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24 août 2019 à 22:36:39

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Auteur Sujet: Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre  (Lu 644 fois)

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Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« le: 13 novembre 2016 à 16:13:10 »
Mouais mouais....bof bof je crois  :relou:

EDIT: deuxième version un peu plus bas...



Le sens de la Terre

Le jour où la Terre s’est mise à tourner à l’envers avait commencé comme n’importe quel autre lundi. Je m’étais levé en retard, au bout du dixième « snooze » de mon réveil, n’ayant plus la force d’appuyer sur le bouton une onzième fois. Je m’étais pris les pieds dans le tas de vêtements qui jonchaient le parquet de ma chambre, j’avais juré très fort. Un jour normal. Le café avait le goût de poisson grillé, le frigo ne s’était toujours pas rempli de lui-même, la pile de dossiers qui s’amoncelaient sur ma table à manger me narguait en oscillant dangereusement. J’avais une légère gueule de bois agrémentée d’un arrière goût de whisky que je ne me souvenais plus d’avoir avalé.

Assis au bord de ma nausée, je passai une bonne demi heure à remettre de l’ordre dans mes pensées, en essayant tout d’abord de me souvenir de l’endroit où j’avais égaré ma liste des choses à faire. Ne sachant plus, je décidai que puisqu’elle était perdue, j’étais libre de m’organiser comme il me plairait. Je retournai donc me coucher. Le sommeil ne me trouva pas, trop de pensées tourbillonnaient dans mon esprit. Le visage de mon ex en occupait une part considérable, le reste changeait sans discontinu, longue bobine d’images et de sensations familières qui agençaient ma vie. Mon travail, ma mère, le frigo vide, la soirée oubliée d’hier, mon frère en béquille, ma sœur engrossée, ma mère, le frido vide, le café dissous dans l’eau tiède, mon boss à calvitie luisante, ma voisine sexy, le whisky oublié d’hier, le frigo vide. Soudain, alors que j’étais en train de considérer pour la dixième fois de rappeler mon ex, pour enfin lui expliquer, pour enfin qu’elle comprenne, je le sentis. Un changement presque imperceptible qui mit sur pause mes arguments défraîchis. Ma tête se vida, mes pensées retombèrent en brindilles déstructurées sur les fondements de mon esprit. Je n’osai pas bouger, ni même respirer. Dehors, tout se taisait. Le chien du voisin, les oiseaux des buissons, les roues sur l’asphalte. Le vertige s’empara de moi, alors que j’étais couché en caleçon sur mon lit, chaussettes aux pieds. Un mouvement se créa dans ma poitrine, une sensation indescriptible qui remonta jusqu’à mon cerveau déshydraté et le remis en marche. Comme électrisé, je me levai d’un bon, enjambai sans m’en inquiéter les vêtements à l’odeur de tabac du sol et courus dans le salon. D’un coup, je savais. L’endroit où se situait ma liste inutile de choses à faire, pourquoi mon ex était partie, comment remplir mon frigo, pourquoi le café était brûlé. Tout était translucide dans ma tête, comme si ce mouvement étrange que j’avais ressenti avait donné une nouvelle impulsion à mes pensées et les avait remises dans le bon sens. Je me précipitai sur la fenêtre de la pièce, que je n’avais pas ouverte depuis que je m’étais égaré dans ma tête. Je l’ouvris, laissant sortir l’air malsain qui entourait toute chose dans ma maison, dans ma vie. Narines dilatées, j’inspirai profondément l’air glacé du dehors, espérant remplacer toutes les molécules d’oxygènes de mon corps usé. Enfin, je renaissais.

Je remarquai alors que je n’étais pas le seul à avoir un comportement peu ordinaire. Mon voisin d’habitude silencieux et maussade chantait sur le perron de sa porte, tout en déblayant les feuilles mortes qui s’étaient au fil des mois rassemblées devant sa maison. Levant la tête, il s’aperçut de ma présence hébétée à la fenêtre et me lança un clin d’œil complice, comme si la dernière chose qu’il m’avait dite n’avait pas été d’aller me faire malmener par le diable. De l’autre côté de la rue, la femme aux nombreux marmots pleurnichards riait aux éclats en les faisant tous avancer en file indienne, une sucette en bouche. Le gris du ciel lui aussi avait changé, il était désormais bleu clair et entourait un soleil épanoui.
La sonnerie de mon téléphone me tira de ma contemplation éberluée. Je me dépêchai de le retrouver, c’était mon ex. « Recommençons », écrivait-elle.

