Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

15 septembre 2019 à 20:22:16

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Auteur Sujet: Lectures paritaires  (Lu 57 fois)

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Lectures paritaires
« le: Aujourd'hui à 11:08:18 »
Salut !

Je me suis mis à utiliser, en début d'année, un tableur de lecture diffusé par Grimm, histoire de tenir la liste de ce que je lis, et de m'amuser à en tirer quelques stats aussi : voir le ratio français / langue étrangère, la répartition des éditeurs, etc.
Il y a aussi ce ratio auteurs/auteures et, à la fin février, je me suis rendu compte que je n'avais lu que des mecs en 2019. (Plus précisément : 8 mecs, 2 anonymes...)
Je me suis dit qu'inverser la tendance, ou dans un premier temps l'atténuer, ne ferait pas de mal...

Et j'ai progressivement pris conscience que mes envies de lecture, mues par un sexisme très sournois, étaient essentiellement dirigées vers des mecs ; j'attribue ça à l'habitude, et aux classiques que je lis beaucoup et parmi lesquels on trouve essentiellement des mecs. (Oui je sais : pas que, et Madame de Lafayette pfioulala :coeur:, mais aussi George Sand qui me gonfle.) Je le vois comme ça : du fait de mon expérience de lecteur, qui s'est trouvé davantage d'écrivains que d'écrivaines à se mettre sous la dent, j'ai progressivement eu tendance à davantage accorder ma confiance à des mecs. Et je pense que peu à peu, quand j'avais le choix, sur une table de libraire, entre plusieurs auteurs, j'ai parfois (ou souvent ? ou presque tout le temps ? je saurais pas dire, parce que ça fait vraiment des mécanismes très souterrains de la prise de décision) eu tendance à préférer les auteurs aux auteures, par un sentiment inconscient de sécurité ("des mecs j'en ai plein mon top 50 ; des meufs j'ai Duras").

Du coup c'est compliqué à expliquer parce que c'est un sentiment diffus, souterrain, pas vraiment marqué... sur lequel il est difficile de mettre des mots certains ; mais pour autant je me rends bien compte qu'il a (a eu) ses entrées dans le comité de décision central de mon cerveau de lecteur...

Bref, depuis quelques mois j'essaie de lire davantage d'auteures, et en septembre j'ai ce petit défi de ne lire que des femmes. Avant de pousser des hauts cris ("c'est débile de passer d'un extrême à l'autre !"), il faut bien avoir en tête que
- hé mais c'est une expérience comme une autre
- c'est un mois : ça va concerner 5 livres à tout casser
- il se trouve que, sans en avoir conscience, l'an dernier il y a bien eu 8 mois sur 12 où je n'ai lu que des mecs. Finalement, ce serait agir avec modération que de passer les 8 prochains mois à lire des femmes !

Et je me rends compte, depuis que j'ai commencé (genre en mars) de rendre mes lectures un peu plus paritaires, que ce sentiment qui souterrainement me "donnait davantage envie" de lire un auteur plutôt qu'une auteure, s'est déjà considérablement ratatiné. C'est pour ça que je l'explique surtout par une histoire d'habitude. Mes bons souvenirs de lecture récents m'influencent, or maintenant ils sont à peu près paritaires, donc le sexe de l'artiste n'entre pas du tout en ligne de compte. (En vrai, en ce moment c'est plutôt l'inverse ; comme c'est une prise de conscience récente, j'ai un appétit d'auteures c'est assez discriminatoire haha (mais comme dit plus haut, à l'échelle de deux ans ce n'est que commencer à rétablir un semblant d'équilibre. Et ça a toujours tendance à me foutre la rage, quand la majorité ayant enfin conscience de sa tyrannie dit "bon rétablissons l'équilibre, maintenant c'est 50/50 mais attention n'en profitez pas pour vous affirmer davantage"))

J'insiste sur le fait que, jusqu'à jeter fin février un coup d'oeil aux stats de mon tableur de lecture, je vous aurais bien dit la même chose que ce que je dis aujourd'hui : que le sexe de l'artiste n'entre pas du tout en ligne de compte dans mes choix (et j'aurais été un peu outré qu'on évoque l'hypothèse inverse)... C'est vraiment cette histoire de stats qui m'a fait observer une donnée bizarre, j'ai tiré sur le fil pour essayer de l'expliquer et je me suis dit "hé mais en fait euh c'est pas très très normal, ce qui se passe inconsciemment quand tu choisis un livre"...

