ai soif de connaissance pour esquiver leurs calomnies
Les mots sont millimétrés, mais je reste sceptique
Depuis que les mômes sont illettrés et qu'leurs parents sont alcooliques
Des coups d'crampons dans l'œsophage tant que les nazes respirent encore
Sans pierre philosophale, je grave mon blaz en lettres d'or
Je suis le mout, tu es le mout, il est le mout, elle est le mout, nous sommes le mout, vous êtes le mout, ils sont le mout.
Le mout est multiple, le mout est omniscient : le mout est tout.

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #9 le: 22 février 2017 à 16:14:06 »
Juste une bière...
thème 1

A- Ouais ! Par contre les mecs bourrés ici ils les mettent dehors vite fait ! Ils sont sympas mais faut pas les faire chier par contre ! Un peu comme nous en fait...

B- Ah ok ! Bon du coup commande moi une bière, une pinte, je la remplirai sous la table discrètement avec les canettes que j'ai dans le sac...

A- Quoi ? Excuse-moi j' écoutais pas ! Téma la meuf à gauche !

B- Une pinte pour moi !

A- Ah ok. Une seule ?

B- Et ouais ! Juste une ça ira !

A- T'as gé-chan wesh !

B- Tu dis ?

A- Non rien laisse tomber...

Il se leva tant bien que mal et alla commander la fameuse pinte de bière au bar vide. En effet la gauche faisait de l'oeil, et à droite c'était la rue, borgne... Je ne l'ai pas quittée des yeux... Une voiture de police passa sans s' inquiéter un seul instant de qui ou quoi ou quand se passait à ce niveau. Les passants mieux vêtus que le clochard mourant, ne se posaient pas trop de question non plus. Il faisait environ huit degrés dehors et le vent soufflant depuis trois jours semblait ne pas vouloir se calmer, il était bientôt minuit... Un dimanche gueule de bois tout juste soutenable... Ma copine, la pauvre était en train de torcher les vieux de la maison de retraite dans laquelle elle bossait, m'avait demandé un jour: "Tu penses pas qu' il s'ennuie ?" "Qui ?" "Bah le clochard en bas !" "Bah non ! pourquoi il s' ennuierait ? Il est libre le mec !! Tu te rend compte de ce que ça représente quand t'as choisi ces conditions de vie ? Personne te taxe, ni l'état, ni les fauchés de la rue ; les flics ne veulent pas te voir, la bouffe tu la voles, l' alcool aussi ! Au pire tu fais un tour en garde à vue au chaud, et encore ! Vu que les cognes ne veulent pas de toi, et encore moins de tes idées, tu t'en sors pour rien et tu retournes au magasin d'à côté réitérer tes exploits !! Bref ! Je pense pas qu' il s' "ennuie"..."
La pinte arriva sous mes yeux brillant d' impatience. Elle était bien servie, plus attirante que la grosse d'à gauche et offerte de bon coeur par l' ami qui partageait mes tristesses et mes bonheurs quotidiens. L' humidité sur la paroi du verre me faisait penser à la vie dégoulinant inexorablement sur la peau des pauvres qui dorment dehors, et qui suent de l'alcool par tout les pores de leurs peaux sales... J' ai eu envie de pleurer et c'est pour ça que je bois tant !
Nous buvâmes, dans un silence pas gênant, cette tristesse du dimanche soir, sans trinquer...

A- Ca va ?

B- Oui oui! Je pensais à de l' eau qui coule... Sans vraiment savoir ou elle va... Et toi ?

A- Ca va ouais, je pensais à mes couilles en ski ! J' essayais de mettre une image sur cette expression !

B- Et alors ?

A- Bah... Des couilles qui font du ski... Ca va pas loin...

B- En effet elles risquent gros !

A- Je sais pas, j' ai jamais fait de ski...

B- Moi non plus, enfin une fois en classe de neige, et y' avait pas de neige, donc on s' est fait punir...

A- L' éducation nationale ? La hiérarchie ?

B- Santé ma gueule !

A- Pire! Ca va avec ta meuf ?

B- Grave !

A- Dis-m'en plus !

B- Elle parle de ma prostate dans le futur ! Donc j' imagine qu' elle se projette dans l' avenir avec moi, et ça veut tout dire ! Les autres me parlaient de foyer, d'enfant et de petit chien... J'aurais du me douter de leurs supercheries... Un tas d'être humain bon à rien si ce n' est à aller voter et...

A- Téma la meuf à gauche !! Elle a faim !

