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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [AT n°8 | T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]

Auteur Sujet: [AT n°8 | T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]  (Lu 4001 fois)

Hors ligne barnacle

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[AT n°8 | T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« le: 05 Septembre 2016 à 10:28:59 »
Julien et l'homme-voiture

   Il sortit du véhicule côté passager et s'éloigna de deux pas. Son ombre empiéta sur la place de parking voisine, déborda vers la pelouse de l'aire d'autoroute. Deux arroseurs automatiques y larmoyaient abondamment, mitraillant la tranquillité alentours. Leur fausse rosée rafraîchissait juste assez le fond de l'air ; des petites flaques noires, éphémères, colmataient les creux et fissures du bitume gris.
   (En ce début de juillet, le jour se montre déjà cruel, insidieux de bon matin, frappe le regard par ses reflets sur les rares voitures : l'éclipse chromée aveugle, s'imprime, s'efface. L'éclat, où le blanc rejoint le noir directement, plie la vue en un instant, s'efface. L’œil lave le traumatisme en deux clignements pressés, sans cicatrice ; l'ombre du souvenir dans la paupière plissée, dans l'hésitation de la pupille, s'efface.)
   La conductrice s'extirpa patiemment de son siège, s'étira les jambes en se forçant sur la pointe des pieds, massa son épaule droite avec un soupir. Son expression se dérida insensiblement ; elle s'accordait une pause, ou un oubli. Elle se dirigea, le pas libre, vers les toilettes, sans un regard pour son passager.
   Il partit dans la direction opposée, sur la pelouse. Les arroseurs poursuivaient leur mimique de criquets chuintants, perlant ses cuisses encore blanches, son short cargo brun, le bas de son t-shirt Superman délavé ; quelques gouttes fuyantes s'aplatirent sur sa gorge ou frôlèrent son menton, agaçant la peau tirée par de courts poils grisonnants.
   Il s'allongea au milieu du gazon fraîchement tondu. Les pointes chatouillèrent son dos un instant puis s'adoucirent sous son poids, trempèrent ses vêtements d'une couche fine ; il s'assoupit en quelques minutes.
   La berline repartit, le laissant là.

***

   La chaleur le réveilla vers midi, sans le faire bouger. L'heure du repas peuplait la pelouse par petits groupes, assis en un cercle imprécis autour de lui, à l'ombre des arbres. Quelques regards passaient sur cet homme allongé au soleil, refusaient de s'y attarder, retombaient mornes ailleurs.
   (L'odeur grasse des sandwichs imprègne le paysage. L'espace étouffe, sous le soleil, sous l'art étroit des micro-multitudes qui le subdivisent pour l'occuper toujours pleinement, malgré les distances prudemment calculées entre chacun, grâce à elles. Ils partiront, sont toujours là.)
   Les nouveaux arrivés mâchaient lentement, sans appétit malgré la faim. L'air était tout occupé du bruissement irrégulier des paquets ouverts, des sachets froissés, de la conversation lasse des mastications et déglutitions ; les vraies discussions peinaient à y naître, s'interrompaient vite.
   Même les enfants, hostiles à cette morosité, s'astreignaient bien vite au silence. Leurs excitations, vaillamment lancées, retombaient dégonflées ; aucun stimulus ne pouvait les rehausser sur ce terrain plat. Ils se ralliaient aux rangs de la fatigue, geignaient pour accélérer la venue du départ, retrouver au moins la vitesse de la route.
   Tous, ou presque, tournaient le dos à leurs voitures. Ils n'y revenaient qu'à reculons, s'attardant avant d'ouvrir les portières, traînant pour y rentrer ; mais quand toutes les fesses avaient rejoint leurs sièges, alors l'urgence venait : quitter la place de parking, rejoindre l'autoroute ne pouvait plus attendre une seconde de plus.
   L'intrus restait étendu dans l'herbe. La sueur mêlait le tissu à sa peau ; son suc salé attira quelques insectes égarés qui se hasardèrent à grimper sur lui. Une fourmi remonta sa joue jusqu'à sa paupière inférieure avant de faire demi-tour, sans avoir été dérangée.
   L'homme fixait un point bleu sous le soleil. Il ne dormit pas, mais ce fut tout comme.

***

   La journée s'acheva lentement, dans le soir étendu d'une nuit d'été. Parmi d'autres ombres, deux jeunes hommes, peut-être adolescents, s'installèrent près d'un talus, dans l'attente des sorties de bureau et de la nuit pleine ; un client précoce les accosta et l'un d'eux disparut.
   (Les lampadaires déjà allumés brouillent la paresseuse pénombre du soleil couchant ; leurs halos vifs figent les silhouettes mouvantes des passants en corps entiers, toujours enlaidis par la lumière sale, soudaine.)
   La plupart des passants rejoignaient directement les toilettes, pour y satisfaire un besoin ou un autre. Quelques-uns restaient dans leur voiture en silence, observaient un temps avant de repartir. La pelouse n'attirait plus aucune attention.
   L'homme allongé s'assit, s'accroupit, fut debout. Traînant son corps derrière lui, mannequin aux jointures faussées, il tituba jusqu'au parking, le regard perdu sur le gazon, foulant de son pas à peine levé l'herbe mâchée par l'agitation de la journée, piétinant des miettes de chips qui craquaient, se morcelaient encore plus sous son pied. Plastiques et sachets abandonnés s'accrochaient parfois sous sa chaussure, le temps d'une étreinte éphémère, puis retombaient déplacés de quelques centimètres.
   Il atteignit une place de parking mal éclairée, s'y laissa tomber, recroquevillé sur le goudron dans une position semi-fœtale.
   Une heure, peut-être, passa.
   « Monsieur, vous allez bien ? »
   Un jeune trentenaire, pas très grand, un peu gros, hésitait au bord de la place de parking.
   « On m'a pris mon corps, marmonna l'homme.
   – Pardon ?
   – Je suis une voiture et on m'a pris mon corps », articula-t-il lentement, prostré, comme  annonçant sa mort prochaine.
   Le trentenaire détourna le regard vers sa propre voiture et se mordit la lèvre, retenant un soupir. Il s'enquit, forcé :
   « Vous avez quelque part où aller ?
   – Non.
   – Vous avez un nom ?
   – Non.
   – Vous ne pouvez pas rester ici, ça n'est pas possible. »
   Un silence balança l'air les séparant tandis qu'il ruminait les conséquences de la situation. L'homme allongé gardait sur lui un œil entre-ouvert, prêt à le refermer.