Et, plongé dans mon petit défi de septembre, j'observe avec un certain amusement que je commence à plutôt privilégier les auteures dans mes envies de lecture post-septembre... "oh oui, lire d'autres Gabrielle Wittkop ! oh, ouais Quentin Leclerc me fait envie mais j'ai du Monique Wittig... ah je voulais lire un autre Edward Abbey mais il me reste un Marie Cosnay en fait !"

BON ET ALORS
ça m'intéresse de savoir quelle est votre expérience sur le sujet ! Est-ce que vous avez toujours, sans vous en rendre compte, lu de façon à peu près paritaire ? Est-ce que vous êtes (ou avez été) comme moi dans une dynamique d'équilibrage ? Est-ce que ça a changé votre manière de choisir vos prochaines lectures ? Est-ce que vous tireriez la même analyse que moi (le mécanisme n'est pas sexiste en lui-même, c'est juste l'habitude, et la promesse d'une garantie de qualité, qui nous pousse à toujours aller vers le même genre de lectures ; or il se trouve que si on lit beaucoup de mecs on va avoir tendance à tomber dans cette spirale de ne plus lire qu'eux - c'est valable pour une maison d'éditions, pour un genre littéraire...) ?...
Enfin, est-ce qu'il y a quelque chose, dans tout ce que je viens de raconter, qui vous évoque votre expérience personnelle de lecteur/lectrice ?
« Modifié: Aujourd'hui à 11:13:27 par Lo »
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Re : Lectures paritaires
« Réponse #1 le: Aujourd'hui à 15:57:03 »
Je fais une réponse courte, avec une vision "naïve" de la chose (je ne me suis pas posé trop de questions quoi). Perso, j'ai vu lorsque j'ai repris mes études qu'on étudiait extrêmement peu d'auteures. A côté on a eu des modules, voire des cours entiers, sur des auteures. C'était bien mais je n'aimais pas le fait de faire des "cours spéciaux", même si ça concernait tout un semestre, pour moi il aurait été juste mieux de à côté faire en sorte que ce soit plus "paritaire" partout, sans forcément viser le 50-50, mais au moins faire un effort de ce côté-là. De plus, souvent, les cours qui abordaient les auteures étaient souvent eux-mêmes tenus par des enseignantes ! (edit : j'ai le souvenir d'un prof, quarantaine d'années, plutôt "moderne" qui nous faisaient des cours d'histoire littéraire absolument passionnants mais... avec une proportion mais juste ridicule d'auteures. Et c'était l'histoire littéraire quoi, un tronçon assez central dans le cursus, partagé par les arts du spectacle et les lettres)

Donc je dirais que ta démarche me semble pas débile : puisqu'on a tendance (même si on peut dire que ça s'améliore ?) a faire une bien plus faible "promotion" (dans le sens diffusion) des auteures, et bien faire l'expérience d'en lire exclusivement pendant un temps donné permets justement de contrer, à titre individuel, cette faible exposition à laquelle on est soumis.

Si tu connais pas Virginia Woolf (pas la plus inconnue je le reconnais) et bah y'a des choses à lire par là-bas !

« Modifié: Aujourd'hui à 15:58:38 par Gramme »

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Re : Lectures paritaires
« Réponse #2 le: Aujourd'hui à 16:06:01 »
C'est marrant, c'est vraiment une question que je me suis absolument jamais posée. Je fais pas du tout attention au sexe de l'auteur du livre quand je projette de le lire. Je m'étais demandé, par curiosité, si dans le top de mes livres préférés il y avait une répartition équitable homme femme et grosso modo, oui.

