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27 mai 2019 à 07:36:21

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Essais, documents » Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)

Auteur Sujet: Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)  (Lu 1053 fois)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« le: 08 janvier 2017 à 00:27:04 »
Même quand Roland Barthes nous parle des "figures" amoureuses - au sens gymnastique du terme, avec son vocable de linguiste et sa volonté de pousser le raisonnement jusqu'à l'épuiser, il conçoit, dans les arabesques de sa science, quelques morceaux de bravoure poétique. C'est cela, dans cet essai, que j'ai le plus aimé : ce qu'on attendait pas venant d'un langage mathématique. Un bel exemple de ce que la fornication entre science et poésie peut engendrer : un monstre hybride, déroutant, éclairant. Barthes cherche dans le langage - le sien, ses propres maths - l'explication du sentiment amoureux, de ses codes, angoisses, impasses, absurdités. Toujours en illustrant son propos avec des références bien senties : des amis à lui dans une conversation à la terrasse d'un café, chez Werther de Goethe d'où il puise beaucoup de substance, chez des maîtres tibétains, et bien d'autres. Alors c'est comme si, chose étonnante, le langage lui-même créait l'amoureux. L'argumentation de Barthes vient pétrifier ce qui me paraissait indicible. Il fige quelque chose de très grand, parce que ses mots sont très grands, il parvient à faire sensé un objet, une entité, qui par définition échappe aux règles, aux normes, aux cadres. Ce sont des tableaux de la pensée amoureuse qu'il dépeint avec brio, en se servant du langage comme du plus grand cadre que la pensée puisse construire. Néanmoins, je le répète, ce que j'ai trouvé d'inspirant, d'éminemment vrai, ce n'est pas ce que la linguistique savait résoudre du soliloque amoureux en termes nets, mais ce sont ses failles, ses aveux d'impuissance - pourtant jamais explicites. Parce que, je crois que là où il y a de la faiblesse à dire, il y a quelque chose de redoutable à s'y former, quelque chose de l'ordre de la pure création. Ce qui vient au bout du raisonnement, après le langage. Ce que je nomme "poésie", parce qu'il lui faut donner un nom. Ce que je nommerais de l'humanité, si l'humanité elle-même ne perdait pas ses Hommes.

Quelques-uns de ces moments inspirants, du moins pour moi (le titre vient d'un recueil de Char que vous pouvez retrouver dans la section théâtre et poésie) :
http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,22940.msg370528.html#msg370528

« Modifié: 08 janvier 2017 à 01:55:40 par Eveil »
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Maxime

  • Buvard
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Re : Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« Réponse #1 le: 18 mars 2018 à 11:02:55 »
Tu m'as donné l'envie de le lire, merci  :)

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Re : Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« Réponse #2 le: 18 mars 2018 à 20:09:43 »
n'hésite pas, il a une prose et une poésie bien à lui qui méritent le détour.
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Loup-Taciturne

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  • serviteur de Saturne
Re : Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« Réponse #3 le: 28 avril 2018 à 16:00:34 »
Merci bien pour ce partage très clair et inspirant lui aussi, en deux temps !

Citer
Parce que, je crois que là où il y a de la faiblesse à dire, il y a quelque chose de redoutable à s'y former
J'adore

Citer
quelque chose de l'ordre de la pure création.
En dehors des récits cosmogoniques, je reste peu convaincu par l'idée de "pure création". En fait je crois qu'elle est au mieux une illusion, au pire une escroquerie, toutes deux destinées à flatter l'égo des "artistes" et des "inventeurs", dans les sociétés à économie de l'innovation soutenue par son culte.

« Modifié: 28 avril 2018 à 16:06:43 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
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Re : Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« Réponse #4 le: 28 avril 2018 à 21:40:58 »
par pure création j'entends pureté, sincérité. Le création ex nihilo je n'y crois pas non plus.
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Loup-Taciturne

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  • serviteur de Saturne
Re : Fragments d'un discours amoureux (Roland Barthes)
« Réponse #5 le: 29 avril 2018 à 04:28:11 »
C'est donc bien plus cohérent comme ça, il aurait fallu m'en douter !
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

 


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