De plus en plus abasourdi, je saisis la télécommande qui traînait sur mon sol poussiéreux et allumai la télévision. Toutes les chaînes montraient la même succession d’images, criaient la même information. Un homme en tenue militaire gesticulait, les sourcils dressés sur son front coupé par l’arrête d’un béret vert kaki. Le drapeau de la nation claquait à ses côtés, rythmant le discours absurde qu’il s’entêtait de répéter :
-Nous vous demandons à tous de garder votre calme. Des spécialistes sont en train d’analyser le phénomène. Il semblerait effectivement que la planète ait inversé sa rotation. Les explications des physiciens sont nombreuses, mais tous s’accordent à dire que nous ne sommes pas en danger, que ce changement n’affectera en rien votre quotidien.
Je le laissai parler sans plus écouter, mon cerveau fonctionnant à cent à l’heure. La Terre s’était mise à tourner dans l’autre sens, et étrangement, avait redonné une direction à ma vie. En voyant les comportements de mes voisins, du ciel, de mon ex, je n’étais pas le seul à avoir été touché par ce phénomène révolutionnaire. Je me dis que peut-être, à force d’avoir pensé à l’envers pendant toutes ces années, la bêtise de nos pensées avait fini par atteindre le sens de l’univers, l’avait retourné comme qui dirait. Maintenant, tout semblait dans l’ordre à nouveau.
Heureux de cette conclusion, je répondis à mon ex : « oui ».


« Modifié: 26 septembre 2017 à 21:23:19 par derrierelemiroir »
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Re : Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« Réponse #1 le: 13 novembre 2016 à 16:51:13 »
Salut, vaillant soldat du tic tac u_u

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tas de vêtements qui jonçaient le parquet
jonchaient

Citer
je passai une bonne demi heure à remettre de l’ordre dans mes pensées,
passais ?
demi-heure
(chouette phrase sinon)

Citer
Tout était translucide dans ma tête,
c’est pas lucide que tu cherchais ? :D

Wouaa tu t'es pas lancé dans un truc simple pour un texte d'une heure ! Le clé du texte c'est la phrase " Je me dis que peut-être, à force d’avoir pensé à l’envers pendant toutes ces années, la bêtise de nos pensées avait fini par atteindre le sens de l’univers, l’avait retourné comme qui dirait". J'ai compris ton idée mais moins la suite de comportements qu'aborde le narrateur et ses voisins. Tu dis qu'ils ont des comportements peu ordinaires, mais j'ai du mal à saisir en quoi leur comportement irait à l'envers... Enfin quoique. Si, je crois que je vois ce que veux dire : à l'envers comme le jour et la nuit, dans le sens d'opposés. Ce avec quoi ma compréhension bute c'est que la terre qui tourne à l'envers, je l'envisage comme une suite de séquences qui va à réculons, comme quand on rembobine une cassette. Donc c'est pas tant une question d'opposés.
Mais bon en une heure c'est vachement chaud de penser à tous les détails d'une telle idée, en l'état ça reste cohérent mais si je devais te donner une piste pour l'améliorer (ce serait cool!), ce serait celle-ci : ne pas mettre une phase d'explication à la fin (il y en a une au tout début) mais miser à fond sur les comportements de gens qui iraient à reculons. Pour qu'on le comprenne de nous même en lisant, je sais pas si je suis moi même compréhensible.

Edit : c'est mon moi-abstrait qui parle là :facepalm: J'ai pas vraiment insisté sur ce qui m'a plu. Le début du texte, qui commence par "c'est une journée comme les autres" mais on sent qu'en fait pas tout à fait. Le fait que la marche de la terre soit comme ordonnée à celle des humains, c'est très bien pensé aussi (background philo assez lourd et tu le présentes de façon naturelle). Et finalement, que "la Terre s’était mise à tourner dans l’autre sens, et étrangement, avait redonné une direction à ma vie" : comme si tout était intriqué dans tout, et que finalement ça se termine bien, contrairement au ressenti du "ça s'annonce mal" du début. Et yep, de belles trouvailles, j'en ai relevées quelques unes ^^ Bravo.
« Modifié: 13 novembre 2016 à 18:03:23 par Miromensil »
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Re : Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« Réponse #2 le: 13 novembre 2016 à 17:24:29 »
Salut Miroir,
Assez poétique finalement ton texte, et ça rejoint d'une certaine façon celui de Ben (je te laisse lire, je veux pas spolier).
J'aime bien ton écriture et le côté fantastique / burlesque de cette histoire qui s'appuie sur une pensée positive, c'est bien cool.