***

   « Moi c'est Julien, au fait. »
   Ils roulaient en silence. Julien l'avait forcé à se lever – « Il se fait tard, avait-il dit. Allez. » – en l'attrapant sous les épaules ; après quoi l'homme l'avait suivi, comme un enfant dont les parents distants s'éloignent, par habitude mais sans envie.
   La première sortie d'autoroute les avait conduits dans une périphérie urbaine muette, désert utilitaire. Les flashs intermittents des phares et lampadaires éclairaient l'auto, tombaient sans effet sur les paupières closes du passager.
   Julien quitta la route des yeux pour secouer doucement l'inconnu par l'épaule.
   « Moi c'est Julien, ok ? »
   L'homme le fixa sans rien dire.
   « Je vous ramène chez moi, pour la nuit. D'accord ? »
   Il n'obtint pas de réponse. Son passager attendit une suite, puis laissa retomber sa tête contre la vitre et son regard vide au-delà.

***

   L'homme somnola trois heures dans la chambre d'ami, ayant aussitôt rejeté les draps qui irritaient ses coups de soleil, avant de rejoindre le couloir. Ses pieds nus – Julien lui avait timidement ôté chaussures et chaussettes –, couverts de cloques et d'autres lésions, se crispaient sur la pierre des escaliers et le carrelage froid.
   Il n'alluma aucune lumière, tâtonnant simplement pour refaire le chemin qu'il avait suivi à l'aller. L'élégance des lieux, moderne, épurée sans étouffer l’œil sous le poids d'un vide ou d'un blanc trop consistant, n'avait pas attiré son regard lors de son premier passage et l'arrêtait encore moins dans l'obscurité imprécise de la villa sous la lune.
   D'autres marches le conduisirent à sa destination, où il s'allongea à son aise.

***

   Lorsqu'à neuf heures et quart son réveil sonna, Julien l'éteignit d'un geste mécanique et attendit dans son lit, partiellement redressé sur un bras, comme un homme habitué à se lever sans être obligé de le faire, et prenant son temps.
   Le soleil colorait depuis plusieurs heures la chambre du rouge orangé des rideaux. Des cartons de livres et de films prenaient la poussière près d'un bureau, où s'étalaient des outils de dessin, sculpture et peinture qui ne semblaient avoir produit aucun résultat – une partie d'entre eux patientait encore dans leurs emballages. Deux guitares et un violon dans son étui occupaient un angle, abandonnés. Sans être réellement en désordre, la pièce aurait pu passer pour l'adolescente de la famille, tant elle paraissait à la fois plus encombrée et plus incomplète que le reste de la maison.
   Julien restait ainsi, dans l'attente manifeste de l'envie, du besoin de se lever. Il jouait cette scène connue lorsque, en une trombe soudaine, les souvenirs de la veille, l'obligation imprécise mais réelle, se précipitèrent sur son visage. Il se redressa aussitôt, s'habilla prestement en piochant dans les pantalons et chemises casual qui composaient sa garde-robe, puis descendit à la cuisine.
   Il lança un expresso et se pressa une orange, but l'un puis l'autre au-dessus du comptoir en les entrecoupant, sans enthousiasme, d'une biscotte. Il contemplait parfois l'entrée de la cuisine, qui menait à la salle à manger, d'où l'on pouvait rejoindre le vestibule et les escaliers livrant eux-mêmes sur le couloir de la chambre d'ami, en face de la sienne. Il n'avait pas frappé à la porte de l'inconnu avant d'aller déjeuner.
   Il le fit finalement une fois l'estomac à demi-plein ; un silence lui répondit. Après un moment d'hésitation, il ouvrit et trouva le lit vide. Ses épaules s'affaissèrent, comme libérées d'un poids.
   Il partit pour la salle de bain.

***

      Julien ne descendit au garage qu'en début d'après-midi.
   « … Je vous croyais parti. »
   Il retrouva l'inconnu dans sa position quasi-fœtale, sur le sol de béton, près de la petite auto électrique. Le garage, qui occupait tout un sous-sol, comptait trois autres voitures ; des courbes sportives, onéreuses se laissaient deviner sous les bâches épaisses qui les protégeaient.
   « Je m'étais juste dit que, vu que... Merde. Désolé. Vous devez avoir faim.
   – Je suis une voiture. »
   Il avait répondu d'une voix irritée, sans même lever les yeux.
   « On m'a pris mon corps. J'étais déjà bien abîmé, mais on m'a pris mon corps. »
   Julien tenait toujours en main la clef de sa propre voiture, le doigt sur le bouton, indécis sur la marche à suivre.
   « On m'avait crevé les pneus, au couteau, poursuivait son interlocuteur, sa brève animosité remplacée par la récitation fatiguée de souvenirs lointains. On m'a brisé le pare-brise. Laissé les pigeons et les mouettes me chier dessus. Mais j'avais une histoire, j'étais une voiture. On m'a pris mon corps. »
   Il ne s'adressait que vaguement à Julien.
   « Mais vous devez avoir faim, quand même ? »
   L'inconnu ne daigna pas répondre.