J'ai reposé mes yeux dans ceux du clodo d' en face et lui ai levé mon verre, à notre liberté... Je repense à elle et me dit que sans, je serais comme lui... Après tout pourquoi pas ! Elle tient mon âme entre ses mains ! Nous sommes deux êtres s' aimant pour le bien de l' autre, et on ne peut pas faire plus solide ! Putain ce que je l'aime cette belle !! J' ignore bien comment lui faire savoir mais je lui dis et elle écoute. Cela suffira t'il ? Ca ne fait qu'un an, mais contrairement aux autres, elle ne m'a pas encore trahi ou menti ou volé ! J'aime cette personne. La jolie brune aux cheveux hors du commun qui sont la cascade noire de l'or qu'aucun chercheur n' aurait eu l'espoir de jamais trouver ! Elle couvre les draps de son odeur et mon coeur d'espoir ! J' ai jamais autant regardé quelqu'un dormir... Et j'ai jamais autant souri à quelqu'un qui dort...
Ca m'a fait penser au chanteur... Mort à 27 ans... J' ai oublié son nom ! Brève et intense reconnaissance...
Et j'ai pensé à tout mes potes chanteurs, producteurs, dj' s où autres compositeurs photographes qui sont encore en vie...La plupart ont bientôt dix ans de retard sur la date d' expiration succès... Fallait peut être faire du rock, et mourir à l' âge indiqué sur la pochette ! Rock the casbah ouais ! Rub a dub puis raggamufin en fond de soirée digne de ce nom... Ca fini à la house et l' électronique clavier digital dans un étui vintage classique f.m...
Et j'ai regardé mon pote qui piquait de l' oeil, nos bières vides, S.D.F qui pionce, gauche au loin. Il ne nous restait plus qu' à prendre nos r.e.r et t.e.r respectifs et quitter cette terre définitivement trop longue pour nous autres, buveurs de bières d'un dimanche sans fin, d' un week end sans fin, d' une vie qui finira la où le lundi s' arrête...
Reprendre le boulot demain... Non non non c' est vraiment pas possible aidez-moi !! J' ai déjà quitté des tafs dans le seul but, magique, de prolonger des vacances qu' on voulait tous sans fin !

Je l'ai envoyé ! L' ultime texto annonçant la fin ! Expliquant que j'étais trop malade chaque week-end pour reprendre la semaine ! J' ai annoncé la bonne nouvelle à mon ami, on est partis prendre des bières et on est allés les boire chez moi.
J'ai ouvert les yeux, il était parti bosser, et en ouvrant mon sac, j' ai pu constater que les bières d' hier était encore là, intactes et prêtes à être bue... La table basse en était jonchées, toutes vides mais, je n'avais plus ni meuf, ni boulot... Ô Homme libre que j' étais pour un court instant...

Quelques jour plus tard, j' ai dû aller signer toutes sortes de papiers, insignifiants à mes yeux, mais indispensable aux leurs ! J'ai tremblé, sué, et suis sorti aussitôt que possible de cet ignoble bureau qui me matait de haut sans aucune justice, si ce n'est celle de la fragile hiérarchie scrupuleuse et mal ordonnée qui dirige le monde que l' on subit sans cesse, ni aucun égard... Mais en sortant, bien heureux que j'étais, je n' avais plus rien... Homme libre pour un court instant, je voulais juste boire une bière au bar... Mais on était mercredi, et mercredi, c'est  jour de fermeture...
Je suis le mout, tu es le mout, il est le mout, elle est le mout, nous sommes le mout, vous êtes le mout, ils sont le mout.
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #10 le: 25 février 2017 à 09:12:20 »
Ouaah !
J'ai vraiment adoré ma session de lecture. En tout cas sachez que vos texte sont vraiment fort chouettes.

Asian Journey répond selon moi particulièrement bien au thème choisi, on rentre très bien dans l'ambiance énoncée, et le tout étant très photographique, je me suis laissée emportée. Cependant le tout manquait peut-être de profondeur : en tout cas bravo !

La traque était pour moi un poil trop long, ou alors c'est que j'ai eu du mal à m'y plonger je ne sais pas. J'avoue que ce n'est pas un univers de prédilection pour moi, et écrire une scène de combat n'est vraiment pas évident ! Cependant, bon raccord au thème et bel effort de style.

Le texte sans titre m'a vraiment titillé les sens ! J'étais complètement absorbée dans l'univers et jusqu'à la fin j'ai ressenti un suspens très agréable. Le style est fluide, et même si j'ai compris qui était la jeune femme en milieu de texte, j'ai beaucoup apprécié la lecture. Le thème est très bien respecté lui aussi. Juste les détails vestimentaires du début de texte sont pour moi non essentiels pour le récit, et dénote un peu avec la suite selon moi.