Bon, après, évidemment, faut pas se poser de questions scientifiques... mais c'est suffisamment proche de la fable pour que l'on ne se les pose pas, ces questions.

Joli défi donc :)

Rémi

Edit : un mot sur l'écriture, je voulais préciser que j'aime bien ton rythme, et les petites pépites comme "Assis au bord de ma nausée," ou l'énumération "Mon travail, ma mère, le frigo vide, la soirée oubliée d’hier, mon frère en béquille, ma sœur engrossée, ma mère, le frido vide, le café dissous dans l’eau tiède, mon boss à calvitie luisante, ma voisine sexy, le whisky oublié d’hier, le frigo vide." C'est ce truc-là qui m'a fait dire "burlesque".
« Modifié: 13 novembre 2016 à 17:47:12 par RémiDeLille »

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Re : Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« Réponse #3 le: 13 novembre 2016 à 17:55:48 »
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Je me précipitai sur la fenêtre de la pièce,
Sur ? Comme les mouches ?  :D

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pas été d’aller me faire malmener par le diable.
c'est très (trop?) poli haha

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l’avait retourné comme qui dirait.
c'est dommage de mettre un comme qui dirait familier dans une jolie phrase de conclusion  :huhu:

Citer
De l’autre côté de la rue, la femme aux nombreux marmots pleurnichards riait aux éclats en les faisant tous avancer en file indienne, une sucette en bouche.
là ce qui peut être cool pour expliciter la situaton, c'est d'insinuer un "aux marmots d'habitudes pleurnichard", bref dire explicitement ce qui choque dans la situation et pas juste dire que c'est comme ça


J'ai beaucoup aimé  ^^
C'est très bien rythmé (surtout le passage où tout s'inverse dans sa tête, où quand il essaye de dormir, les répétitions et rythmes sont vraiment top!) du coup ca donne une structure globale, c'est drôle et l'idée est gentille et belle (un texte positif ca fait du bien de temps en temps)
(ca a pas besoin d'être réaiste de toute façon l'idée se suffit u_u)

Juste des petites remarques pour faciliter la lecture, vu que le texte est quand même long, faire des paragraphes (l'histoire s'y prête bien plus)
et il y a le passage où le militaire parle quie devrait être mit entre guillements pour bien qu'il soit à part.

Voilà voilà  :kei:
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Re : Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« Réponse #4 le: 13 novembre 2016 à 18:33:32 »
Merci à tous, une fois de plus, c'était vraiment cool de participer, même s'il m'a fallut plus de temps cette fois pour trouver une idée   ><


@Miro
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tas de vêtements qui jonçaient le parquet
jonchaient

Haha, un cheveux de langue s'est glissé dans le texte

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je passai une bonne demi heure à remettre de l’ordre dans mes pensées,
passais ?
demi-heure
(chouette phrase sinon)
C'est du passé simple non, si je décris un action? Merci pour demi-heure...je peine toujours avec ce mot décidement  :relou:

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Tout était translucide dans ma tête,
c’est pas lucide que tu cherchais ? :D
Mmh je viens d'aller vérifier la définition et je ne suis pas très sûre. En gros, je voulais dire qu'il voyait tout de manière très claire. Du coup peut-être que les deux mots vont, je ne sais pas..

J'ai compris ton idée mais moins la suite de comportements qu'aborde le narrateur et ses voisins. Tu dis qu'ils ont des comportements peu ordinaires, mais j'ai du mal à saisir en quoi leur comportement irait à l'envers... Enfin quoique. Si, je crois que je vois ce que veux dire : à l'envers comme le jour et la nuit, dans le sens d'opposés. Ce avec quoi ma compréhension bute c'est que la terre qui tourne à l'envers, je l'envisage comme une suite de séquences qui va à réculons, comme quand on rembobine une cassette. Donc c'est pas tant une question d'opposés.
Alors en fait, je ne voulais pas tant donner une idée d'évènements qui vont à reculons, mais plutôt qui changent de direction. Mais je suis d'accord avec toi sur les comportements des voisins. J'ai juste pas trouvé de meilleurs exemples à temps. Et comme mon idée était encore confuse à ce moment là, je ne savais pas trop comment la traduire dans ces comportements...mmh, j'essayerai d'en trouver de meilleurs.