***

   Julien redescendit avec une assiette. L'homme s'était tourné sur le dos, les genoux relevés. Il n'accorda pas un regard aux deux croque-monsieur posés près de lui.
   « Vous devriez manger », s'expliqua Julien, sans conviction.
   Il s'assit contre le mur, à deux mètres de l'inconnu.
   « J'aurais peut-être dû apporter des couverts, mais je me suis dit... Je ne sais pas. Que ça ne servirait à rien. Que vous n'en voudriez pas.
   – Non, lui fut-il confirmé.
   – Vous êtes une voiture. »
   Un silence s'installa, seulement dérangé par le tumulte arythmique du lave-vaisselle à l'étage.
   « C'était le truc de mon père, les voitures, lâcha finalement Julien. Moi je n'y connais rien. Je l'ai pas trop connu. Tout ça – il pointa du doigt les bâches, puis inconsciemment une direction vague, englobante –, c'est à lui. »
   L'homme avait levé les yeux tandis que Julien parlait dans le vide ; leurs regards se rencontrèrent.
   « Vous n'avez pas de nom alors, hein.
   – Non.
   – Et vous n'en voulez pas un ?
   – Vous allez me conduire ?
   – Je ne pense pas, non.
   – Alors non. »
   Julien soupira.
   « Et vous ne voulez pas manger non plus. »

***

   L'après-midi s'écoulait. La chaleur extérieure empiétait à peine sur la fraîcheur du sous-sol. Julien avait fait mine de se lever plusieurs fois, sans achever son geste. Il grignotait maintenant les croque-monsieur.
   « Qu'est-ce que ça veut dire au juste, être une voiture ?
   – Je suis une voiture. On m'a pris mon corps.
   – Quel genre de voiture ?
   – Une première voiture. »
   Il allait poursuivre quand Julien l'interrompit, pressant :
   « D'occasion, alors ? »
   L'étranger se retrouva figé dans son élan. Il répondit simplement, incertain :
   « Ça n'aurait pas de sens. »

***

   Gêné, Julien finit par remonter pour ranger l'assiette dans le lave-vaisselle, qui avait fini son cycle depuis longtemps, et s'attarda sur une bière pensive. Il s'offrit un large soupir, s'assura à haute voix que tout allait bien, que ça n'était rien, un étrange faux-pas ; après un passage au frigo, il redescendit au garage avec un sourire crispé.
   « Je vous ai pris de l'eau, annonça-t-il en agitant la bouteille, ignoré.
   – Pas d'occasion, un cadeau des parents, le corrigea aussitôt l'inconnu. J'étais une source d'enthousiasme presque terrifiante, brûlante. Mon volant a reçu des mains tremblantes, moites et vives comme leur sang bouillant. »
   L'inconnu s'était redressé pour s'expliquer. Il s'arrêtait parfois au hasard d'un mot pour rattraper les souvenirs flottants de cette vie antérieure ; mais sa voix, à l'exception de ses silences, nageait au loin dans une mer monotone, inconfortable – inappropriée.
   « J'offrais la possibilité d'aller n'importe où, d'en revenir dans n'importe quel état. Qu'importe si l'odeur du vomi s'est incrustée dans mes sièges arrières dès la première soirée. Qu'importe. Je portais des vies menées entières.
   Et s'il a fallu vieillir, il a fallu vieillir. Mon lecteur cassette pouvait survivre à la routine. Les grands voyages n'en prenaient que plus de poids. Le parfum de l'excès se cachait toujours en secret, dans les recoins de mes tissus, quand on a posé le premier siège enfant. Je conduisais des vies nouvelles.
   Qu'importe. J'étais trop vieille et trop petite mais quelle importance ? Ils se sont débarrassés de moi. Je ne leur en veux pas. J'avais vécu.
   Mais on m'a pris mon corps.
   – Ok, lâcha Julien.
   – Je ne suis pas né d'occasion.
   – D'accord. »
   Il n'avait répondu que machinalement. Il avait d'abord contemplé, fasciné, l'inconnu dans son récit ; mais son regard s'était vite perdu au-delà, écoutant la forme de ce qui était dit, en ignorant le fond. Il tremblait. Ses dents s'arrêtaient parfois sur sa lèvre, tentées de la mordre.
   Il balbutia quelques syllabes ; l'inconnu tourna les yeux vers lui.
   Julien évita son regard.
   « Je dois y aller », articula-t-il enfin. En se retournant, il sentit le poids de la bouteille toujours dans sa main ; il la lança maladroitement vers l'inconnu et se précipita hors du garage.

***

   L'homme se massait le genou, encore endolori par le choc de la bouteille pleine. Des pas vagabonds et les échos d'une conversation partielle résonnaient depuis l'étage.
   (La lumière inchangée du garage, restée allumée depuis le début de l'après-midi, pèse insensiblement sur la pièce ; les contrastes se dissipent sous le voile jaune-gris des lampes. La lumière du soleil, qui en complétait jusqu'alors le relief, a disparu.)
   Julien redescendit.
   « Je suis désolé. Je n'aurais pas dû vous amener chez moi, c'était une erreur.
   – Je ne suis pas né d'occasion, réaffirma l'homme.
   – Oui, oui. Vous avez raison.
   – Je suis une voiture.
   – Je ne peux pas m'occuper de vous, ça n'est pas sérieux. Tout ça était une mauvaise idée.
   – On m'a pris mon corps.
   – Je ne peux pas gérer ça, vous gérer », chuchota presque Julien.
   Sa gêne avait pris des accents défaits ; sa fatigue transparente, soudaine, réduisait ses excuses à leur expression la plus simple.
   « J'ai appelé un foyer. »
   L'homme gardait un sourcil levé, éveillé, perplexe mais ultimement indifférent.
   « Ils passent demain. Bonne nuit. »
« Modifié: 18 Janvier 2017 à 07:20:24 par Zacharielle »

Hors ligne Marygold

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  • marmotte aphilosophique
Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #1 le: 06 Septembre 2016 à 19:30:17 »
Salut Mout !