Du coup j'essaie de répondre à ta question mais je lis beaucoup moins que toi et en particulier en 2019, j'ai très, très peu lu. En 2019 j'ai lu : 3 femmes et 1 homme. En 2018 j'ai lu : 4 livres écrits par des femmes et 6 par des hommes (+ une lecture obligatoire de cours de langue, donc pas par choix) + une lecture où on sait pas (Elena Ferrante, on sait pas si c'est un homme ou une femme). 2017 : 4 femmes et 9 hommes, mais parmi eux il y en avait 6 antérieurs au XXe siècle (1 femme et 5 hommes), si on les retire ça fait 3 femmes et 4 hommes.
Ouais, donc, c'est à peu près paritaire si on retire les classiques (vu qu'il y a beaucoup plus d'auteurs hommes que femmes dans les classiques, ça fausse la question).
Je pense donc pas être influencée par le sexe de l'auteur quand je choisis un livre. ^^

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C'est vraiment cette histoire de stats qui m'a fait observer une donnée bizarre, j'ai tiré sur le fil pour essayer de l'expliquer et je me suis dit "hé mais en fait euh c'est pas très très normal, ce qui se passe inconsciemment quand tu choisis un livre"...
Ben faudrait surtout voir :
- la proportion totale d'hommes/femmes parmi les auteurs disponibles
- si tes genres de prédilection ont une proportion d'auteurs masculins plus grande (si tu me dis classiques ou science-fiction, ça explique facilement, quoi :mrgreen: )


Parce qu'en gros, le fond de ton post c'est un peu indirectement de se demander s'il y a une marque du genre de l'auteur dans ses textes, qui ferait que tu serais plus poussé à aller vers l'un ou vers l'autre. Je suis pas persuadée que des statistiques de lectures en elles-mêmes puissent répondre à la question...


Je fais une réponse courte, avec une vision "naïve" de la chose (je ne me suis pas posé trop de questions quoi). Perso, j'ai vu lorsque j'ai repris mes études qu'on étudiait extrêmement peu d'auteures. A côté on a eu des modules, voire des cours entiers, sur des auteures. C'était bien mais je n'aimais pas le fait de faire des "cours spéciaux", même si ça concernait tout un semestre, pour moi il aurait été juste mieux de à côté faire en sorte que ce soit plus "paritaire" partout, sans forcément viser le 50-50, mais au moins faire un effort de ce côté-là. De plus, souvent, les cours qui abordaient les auteures étaient souvent eux-mêmes tenus par des enseignantes ! (edit : j'ai le souvenir d'un prof, quarantaine d'années, plutôt "moderne" qui nous faisaient des cours d'histoire littéraire absolument passionnants mais... avec une proportion mais juste ridicule d'auteures. Et c'était l'histoire littéraire quoi, un tronçon assez central dans le cursus, partagé par les arts du spectacle et les lettres)

Donc je dirais que ta démarche me semble pas débile : puisqu'on a tendance (même si on peut dire que ça s'améliore ?) a faire une bien plus faible "promotion" (dans le sens diffusion) des auteures, et bien faire l'expérience d'en lire exclusivement pendant un temps donné permets justement de contrer, à titre individuel, cette faible exposition à laquelle on est soumis.