En tout cas merci, et au prochain tic-tac!

@Rémi

cette histoire qui s'appuie sur une pensée positive, c'est bien cool.
C'est drôle, vous êtes plusieurs à dire ça alors que j'étais pas du tout partie avec l'idée que ce serait un texte positif. A la base, je voulais écrire comment la connerie humaine avait fini par faire tourner le monde à l'envers, mais au final, c'est vrai, ça a juste créé un nouvel équilibre.

Bon, après, évidemment, faut pas se poser de questions scientifiques... mais c'est suffisamment proche de la fable pour que l'on ne se les pose pas, ces questions.
Haha c'est clair, quoi qu'en fait, qui sait?  :D

Merci Rémi :)


@Ben

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Sur ? Comme les mouches ?  :D
:D :D :D effectivement, il manque un mot quelque part...


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c'est très (trop?) poli haha
Mais oui, j'ai pensé à écrire tout ça un peu plus langage parlé, mais je n'ai pu me résoudre à employer un vilain mot  :-[

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c'est dommage de mettre un comme qui dirait familier dans une jolie phrase de conclusion  :huhu:
Suis d'accord, ça m'a aussi embêtée quand je l'ai relu, ça casse la phrase.

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là ce qui peut être cool pour expliciter la situaton, c'est d'insinuer un "aux marmots d'habitudes pleurnichard", bref dire explicitement ce qui choque dans la situation et pas juste dire que c'est comme ça
Yep, merci  :)

Merci Ben!
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Re : Le sens de la Terre - défi tic-tac, 13 novembre
« Réponse #5 le: 20 novembre 2016 à 19:35:01 »
Bon, puisque comme Ben l'a dit, je suis accro du tic et du tac, que mes doigts s'impatientaient, j'ai au moins essayé de retaper le dernier morceau  :D

Voici:

Le sens de la Terre

Le jour où la Terre s’est mise à tourner à l’envers avait commencé comme n’importe quel autre lundi. Je m’étais levé en retard, au bout du dixième cri d’alarme de mon réveil, ma mauvaise conscience m’interdisant le onzième « snooze ». Je m’étais empêtré les pieds dans le tas de vêtements qui jonchaient le parquet usagé de ma chambre, j’avais juré très fort. Un jour normal. Le café avait le goût de poisson grillé, le frigo ne s’était toujours pas rempli de lui-même, la pile de dossiers qui s’amoncelaient sur ma table à manger me narguait en oscillant dangereusement. J’avais, pour couronner le tout, une atroce gueule de bois agrémentée d’un arrière goût de whisky que je ne me souvenais plus d’avoir avalé.

Assis au bord de ma nausée, je passai une bonne demi-heure à remettre de l’ordre dans mes pensées, en essayant tout d’abord de me souvenir de l’endroit où j’avais déposé ma liste des choses à faire. J’élaborais toujours des listes à défaut de faire autre chose, ce qui me donnait en retour l’impression d’un semblant de travail. Ne sachant plus où j’avais égaré la dernière, je décidai que puisqu’elle était perdue, j’étais libre de m’organiser comme il me plairait. Je retournai donc me coucher.