Citer
Il sortit du véhicule côté passager et s'éloigna de deux pas, empiétant sur la place de parking voisine. Deux arroseurs automatiques s'activaient sur la petite pelouse de l'aire d'autoroute, humidifiant l'air de leur fausse rosée. Le bitume ainsi éclaboussé s'enivrait d'un lustre noir sous le soleil naissant ; ses suites de tapis sec s'étendaient grises et creusées au-delà.
   Les rares voitures, frappées par l'astre encore à l'horizon, menaçaient le regard d'une éclipse chromée, petit obus pliant la vue en couleurs vives, spectre sans nom où le blanc rejoint le noir directement. L’œil puni lavait alors le traumatisme en deux clignements pressés et rejoignait le monde, la paupière plissée, la pupille plus évasive qu'une seconde auparavant.
Je dois t’avouer que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le texte. Dès la première phrase, j’ai buté sur le verbe « empiéter » qui me semble peu convenir à une personne, et j’ai cru un moment que tu parlais de la voiture (c’est pas très important mais c’est dommage de buter sur la 1e phrase quand même)

Et au-delà de la première phrase, il y a énormément (trop) d’images dans ces descriptions : le champ lexical du soleil et de la lumière est à toutes les sauces (c’est louable d’éviter les répétitions mais ça peut s’alléger aussi), je n’ai pas compris les « suites de tapis sec », et j’ai eu beaucoup de mal à comprendre le 2e paragraphe. C’est un peu long et lourd pour décrire un œil, non ?

Citer
un violon dans sa valise
son étui ?

Citer
Il y a pas mal de phrases, ou de morceaux de phrases qui alourdissent le texte. Dans les premiers paragraphes surtout (les scènes sur le parking), et encore dans le reste du texte (même si ça passe mieux avec les dialogues), par exemple :
L'éveil de la nouvelle journée naquit posément sur le visage de Julien
cette permanence l'avait progressivement chargée d'une secrète insistance. Le soutien à la vue se refusait à mourir malgré la nuit naissante.

Du coup, pour mon avis général : j’aime bien ton écriture (à l’exception du trop-plein de descriptions imagées), et, une fois lancée, j’ai été prise par le texte et j’aurai vraiment été emballée si la fin ne m’avait pas déçue. L’idée que Julien se « révèle » (je ne sais pas comment exprimer la réaction qu’il a à la fin) est une bonne idée en soi, mais c’est vite expédié et on n’a pas tant senti que ça dans le texte cette « inutilité », si c’est ça que tu voulais mettre en lumière. Peut-être y a –t-il trop de descriptions sur des aspects secondaires et pas assez sur ce qui est le sujet principal ? Je ne sais pas.

Bref, avec un peu de travail, il me semble qu’il peut être vraiment très bon !

Merci pour cette participation !
Oh yeah ! 8)

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #2 le: 06 Septembre 2016 à 23:35:21 »
Bonsoir Marygold,
Je suis d'accord pour dire que ça n'est pas abouti et que la fin handicape le texte plus qu'autre chose en l'état, mais je conçois différemment le problème des descriptions. Leur nombre ou leur part d'artifice ne me dérange pas vraiment, et je suis prêt à accepter que ça dérange un peu. Après, il y a matière à raffiner, et sur ce point on se rejoint ^^ Et je le ferai si je trouve le temps.
Merci pour ton avis :)

edit : j'ai changé la fin pour une alternative qui, sans me convaincre, est nettement moins forcée.
« Modifié: 07 Septembre 2016 à 00:37:21 par Mout »

Hors ligne Kerena

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    • Dans les nuages
Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #3 le: 07 Septembre 2016 à 16:02:04 »
Bonjour Mout' !

Citer
  Les rares voitures, frappées par l'astre encore à l'horizon, menaçaient le regard d'une éclipse chromée, petit obus pliant la vue en couleurs vives, spectre sans nom où le blanc rejoint le noir directement. L’œil puni lavait alors le traumatisme en deux clignements pressés et rejoignait le monde, la paupière plissée, la pupille plus évasive qu'une seconde auparavant.

Je ne comprends pas bien ce paragraphe  :/

Citer
Deux jeunes hommes, peut-être adolescents, s'installèrent près d'un talus, dans l'attente des sorties de bureau et de la nuit pleine

Je ne saisis pas cette notion de "sortie de bureau" : juste avant tu fais bien comprendre qu'on est sur une aire d'autoroute, et tu parles de familles qui piquent-niquent sur cette aire... ce qui sous-entend les vacances.

Citer
dans mes sièges arrières

mes sièges arrière (je crois)

Citer
   Qu'importe. J'étais trop vieille et trop petite mais quelle importance

C'est bizarre, qu'une voiture qui parle d'elle au féminin se soit "réincarnée" en homme  :\?



Alors alors, je suis mitigée. Sur la forme, c'est très bon. La narration est chouette, tu as ton propre style, un peu poussif parfois parce que tu choisis d'éluder les virgules - mais c'est ton choix et on finit par s'y faire très vite avant d'entrer dans le texte pour de bon.
Là où je suis plus déçue, c'est le fond  :-\ L'idée de base est super chouette, mais... je n'ai pas compris la fin  :-[ alors que j'en attendais beaucoup.

J'attends ton retour et/ou une V2 pour mieux comprendre ton texte et là où tu veux venir.

C'était une chouette lecture et j'ai envie de la comprendre !
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Chouc

  • Palimpseste Astral
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  • Chourlotte Brontë
Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #4 le: 08 Septembre 2016 à 09:09:59 »
Salut Mout !

Au fil du texte :

Citer
ses suites de tapis sec s'étendaient grises et creusées au-delà.
J'ai beau la relire, je la comprend pas  :-X

Citer
   Les rares voitures, frappées par l'astre encore à l'horizon, menaçaient le regard d'une éclipse chromée, petit obus pliant la vue en couleurs vives, spectre sans nom où le blanc rejoint le noir directement. L’œil puni lavait alors le traumatisme en deux clignements pressés et rejoignait le monde, la paupière plissée, la pupille plus évasive qu'une seconde auparavant.
Là c'est figure de style sur figure de style, pour ne pas dire grand chose au final. D'entrée de jeu, pour débuter un texte, ça refroidit assez  :-\ Au passage, s'agissant de myosis, la pupille devient éventuellement moins évasée, mais plus évasive... :\?

Citer
l'espace étouffait parcellaire sous les subdivisions établies
:-X

Citer
paupière basse
Paupière inférieure ?

