J'abandonne est un roman de Philippe Claudel, membre de l'académie Goncourt
Le personnage principal du livre est un médecin, dont le boulot est d'acceuillir et d'annoncer aux proches un décès, dans le but d'ensuite leur demander s'il veulent donner les organes de la personnes
Ce livre m'a retourné. Il est vraiment très fort, et pas seulement parce qu'il utilise une telle thématique.
Globalement le livre est très sombre, le narrateur est de plus en plus éreinté par son métier, qu'il considère comme celui d'une hyène : attendre que la personne pleure le décès, attendre le bon moment pour formuler de manière feutrée la demande d'organes. Tout celà est lié au fait qu'il ait un enfant, dont il ne peut s'occuper à plein car il vit seul avec.
En fait le monde ici semble sans espoir, la vision de la société, de l'humain est extremement pessimiste et plus encore, elle est fermée, cantonnée à ce que voit le narrateur et cela se découle sur toute sa vision du monde. Par l'absurdité légitime de ce qu'il relève, il le relève de manière encore plus forte car c'est en décalage avec ce qu'il vit. En fait, et c'est ça qui en ressort le plus, c'est le décalage de vivre dans un société que l'on ne comprend plus, aliéné par ses propres pensées internes. Et l'amour de son enfant ne fait que renforcer ce décalage, car il s'y accroche plus au passé, cette promesse d'avenir vivante ne l'aide pas à avancer mais au contraire lui montre à quel point ce monde ne lui correspond en rien.
Dans ce sens, ce qui fait la force du livre, c'est qu'il s'appuit quasi uniquement sur des éléments réel, il n'invente rien pour prendre appuit sur cette absurdité. Je pense à cet exemple récurrent du spectacle de Jean Marie Bigard, qui présentait à l'époque comme affiche, un homme en slip avec "jean marie met le paquet', affiché en énorme dans le métro et dans les villes. Le récit s'ancre dans le réel d'une manière violente, et les yeux du narrateur ne fait que le révéler
Pour parler plus de la structure, il y a des choses qui m'ont plu également. Cette façon d'alterner le récit et le cours des pensées du narrateur avec des passages en italiques, qui révèle leur importance au fur et à mesure, mais font également parfois fortement écho avec ses pensées.
J'ai également aimé le fait qu'il ne pas parle pour ainsi dire jamais véritablement de sa voix dans le texte, mais qu'il n'y a que des réponses et tirades d'autres personnages qui répondent à ses pensées. Bref, le dialogue interne et le dialogue réel se mèlent parfois de façon innatendu et très bien pensé, et surtout, censé.
Pour ce que je n'ai pas aimé, c'est peut être un pathos qui déborde une fois ou deux, je veux dire par instant c'est un peu trop et pas forcément nécessaire. Le texte est court (200 pages poches il me semble), et on trouve tout de même quelques répétitions qui n'apportent à mon sens rien niveau style ni background, ainsi qu'un point godwin pas franchement necessaire au propos. Mais dans l'ensemble on évite tout de même completement le pathos permanent et le texte sait rester touchant et juste.
Donc voilà, c'est un livre que je vous conseille car il est bien écrit, construit et fort, mais il faut être préparé parce que le propos est sombre (même si pas que).