Le sommeil ne me trouva pas, trop de pensées tourbillonnaient dans mon esprit. Le visage de mon ex en occupait une part considérable, ses yeux déçus, son sourire las, le reste changeait sans discontinu, longue bobine d’images et de sensations familières qui agençaient ma vie. Mon travail, ma mère, le frigo vide, la soirée oubliée d’hier, mon frère en béquille, ma sœur engrossée, ma mère, le frigo vide, ma voisine sexy, le café dissous dans l’eau tiède, son short moulant, mon boss à calvitie luisante, le whisky oublié d’hier, son cul, le frigo vide, un sourire las. Soudain, alors que j’étais en train de considérer pour la dixième fois de rappeler mon ex, pour enfin lui expliquer, pour enfin qu’elle comprenne, je le sentis. Un changement presque imperceptible qui mit sur pause mes arguments défraîchis. Ma tête se vida, mes pensées retombèrent en brindilles déstructurées sur les fondements de mon esprit. Je n’osai pas bouger, ni même respirer. Dehors, tout se taisait. Le chien du voisin, les oiseaux des buissons, les roues sur l’asphalte. Le vertige s’empara de moi, alors que j’étais couché en caleçon sur mon lit, chaussettes aux pieds. Un mouvement se créa dans ma poitrine, une sensation indescriptible qui remonta jusqu’à mon cerveau déshydraté et le remis en marche. Comme électrisé, je me levai d’un bon, enjambai sans m’en inquiéter les vêtements à l’odeur de tabac du sol et courus dans le salon. D’un coup, je savais. L’endroit où se situait ma liste inutile, pourquoi mon ex était partie, comment remplir mon frigo, pourquoi le café puait. Tout était clair dans ma tête, transparent, lumineux, comme si ce mouvement étrange que j’avais ressenti avait donné une nouvelle impulsion à mes pensées et les avait remises dans le bon sens, tout en y assenant un grand coup de plumeau. Je me précipitai vers la fenêtre de la pièce embuée, que je n’avais pas aérée depuis que je m’étais égaré dans ma tête. Je l’ouvris, laissant sortir l’air malsain qui entourait toute chose dans ma maison, dans ma vie. Narines dilatées, j’inspirai profondément l’air glacé du dehors, espérant remplacer toutes les molécules d’oxygènes de mon corps usé. Enfin, je renaissais.

Je remarquai alors que je n’étais pas le seul à avoir un comportement peu ordinaire. Mon voisin d’habitude silencieux et maussade chantait sur le perron de sa porte, tout en déblayant les feuilles mortes qui s’étaient au fil des mois rassemblées devant sa maison. Levant la tête, il s’aperçut de ma présence hébétée à la fenêtre et me lança un clin d’œil complice, comme si la dernière chose qu’il m’avait dite n’avait pas été d’aller me faire enculer. De l’autre côté de la rue, la femme aux nombreux marmots d’habitude pleurnichards riait aux éclats en les faisant tous avancer en file indienne, une sucette en bouche, l’œil enchanté. Le gris du ciel s’était lui aussi métamorphosé, il était désormais bleu clair et entourait un soleil épanoui.

La sonnerie de mon téléphone me tira de ma contemplation éberluée. Je me dépêchai de le retrouver, c’était mon ex. « Recommençons », écrivait-elle.
De plus en plus abasourdi, je saisis la télécommande qui traînait sur mon sol poussiéreux et allumai la télévision. Toutes les chaînes montraient la même succession d’images, criaient la même information. Un homme en tenue militaire, lunettes rondes encerclant des yeux fatigués, gesticulait, les sourcils dressés sur son front coupé par l’arrête d’un béret vert kaki. Le drapeau de la nation claquait à ses côtés, rythmant le discours absurde qu’il s’entêtait de répéter :

« Nous vous demandons à tous de garder votre calme. Des spécialistes sont en train d’analyser le phénomène. Il semblerait effectivement que la planète ait inversé sa rotation. Les explications des physiciens sont nombreuses, mais tous s’accordent à dire que nous ne sommes pas en danger, que ce changement n’affectera en rien votre quotidien. »

Je le laissai parler sans plus écouter, mon cerveau fonctionnant à cent à l’heure. La Terre s’était mise à tourner dans l’autre sens, et étrangement, avait redonné une direction à ma vie. Au vu du comportements de mes voisins, du ciel, de mon ex, je n’étais pas le seul à avoir été touché par ce phénomène révolutionnaire. Je me dis que peut-être, à force d’avoir pensé à l’envers pendant toutes ces années, la bêtise de nos réflexions avait fini par atteindre le sens de l’univers. Elle l’avait, telle une immense vague, fait chavirer, et de l’autre côté de l’axe, il avait retrouvée une signification depuis longtemps perdue. Maintenant, tout semblait dans l’ordre à nouveau.

Heureux de cette conclusion, je répondis à mon ex : « oui ».


« Modifié: 20 novembre 2016 à 21:28:42 par derrierelemiroir »
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