Citer
L'inconnu s'était redressé pour s'expliquer ; son indifférence apparente cachait le trouble qui l'avait traversé pendant l'absence de Julien. Une grimace indignée avait alors creusé son visage, forcé pour la premier fois ses yeux grand ouverts en un point du plafond. Il avait tapoté du doigt le sol au rythme de réflexions intenses, saisi parfois de sursauts qui brusquaient sa poitrine et lançaient fulminants ses poings contre le béton.
   Toute cette énergie s'était évaporée, condensée au bruit des pas dans l'escalier, s'affaissant dans ce récit calme. L'homme s'arrêtait parfois au hasard d'un mot pour rattraper les souvenirs flottants de cette vie antérieure ; mais sa voix, à l'exception de ses silences, nageait au loin dans une mer monotone, inconfortable – inappropriée.
Je trouve ce passage assez indigeste  :-[



Bon, ton texte me laisse assez perplexe.
Je me suis un peu noyée dans toutes ces images et ces figures, ce qui fait que j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Le temps que ça arrive, c'était terminé. Je reste un peu sur ma faim et peu convaincue.

Ce sera pour une autre fois  ;) merci pour ta participation !
Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #5 le: 08 Septembre 2016 à 10:40:03 »
Bonjour Kerena et ChoucrouteEstivale,
Il y a du travail à faire, je suis d'accord, mais dans un premier temps il me semble nécessaire d'oublier le détail de ce que j'ai écrit avant d'y revenir, donc les modifications attendront un peu.
Oui, le deuxième paragraphe met beaucoup de mots sur un rien, c'est excessif, agressif, mais c'est un peu l'idée. Après il y a d'autres façons d'accommoder ça et ça semble nécessaire.
L'embarras est aussi que je ne cherche pas vraiment à en faire un texte satisfaisant ou complet dans l'approche traditionnelle du terme. Je voudrais qu'il reste un peu creux. Je ne cherche pas par là à me justifier en jouant la carte de l'artiste incompris ou une bêtise dans le genre, pas du tout ^^ Vos réactions sont tout à fait justifiées et raisonnables, mais indépendamment de la qualité finale du texte, je crois qu'il y aura toujours une difficulté à l'écrire et à ce qu'il trouve son public, parce que la chose même qui m'intéresse me met des bâtons dans les roues.
Merci pour vos avis :)

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #6 le: 08 Septembre 2016 à 16:49:33 »
Hello Mout,

Moi j'aime bien ton style riche, parfois un peu trop foisonnant à mon goût mais rien de grave. C'était une lecture agréable, avec un personnage principal intéressant et bien campé, "réaliste" si je peux m'exprimer ainsi. Mais la fin, je dois admettre qu'elle me déçoit assez ; j'ai l'impression (mais c'est personnel, bien sûr), qu'elle ne répond à rien, et qu'elle ne marque pas vraiment. Pourquoi un foyer ? Quelque chose m'échappe peut-être, mais je ne vois aucune signification ou symbolique dans ce mot de foyer. Tu as dit dans un commentaire que tu l'avais changée ; par curiosité, je pourrais savoir quelle était la première fin ?

Donc, en dehors de cette chute qui, selon moi, n'en est pas vraiment une, j'ai apprécié le texte, avec toutefois quelques difficultés vers les premières phrases, le temps de m'habituer à ton rythme.
Merci pour la lecture, c'était chouette en tout cas. Je repasserai lire, si jamais tu fais une V2.

A toute  ^^

Nocte

  • Invité
Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #7 le: 10 Septembre 2016 à 03:13:06 »
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Les descriptions ne m'ont pas du tout gêné, au contraire, ça brode bien l'atmosphère tout le long. Les dialogues entre Julien et la voiture m'ont soutiré quelques sourires au passage. Sinon la fin est logique je trouve, elle appuie bien l'impuissance de la voiture, cette sorte d'hébétude résignée dans lequel Julien l'a trouvé et n'a su l'en tirer (à part quand elle a parlé de son passé, mais il y avait une nostalgie triste qui se dégageait aussi).

Hors ligne Kanimp

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture
« Réponse #8 le: 12 Septembre 2016 à 11:27:45 »
Bonjour Mout,

Citer
   Les rares voitures, frappées par l'astre encore à l'horizon, menaçaient le regard d'une éclipse chromée, petit obus pliant la vue en couleurs vives, spectre sans nom où le blanc rejoint le noir directement.
Je n’aime pas trop les métaphores poétiques dans les descriptions, mais celle-ci même en la relisant, je ne la comprends pas.

Citer
La berline fut rouverte et repartit, le laissant là.
Cette formulation ne me parait pas logique. Il pourrait voir la voiture partir sans lui. Comme il est assoupi cela n’est pas le cas. C’est donc la conductrice qui part sans lui et non la voiture.


Citer
Un jeune trentenaire, sa petite stature peu flattée par ses courbes, hésitait au bord de le place de parking.
Le trentenaire est bien celui qui dit « Monsieur, vous allez bien ? ». De cas il conviendrait d’ajouter « Demanda, le trentenaire … ». À la première lecture j’ai eu l’impression que le trentenaire était la voiture.

Petite remarque, tu utilises souvent des participes présents qui pourraient-être facilement supprimés. Cela change la dynamique du texte.

Je n’ai pas apprécié le texte. Il possède deux styles d’écritures différentes. Dans la première partie, les formulations recherchées ternissent l’histoire, au lieu de lui servir.
Par la suite, la formulation est plus directe, mais le texte n’est pas plus dynamique.
À part mettre ce texte dans une catégorie « fantastique », je suis incapable de trouver l’objectif recherché pour ce texte.
Ceci parce que le protagoniste principal c’est la voiture à forme humaine.
Et l’action repose sur Julie qui ne fait au fond qu’appeler les secours.

Bref, je ne suis jamais entré dans le texte.

Une autre fois peut-être.

Citation de: Mout
, je crois qu'il y aura toujours une difficulté à l'écrire et à ce qu'il trouve son public, parce que la chose même qui m'intéresse me met des bâtons dans les roues.
Qu’est-ce donc ce qui t’intéresse ?

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #9 le: 12 Septembre 2016 à 14:43:10 »
Bonjour extasy, WEG et Kanimp.