Le convoi qui touchait le ciel... ouah ! Beaucoup aimé celui-là aussi. J'ai ressenti de l'empathie pour la tortue et du coup j'imagine une armée d'êtres couverts de fer ? Vraiment très original -selon moi, qui ne lis que peu de SFFF- et jusqu'au bout j'étais vraiment entrée dans l'ambiance du texte, dommage qu'il s'arrête si tôt ! Par contre, je n'ai pas réussi à coller le texte au thème choisi, peut-être que c'est moi le problème, dommage. Mais très belle lecture pour moi.

Juste une bière : Assez original, et osé de sortir un texte très réaliste avec des thèmes musicaux relativement "épiques". Mais il me semble que les deux bonhommes et leur environnement lugubre au quotidien illustre bien le thème. J'aurais peut-être aimé plus de description dans leurs ressentis et aussi dans la fin. Mais globalement, un bon texte et dialogue, pas évident !

Je n'ai pas tout commenté, mais en tout merci à tous pour cette petite lecture !


Hors ligne Zacharielle

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #11 le: 08 mars 2017 à 12:15:42 »
Merci aux participants pour vos textes !

Je vous livre ici mes humbles avis et commentaires :

Asian journey
Je trouve dommage d’essayer de donner du contexte au personnage, de faire référence à l’œuvre musicale, à ses origines etc., en fait comme ce n’est pas plus développé que ça on s’en fiche un peu. L’arrivée grandiose dans le port avec la brume qui se dégage et la découverte des lieux me parait suffisante à elle seule pour porter la nouvelle. Tu fais un travail sur le rythme qui est intéressant à la fin du texte, avec une succession de descriptions mais certaines sont moins percutantes que d’autres, par exemple « la rue grouille de stands de nourriture locale et les brasseries non loin ajoutent une petite odeur de bière dans l’atmosphère. » parce qu’on n’en est plus au visuel depuis le bateau, on a l’impression d’être déjà à terre, il y a selon moi un problème de point de vue qui éjecte un peu le lecteur du texte. Sinon c’est un chouette travail à partir du thème, bravo.

La louve blanche – la Traque
On a l’impression d’assister à une scène de jeu vidéo sur les toits mais plusieurs éléments me semblent diminuer le côté pêchu que requière une telle scène :
. la longueur du combat (il débordait de la musique épique pour ma part, ce qui est dommage compte-tenu du thème)
. le fait que l’héroïne est au départ présentée comme sans peur (quand elle dit au premier « tu n’es pas venu seul ? ») mais après elle grogne du fait que tout un groupe est venu pour la tuer ;
. le point de vue du premier Chasseur est inutile, on le comprend avec le reste ;
. des problèmes de crédibilité de contexte comme calquer un rythme de respiration sur le vent ( ?), le fait de panser ses blessures en quelques secondes ( !), l’histoire de la poubelle dans un contexte aux teintes médiévales, de « la rage comme moteur »…
. l’interjection finale  « Merde la milice ! » me semble inutile.
C’est une description de combat qui se tient mais ce n’est pas trop ma tasse de thé et comme expliqué certains éléments m’ont un peu sortie de la lecture, donc je n’ai pas accroché plus que ça, désolée !

[Sans titre]
J’ai trouvé difficile d’entrer dans le récit à cause de plusieurs choses :
. d’abord, les descriptions un peu lourdes ou maladroites, comme les descriptions au sujet de la lumière : « D’autres lumières que les astres éclairaient partiellement la Terre. » que je n’ai pas compris de quoi il s’agissait ou « De chaque maison s’échappait une maigre onde de lumière. » : une onde de lumière ? Pas un rai ? ou encore « Une lumière aveuglante se chargea de la dévoiler entièrement. », qui laisse entendre que la lumière est mue de sa propre volonté, ça fait étrange. Il y aussi les descriptions des personnages qui m’ont semblé un peu chargées, parce que tu fais beaucoup mention de la taille des personnages mais en fait, ce n’est pas quelque chose de très important pour l’histoire, tu aurais donc pu te passer d’insister sur ce point.
. ensuite, les dialogues un peu artificiels dans lesquels j’ai du mal à croire aux personnages, ils s’emportent très vite alors qu’il n’y a pas de quoi, tu utilises beaucoup les verbes de parole alors qu’il n’y en a pas forcément besoin. Après les descriptions chargées les dialogues ont tendance à casser un peu le récit par leur caractère prosaïque. Peut-être que tu aurais pu davantage miser sur des discours rapportés, te contentant de vrais échanges pour une sélection de scènes, comme celle de la fin ?

Voilà pour mes remarques. Concernant mon avis, l’histoire est classique mais elle est dans l’ensemble correctement traitée, hormis les points de forme soulignés ci-dessus. Même si c’est un peu trop long à mon gout et que le sujet abordé n’est pas celui que je préfère, le récit dans le fond et la forme colle plutôt bien à la musique et donc respecte bien le thème de l’AT.