Ouais mais pareil : là tu parles du taux de femmes dans la reconnaissance académique de la littérature. Par "moderne", tu te réfères à ces dernières années, ou à tout le XXe siècle ? Parce qu'en fait je suppose qu'il faudrait voir quelle est la sociologie du petit nombre d'auteurs qui accèdent à une reconnaissance académique (ceux qui sont susceptible d'être nominés), et dans ce groupe-là, quelle est la proportion des femmes. Et puis aussi la sociologie des gens qui distribuent les prix littéraires qui font entrer les auteurs primés dans la petite élite des auteurs reconnus (genre le Goncourt) : ça explique sans doute une partie de la question (parce que si vous regardez la liste des prix Goncourt des 20 dernières années, on y trouve que quatre femmes).
« Modifié: Aujourd'hui à 16:08:23 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : Lectures paritaires
« Réponse #3 le: Aujourd'hui à 16:15:56 »
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Ouais mais pareil : là tu parles du taux de femmes dans la reconnaissance académique de la littérature. Par "moderne", tu te réfères à ces dernières années, ou à tout le XXe siècle ? Parce qu'en fait je suppose qu'il faudrait voir quelle est la sociologie du petit nombre d'auteurs qui accèdent à une reconnaissance académique (ceux qui sont susceptible d'être nominés), et dans ce groupe-là, quelle est la proportion des femmes. Et puis aussi la sociologie des gens qui distribuent les prix littéraires qui font entrer les auteurs primés dans la petite élite des auteurs reconnus (genre le Goncourt) : ça explique sans doute une partie de la question (parce que si vous regardez la liste des prix Goncourt des 20 dernières années, on y trouve que quatre femmes).
Tu as raison, je parle de la reconnaissance académique, que j'ai raccourcie car c'est là que j'ai appris à connaître des écrivains. Je ne suis pas un grand lecteur, je n'avais lu quasiment aucun "classique" avant la fac (au lycée, je ne les lisais pas) et mes lectures persos c'était pas mal de Stephen King (toute mon enfance adolescence) et un peu de SF en tant que jeune adulte. Avec quand même bien 4 ans sans avoir lu le moindre livre. Donc j'ai ce biais de découvrir la littérature à travers sa diffusion académique.

Par "moderne", je voulais dire que c'était un mec qui enseignait le management à côté, il faisait ça pour le plaisir, il parlait de la littérature d'une façon assez souple, avec une vision que je trouvais plus large et moins engoncée que parfois.

Pour le reste de ton message, je souscris pleinement.

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Re : Re : Lectures paritaires
« Réponse #4 le: Aujourd'hui à 17:34:49 »
Parce qu'en gros, le fond de ton post c'est un peu indirectement de se demander s'il y a une marque du genre de l'auteur dans ses textes, qui ferait que tu serais plus poussé à aller vers l'un ou vers l'autre. Je suis pas persuadée que des statistiques de lectures en elles-mêmes puissent répondre à la question...

Hm non, j'ai surement pas été très clair (je fous mes idées en vrac à mesure que j'arrive à peu près à les formuler, en les liant comme je peux, souvent de liens de cause à effet bancals...).
Le choix, et le moment où je suis potentiellement "plus poussé à aller vers l'un que vers l'autre", se fait sans ouvrir le livre, donc sans aucune problématique "écriture féminine" et autres. C'est l'image (abstraite) que je me fais d'un livre, c'est sa couverture en gros : titre, éditeur et auteur dont le sexe est plus ou moins explicite dans le prénom. C'est pas une histoire de "y a-t-il une marque du genre de l'auteur dans ses textes". Vraiment juste : est-ce que ça change quelque chose, quand je prends acte de l'existence d'un livre, que je sache le sexe de l'auteur. Un simple préjugé, une simple angoisse de "ce livre est-il pour moi ? vais-je l'aimer ?" qui ferait que, sans même l'ouvrir, je privilégierais un autre livre.

Bref je lis vos réponses avec plein d'intérêt ; ça me fait marrer parce que, Mil, comme je le disais plus haut, y a six mois j'aurais commencé mon post exactement comme le tien :D
en effet suivant le genre ça dépend, et aussi suivant le format des textes... je veux dire, est-ce que lire la double saga de L'Assassin royal c'est lire 13 livres écrits par une femme ? j'aurais plutôt tendance à mesurer ça (avec tout ce que ça complique) en heures de lecture (= heures d'immersion au sein d'une écriture donnée). Mais bon... c'est compliqué !
De la même façon, quand on lit 12 livres, composés de 6 écrivains masculins différents et d'une écrivaine dont on a lu 6 de ses romans, est-ce qu'on peut parler de lecture paritaire ? en terme de diversité, on a lu une femme et six hommes...
Bon enfin ce sont surement des questions secondaires
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