J'ai modifié le texte dans les premières parties avec des tournures peut-être plus douces mais intégrées différemment. J'ai aussi coupé, épuré, simplifié dans ce qui se passe dans le garage, et changé (peut-être explicité un peu) les éléments de la fin.
D'ailleurs extasy, quand je disais que j'avais changé la fin au départ, c'était autour de la réaction de Julien, pas du mot "foyer" en lui-même (qui ne cherche pas à être très marquant en soi). Même chose ici. Même si le format est celui de la nouvelle, je ne cherche pas vraiment à faire une chute, juste une fin.
Mais c'est vrai que dans l'ensemble (puisqu'on parle de chute), il n'y a pas vraiment de moments où le texte s'élève dans un moment particulier, marquant.

Je suis content si ça t'a plu WEG. A priori ce que tu y as trouvé est toujours dans cette version.

Kanimp,
Citation de: Mout
, je crois qu'il y aura toujours une difficulté à l'écrire et à ce qu'il trouve son public, parce que la chose même qui m'intéresse me met des bâtons dans les roues.
Qu’est-ce donc ce qui t’intéresse ?
Je n'aime pas trop (sur-)expliquer les sous-tenants d'un texte, franchement. Je préfère lui donner une chance de tenir debout par lui-même d'abord.
Merci sinon d'avoir donné sa chance au texte, puisque tu en as bien noté des éléments constructifs, même si au final ça t'a déplu.

Merci pour vos avis.
« Modifié: 12 Septembre 2016 à 14:46:00 par Mout »

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #10 le: 13 Septembre 2016 à 21:26:30 »
Salut Mout !

Bon, clairement y a une démarche artistique tranchée dans ce texte, des choix perceptibles de construction et de forme très forts, très marqués. J'ai bien aimé la lenteur qui se dégage et le côté organique des descriptions. Les éléments du décor sont vivant du début à la fin (Deux arroseurs automatiques s'activaient / Le bitume cache son naturel gris / les brumisateurs criquets / Les pointes -du gazon- chatouillèrent son dos / et ça continue...) et la lumière semble presque un personnage à part entière.

Le côté anormal de l'homme-voiture est posé dès le début, ne s'explique pas, n'a pas de sens, on y voit la folie que l'on veut et Julien (auquel on s'identifie plutôt bien) n'est là que pour créer un contraste, renforcer l'incompréhension et l'impuissance devant l'anomalie. Son comportement est gentiment sympa mais dérisoire.

Alors oui, pas de chute mais un questionnement simple qui reste après le texte : qu'est-ce qu'être anormal ? que peut-on faire face à l'anormalité de l'autre ?

Autre point intéressant : les changements de points de vue (prise de recul) qui sont présentés entre parenthèse. Important, ils sont au présent et ancrent le texte dans une réalité cinématographique. À chaque fois, la lumière y entre en scène.

Bref, j'ai beaucoup aimé ce texte. Après, y a forcément des passages un peu lourds (à mon goût) parce que tu as chargé la barque en terme de construction de phrase et d'éléments stylistiques riches (surtout au début).

Pour le détail :
Citer
son naturel gris, creusé hors des flaques.
pas super claire cette image (parce que je vois le "creusé" au sens propre et du coup je me dis qu'il devrait y avoir de l'eau au fond)

Citer
l'éclipse chromée aveugle, s'imprime, s'efface. S'y croisent un spectre sans nom où le blanc rejoint le noir directement, une tache sans fond pliant la vue, qui s'efface.
répétition de "s'efface" et le "y" renvoie à quoi exactement ?

Citer
l'ombre du souvenir dans la paupière plissée, dans l'hésitation de la pupille, s'efface.
encore un "s'efface"

Citer
trempèrent ses vêtements d'une couche fine
je préférerais une précision, fine couche de ??? (évidemment "fine couche d'eau" serait peut-être trop simple...)

Citer
L'heure du repas peuplait la pelouse par petits groupes,
ces raccourcis-là, nombreux dans le texte, sont vraiment savoureux ; comme je disais au-dessus, ça rend vivant le décor

Citer
dans le soir étendu d'une nuit d'été.
je capte pas bien (mais c'est joli :))

Citer
un client précoce les accosta et l'un d'eux disparut.
glauque !

Citer
La plupart des passants rejoignaient directement les toilettes, pour y satisfaire un besoin ou un autre. Quelques-uns restaient dans leur voiture en silence, observaient un temps avant de repartir.
les non-dits de ce début de paragraphe sont terribles. Cette normalité-là est sale (et tu le dis d'ailleurs)

Citer
l'herbe mâchée par l'agitation de la journée
encore une perle

Citer
sa petite stature peu flattée par ses courbes
bof

Citer
au bord de le place de parking.
la

Citer
une périphérie urbaine muette, désert utilitaire.
ça aussi c'est vraiment chouette

Citer
du rouge tournant à l'orange des rideaux.
bof
(le tournant donne un aspect "transformation" qui me plait moyen)

Citer
Lorsqu'à neuf heures et quart son réveil sonna, Julien l'éteignit d'un geste mécanique ...

...le lit vide. Ses épaules s'affaissèrent, comme libérées d'un poids.
Il partit pour la salle de bain.
changement de style dans ce paragraphe. Simplicité du réveil et de Julien surtout.
Absence de l'homme voiture et du prisme qu'il induit.

Citer
L'étranger se retrouva figé dans son élan. Il répondit simplement, incertain :
   « Ça n'aurait pas de sens. »
ça marche trop bien avec moi, ce truc là

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L'inconnu s'était redressé pour s'expliquer. Il s'arrêtait parfois au hasard d'un mot pour rattraper les souvenirs flottants de cette vie antérieure ; mais sa voix, à l'exception de ses silences, nageait au loin dans une mer monotone, inconfortable – inappropriée.
   Toute cette énergie s'était évaporée, condensée au bruit des pas dans l'escalier, s'affaissant dans ce récit calme. L'homme s'arrêtait parfois au hasard d'un mot pour rattraper les souvenirs flottants de cette vie antérieure ; mais sa voix, à l'exception de ses silences, nageait au loin dans une mer monotone, inconfortable – inappropriée.
j'aime bien, mais y aurait pas un copier/coller qui aurait foiré ?