Le convoi qui touchait le ciel
Il m’a fallu un temps pour comprendre le point de vue adoptée mais pourquoi pas ! Je n’ai pas grand-chose à dire sur la forme à part quelques images que j’ai eu du mal à visualiser comme « Des colonnes de flammes étaient crachées par ses lourds nuages et venaient frapper la terre dans de longues morsures rougeoyantes. » ou tout simplement des tanks dans un désert (ça s’enliserait pas fréquemment ces bêtes-là dans du sable mou ?). Sinon la scène proposée est bien décrite et assez originale, bravo !

Matériaux sublimes
Je crois que je n’ai pas trop compris le texte. Ca partait bien au début mais j’ai eu du mal à comprendre si le narrateur était un aigle ou un oiseau plus petit, ni à comprendre si le type se promenait dans une forêt dense ou pas. Ca me parait important parce qu’au début on dirait que l’oiseau est vachement en altitude, il voit une proie dans la neige donc ça veut dire que le bois est assez espacé puis il suit le type (pourquoi ?) pour aller regarder par la fenêtre, comme le ferait un oiseau plus petit ( ??). Bon bref c’est du détail mais j’ai jamais pu mettre une forme précise sur le narrateur et encore moins comprendre ce que fabrique l’autre personnage, du coup j’ai l’impression d’être passée à côté du texte. Par contre ça colle pas mal à la musique, point de vue longueur et rythme !

Poursuite.
Je n’ai pas grand-chose à redire, il y a du rythme, de la tension, c’est une scène de poursuite bien construite et décrite, ça colle plutôt bien à la musique même si elle s’est terminée avant que j’achève le texte (mais je lis peut être un peu lentement). Malgré tout je n’ai pas accroché plus que ça car sans contexte on saisit mal l’enjeu d’une telle course. Peut-être aurais-tu pu le suggérer de façon plus précise, par petites touches le long de la poursuite ? Sans développer trop, juste pour savoir pourquoi la fuite était si importante. Enfin, ça demandait peut-être un texte d’une plus grande envergure (enfin plus long quoi). Merci néanmoins pour cet écrit !

La Guerre sans fin
Il y a quelques problèmes de temps et une répétition un peu trop visible : «  La surprise était totale, alors que le monde se remettait de la surprise » mais sinon le texte se lit bien et est assez en accord avec la musique. Je trouve l’introduction un peu longue, je ne pense pas que l’on aie besoin de détails historiques, la seule scène de combat / lutte pourrait suffire. D’ailleurs je pense n’avoir pas tout compris du déroulé de l’épisode relaté mais l’ambiance de guerre est bien rendue. Mais comme pour le texte précédent, je trouve que ça manque d’enjeu. Pourquoi est-ce important de nous raconter cette tranche de vie là, en particulier ? Qu’apporte-t-elle sur la perception de ce conflit sans fin ? Qu’est-ce que le personnage a de particulier ? Je conçois bien que développer le contexte dépasserait le cadre de la nouvelle mais sans éléments narratifs pour éclairer les motivations des personnages, le texte résonne un peu moins je trouve. Enfin, ce n’est que mon avis.

Lettre D'or
J’aime beaucoup la phrase principale et certains autres vers, mais j’ai quand même l’impression qu’il y a des couacs dans le rythme et c’est dommage car j’aime bien la rage qui se dégage et le désespoir aussi, c’est bien rendu. Je pense que tu aurais pu aller plus loin dans le travail sur le verbe et la rythmique mais c’est déjà du beau boulot, bravo.

Juste une bière...
Je pense que ce texte m’a tout simplement échappé, désolée :’) Je n’ai pas réussi à accrocher parce qu’il y a de la syntaxe bizarre au début qui m’a perturbée (« En effet la gauche faisait de l'oeil, et à droite c'était la rue, borgne... »), je n’ai pas compris qui étaient les personnages ni où ils étaient. Le dénouement va beaucoup trop vite et manque de conviction. Par ailleurs j’ai trouvé que tu abusais un peu des points de suspension et d’exclamation. Pourquoi avoir choisi une forme théâtrale alors que de simples dialogues auraient suffi ? Bref je suis désolée, je n’ai pas réussi à accrocher (pourtant, j’aime la bière). Une autre fois, peut-être !

Hors ligne Loïc

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #12 le: 05 avril 2017 à 14:20:03 »
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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #13 le: 08 avril 2017 à 11:03:36 »
Wouh !! Bravo à la grande gagnante o/ (c'est le texte pour lequel j'ai voté  :mrgreen:)

Et un gros merci à tous les participants ainsi qu'aux organisateurs, dont les membres du jury ;)

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Re : Plumes nocturnes (concours interforum)
« Réponse #14 le: 08 août 2017 à 21:26:17 »
Bonsoir,
Je ne peux voter...mais la guerre sans fin...si j'avais pu

 


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