Citer
Le parfum de l'excès se cachait toujours en secret, dans les recoins de mes tissus, quand on a posé le premier siège enfant.
j'aime beaucoup

Citer
pas  vagabonds
deux espaces ici

Bon deuxième lecture plus lente, d'autant plus chouette :)
Merci pour ce texte qui me plait vraiment vraiment beaucoup.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #11 le: 15 Septembre 2016 à 12:29:45 »
Bonjour RémiDeLille,
J'ai de nouveau modifié le premier paragraphe, et légèrement le second, suite à ton commentaire :
Citer
Il sortit du véhicule côté passager et s'éloigna de deux pas. Son ombre empiéta sur la place de parking voisine, déborda vers la pelouse de l'aire d'autoroute. Deux arroseurs automatiques y larmoyaient abondamment, mitraillant la tranquillité alentours. Leur fausse rosée rafraîchissait juste assez le fond de l'air ; des petites flaques noires, éphémères, colmataient les creux et fissures du bitume gris.
   (En ce début de juillet, le jour se montre déjà cruel, insidieux de bon matin, frappe le regard par ses reflets sur les rares voitures : l'éclipse chromée aveugle, s'imprime, s'efface. L'éclat, où le blanc rejoint le noir directement, plie la vue en un instant, s'efface. L’œil lave le traumatisme en deux clignements pressés, sans cicatrice ; l'ombre du souvenir dans la paupière plissée, dans l'hésitation de la pupille, s'efface.)
L'entrée en matière est un des problèmes qui est le plus revenu sur ce texte, mais je penche que j'approche de quelque chose qui tient debout (même si il y a au moins le "larmoyaient" qui est encore assez maladroit).
Je garde les répétitions de "s'efface" pour l'instant.

Je serais assez curieux d'avoir l'opinion des personnes qui ont été rebutées par les premiers paragraphes sur leur évolution, si elles repassent.

J'ai fait d'autres petits changements d'après tes remarques, mais je ne pense que ça pousse la barque jusqu'à une version 1.3 en soi.
Et je suis content si tu y trouves matière à réflexion, bien sûr.

Merci pour ton retour :)

Hors ligne Miromensil

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #12 le: 15 Septembre 2016 à 16:37:18 »
Coucou Mout !

Citer
   L'homme fixait un point bleu sous le soleil.
:coeur:

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   L'homme allongé s'assit, s'accroupit, fut debout. Traînant son corps derrière lui, mannequin aux jointures faussées, il tituba jusqu'au parking, le regard perdu sur le gazon, foulant de son pas à peine levé l'herbe mâchée par l'agitation de la journée, piétinant des miettes de chips qui craquaient, se morcelaient encore plus sous son pied. Plastiques et sachets abandonnés s'accrochaient parfois sous sa chaussure, le temps d'une étreinte éphémère, puis retombaient déplacés de quelques centimètres.
la lecture de ce passage a fait comme un petit film dans ma tête  ^^

Citer
Il jouait cette scène connue lorsque, en une trombe soudaine, les souvenirs de la veille, l'obligation imprécise mais réelle, se précipitèrent sur son visage.
là je suis pas sure de comprendre, l’obligation de s’occuper de l’inconnu qu’il a recueilli ?

Citer
Il n'accorda pas un regard aux deux croque-monsieur
je crois que dans ces cas-là, il faut un « s » à monsieurs mais je suis pas certaine… enfin ça existe pas, alors « croques-messieurs » ?

Citer
– Vous allez me conduire ?
   – Je ne pense pas, non.
   – Alors non. »
:D

Citer
   – Je ne suis pas né d'occasion.
   – D'accord. »
:s

Eeeeeh ben ce sera un coup de coeur pour moi  :D Le style d'écriture riche, coloré, visuel ne m'a pas rebuté du tout (que tu contraire) et m'a fait oublié un petit moment que j'étais assise derrière un ordinateur, qu'on est un jeu de septembre et que bientôt je reprends les cours. Bref, c'est assez fou d'arriver à décrire et à faire vivre avec une histoire un bout de parking d'autoroute. L'histoire est simple (la rencontre entre un homme-anormalie et la non compréhension d'un type "normal" face au premier) mais enrichie pas ton travail sur la forme, pour moi l'ensemble de ces 2 composantes est superbe. Dans ma tête écrire c'est mettre ensemble des mots qu'on a pas l'habitude de voir ensemble et de tester des trucs, parfois ça marche pas, ici pour moi ça a fonctionné. Je suis curieuse de savoir qui a écrit ça, j'ai quelques idées en tête. J'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, merci  :)

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #13 le: 16 Septembre 2016 à 12:00:59 »
Salut cher Mout !

deux trois petites choses , et après on discute...  :D
( Cela dit, entre ma première lecture et la seconde, tu as fait des modifs efficaces, grâce à mes admirables prédécesseurs peut-être, en tout cas c'est beaucoup plus homogène de ton et plus accessible. )

Citer
trempèrent ses vêtements d'une couche fine
c'est la seule phrase qui ne me fasse pas image... je ne comprends pas la couche fine, ou alors le mot "trempèrent" est trop fort peut-être...
Citer
Un silence balança l'air les séparant
celui-là il faut que tu me le traduises, s'il te plaît...  :)
Citer
Il lança un expresso et se pressa une orange, but l'un puis l'autre au-dessus du comptoir en les entrecoupant, sans enthousiasme, d'une biscotte
cette phrase-là n'est pas vraiment correcte, même si le sens en est lipide. "il but l'un puis l'autre" ..."l'autre " ne se rapporte à rien d’écrit, en fait. Du coup, la biscotte entrecoupe l'expresso et cet "autre" qui n'a pas été énoncé.

Je n'ai été heurté par rien d'autre.

J'aime beaucoup ton style, parce que style il y a . C'est très riche et fait réfléchir, phrase après phrase, à des tas de choses qui touchent à la perception que l'on a de  ce qui nous environne. Très "nouveau roman" en fait. Notamment dans tes descriptions maniaques qui ne s'arrêtent pas à l'aspect des choses.

Quand à l'histoire, je suis étonné que certains y aient vu un récit fantastique, en acceptant sans doute le postulat improbable que cet homme était vraiment une voiture avant. Que ce soit vrai ou pas n'a sans doute pas d'importance. Ton texte nous raconte finalement juste une journée dans la vie de cet homme égaré. On se demande avec curiosité quel était l'épisode précédent, et qui est cette femme indifférente, on se demande ce que sera la suite et si l'homme-voiture sera encore là quand on viendra le chercher.
Enfin je le lis comme ça.

Merci pour ce texte très riche, cher Mout !
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

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Re : [T11] Julien et l'homme-voiture [V1.2]
« Réponse #14 le: 25 Septembre 2016 à 19:43:34 »
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le jour se montre déjà cruel, insidieux de bon matin, frappe le regard par ses reflets sur les rares voitures :
j'aime pas trop " frappe le regard par ses reflets sur les rares voitures", je trouve que ça enchaine mal avec ce qui rpécède
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L'éclat, où le blanc rejoint le noir directement, plie la vue en un instant, s'efface.
j'ai pas compris
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Son expression se dérida insensiblement
pourquoi "insensiblement", ça veut dire quoi ?
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Les pointes chatouillèrent son dos un instant puis s'adoucirent sous son poids, trempèrent ses vêtements d'une couche fin
"d'une couche fine" bof comme expression, je suppose que c'est une couche de rosée, mais à reformuler selon moi
Citer
   Tous, ou presque, tournaient le dos à leurs voitures. Ils n'y revenaient qu'à reculons, s'attardant avant d'ouvrir les portières, traînant pour y rentrer ; mais quand toutes les fesses avaient rejoint leurs sièges, alors l'urgence venait : quitter la place de parking, rejoindre l'autoroute ne pouvait plus attendre une seconde de plus.
c'est peut-être expliqué plus tard, mais je trouve bizarre qu'ils ne se plaisent pas ici, veulent partir, les enfants hâtent le départ ; puis finalement ils vont dans la voiture à reculons ; puis ils partent précipitamment
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   – Je suis une voiture et on m'a pris mon corps
XD
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en une trombe soudaine, les souvenirs de la veille, l'obligation imprécise mais réelle, se précipitèrent sur son visage.
je trouve bizarre que ça se précipite sur son VISAGE : ce serait plutôt dans son esprit, selon moi
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   Il retrouva l'inconnu dans sa position quasi-fœtale, sur le sol de béton, près de la petite auto électrique.
tant que j'y pense : je ne comprends pas pourquoi, dans l'espèce de parc, l'homme s'est allongé sur la pelouse et non sur le parking
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   – Vous allez me conduire ?
j'adore cette réplique ^^
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   « Ça n'aurait pas de sens. »
j'ai pas compris mais c'est sans doute voulu ?
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et s'attarda sur une bière pensive.
parfois les expressions bizarres/originales passent bien, mais là "bière pensive" je sais pas ce que ça veut dire
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J'étais trop vieille et trop petite mais quelle importance ?
d'ailleurs : il parle de son lui en voiture au féminin, donc pourquoi il a l'apparence d'une femme et non d'un homme ?  :mrgreen: (non c'est une question essentiellement rhétorique mais c'est vrai que c'est amusant, on dit UNE voiture, mais si on doit représenter une voiture par un humain, je vois plutôt un homme... alors que dans les pubs, les voitures sont représentées de manière très féminines  :-¬?)

Ben ben ben comment ça finit  :relou:
Je sais pas trop si la fin est bien ou si au contraire elle me laisse sur ma faim et faudrait trouver autre chose, mais je pense que ça va.
J'aime beaucoup la voiture (?), la relation avec Julien, les dialogues qui sonnent bien. Pis j'ai envie de faire un gros calin à l'homme-voiture.
Au final je ne sais pas si c'est réellement une voiture mais c'ets bien de ne pas donner de réponse.
Par contre il y a régulièrement des formulations que j'ai trouvées bancales. Parfois c'est bien, ça donne des descriptions originales, un point de vue différents. D'autres fois (j'ai essayé de relever) je trouve que c'est trop, et je ne comprends pas ce que la formulation veut dire.

Le début en particulier est un peu difficile, avec beaucoup de descriptions un peu bizarres. Et surtout, en relisant le début après coup, je ne vois absolument rien dans les réactions de l'homme qui me font dire "ah, oui, c'est une voiture". C'est dommage, ça aurait été cool de faire une lecture à double sens, où on trouve le début un peu étrange à la première lecture (mais pas trop, ou du moins pas trop long), puis on apprend que c'est/qu'il se prend pour une voiture et on se dit "ah mais oui bien sûr, c'est pour ça qu'il réagissait comme ça au début"

Bref du coup je pense que c'est le début essentiellement qui serait à retravailler (oui je sais il ne reste pas tant de temps... ), tu peux garder les descriptions étranges mais en moins lourds, mais il faudrait les axer davantage sur "c'est parce que c'est vu par une voiture/un être différent", là je trouve qu'on le ressent un peu (et c'est vraiment cool) mais ça n'est pas totalement abouti.

Ah oui, et j'ai failli oublier : en fait, avec le début tel qu'il est (où l'homme voit les choses différemment, mais n'agit pas du tout comme s'il était une voiture), j'ai plutôt tendance à penser que c'est juste un être humain différent (mais alors pourquoi on l'a abandonné sur l'aire d'autoroute ??? ) qui a pris un coup d'insolation et se prend désormais pour une voiture  ::) je ne sais pas du tout si c'est ton intention ; si tu souhaitais plutôt qu'on pense que c'est bien une voiture, faudrait changer le début pour qu'il agissent comme tel. Si c'est bien ce que tu voulais, je pense tout de même que les descriptions (du début essentiellement) peuvent être allégée sans pour autant devenir banales.

Et j'allai aussi oublier que j'aime bien les passages au présent entre parenthèses.

Bref c'est un texte pas mal du tout je trouve, mais qui mérite encore d'être re-travaillé pour pour bien couler.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

 


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