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06 décembre 2019 à 08:34:21

Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Miromensil, Chapart, Claudius) » La Course du Dragon (Contenu explicite)

Auteur Sujet: La Course du Dragon (Contenu explicite)  (Lu 3299 fois)

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La Course du Dragon (Contenu explicite)
« le: 19 mars 2016 à 02:16:43 »
La course du dragon


   

   Allo ?… Est-ce que tu es là, Billy ?... Parle-moi, s'il te plaît !… Est-ce que tu m'entends ?... Non ?… Tu dois dormir encore !… Tu ne fais que dormir… C'est pas grave, je vais parler pour deux… Tu vois, je n'ai plus peur de te parler, maintenant…. J'ai beaucoup réfléchi à nous deux… Ce serait trop con que l'on perde le contact, Billy… Ce serait trop con que tu n'essaies pas de me pardonner… Je vais beaucoup mieux maintenant, tu sais... Je fais des efforts chaque jour, je fais tout ce qu'il faut... Je ne tremble plus… Je ne titube plus… Je ne transpire plus... Je ne vole plus personne… Je ne fais plus de mal aux gens… Je me respecte… Je respecte infiniment ce pourquoi je suis venue sur Terre… J'ai même trouvé un travail, tu sais... Je range des livres à la bibliothèque sur des étagères en bois vernis qui sentent bon l'encaustique... Les gens m'aiment bien là-bas, ils me le font sentir… Ils m'appellent Rebecca, ils ne m'appellent plus Reb ou Reby, tous ces surnoms débiles et dégueulasses… Si tu voyais mes mains aussi, elles sont redevenues magnifiques, Billy, plus de peaux rongées jusqu'au sang, j'ai remis du rouge sur mes ongles… J'ai un beau rubis à la place de chaque ongle, maintenant…  De grands romanciers, de grands poètes, passent toute la journée dans ces mains redevenues magnifiques… J'en suis très fière… Avant, ils auraient craché sur ces mains, ils ne se seraient jamais laissés saisir par ces mains grotesques… Tu connais Walt Whitman, Billy ?... C'est tellement beau !… Quand je lis le grand Walt, je pleure comme une gosse, je ne peux pas m'empêcher de pleurer… Écoute ça, c'est de lui, c'est de Walt Withman : « Je veux que désormais la vie soit un grand chant de joie ! Je veux danser, battre des mains, exulter et crier, sauter, bondir en l'air, me rouler par terre, surtout flotter, flotter ! Car je serai marin du monde partant pour tous les ports. Car je serai bateau. Avez-vous vu mes voiles, déployées au soleil et à l'air ? Navire vif, cales gonflées d'une précieuse cargaison de paroles et de joie. ».    
   C'est pour toi que je lis Walt Whitman, Billy, c'est pour toi que je fais tout ça !… J'ai même commencé à raconter un peu ma vie dans un cahier, tu sais… Mais non, comment pourrais-tu le savoir… Attends, je vais t'en lire certains passages… Je ne sais pas si ça vaut quelque chose, mais ça me fait un bien fou d'écrire ça. Écoute bien, mon amour...
   
   « Je n'ai pas toujours été une illuminée, une paumée, un sac d'os sans foi ni loi. Il m'est arrivé aussi de passer de délicieux instants sur la Terre, d'apprécier les balades au bord d'un joli lac bleu, la bonne nourriture pakistanaise et libanaise, les spectacles de danse, et la peinture bien sûr. Je suis folle de peinture, je suis totalement accroc à la peinture. Je serais capable de donner quelques mois de ma vie pour être une petite heure à l'intérieur d'un tableau de maître, pour me faire minuscule dans un chef d’œuvre de Van Gogh, de Degas, de Toulouse-Lautrec ou de Kess Van Dongen. Moi, je suis une peintre médiocre, je le sais et cela ne me blesse pas. Par contre, je crois bien avoir du génie dans les yeux pour comprendre et contempler les plus belles toiles du monde».
   « J'ai eu 21 ans, bon Dieu. Dire que j'ai eu 21 ans et que je les ai perdus. J'étudiais dans une école d'art, j'étais pleine d'espoir.  Pour vivre, je travaillais dans une boutique de fringues, et je louais un petit studio avec une amie de promo à Hell's Kitchen, un quartier gangrené par la drogue et la prostitution. Parfois, j'avais l'impression de pouvoir conquérir le monde. J'avais l'impression d'appartenir à une grande lignée, celles des légendes qui ont autrefois écumé les rues de New-York, comme Billie Holiday, Janis Joplin, Hendrix et Basquiat. J'avais l'impression de pouvoir m'identifier à eux et de les comprendre. Seulement voilà, je me sentais brisée de l'intérieur et je cherchais désespérément l'amour. Mais l'amour n'est pas un tableau, il n'a pas de matière, on ne peut l'accrocher nulle part pour l'admirer en silence. Tu peux arrêter n'importe qui dans la rue, il ne saura pas te dire où est l'amour, il ne saura pas te dire quelle forme ça a l'amour, ni son poids, ni sa couleur, ni son parfum. Bref, j'étais effrayée à l'idée de vivre comme cela en quête perpétuelle d'un fantôme, et pourtant je voulais vivre à tout prix, avoir un but. Mais quel but peut-on atteindre lorsque l'on erre sans l'amour ? ».
   « J'ai débarqué à New-York en 2006, avec un visa de réfugiée. Je viens de Ribnita, un bled paumé de Moldavie. Qui connaît la Moldavie, à part les Moldaves les plus instruits ? A l'école, je me prenais pas mal de remarques et d'insultes, parce que j'avais le teint foncé, à cause de mes origines gitanes et juives. Mon frère a presque été battu à mort par le père de sa petite amie quand il a découvert qu'il était juif. Juif, ce n'est pas une religion. C'est une damnation intellectuelle qu'on se transmet de père en fils, de mère en fille. Et le pire, c'est que ce châtiment nous rend très fier. Sur le dos de chaque juif s'accrochent des millions de morts, des tonnes de joie cynique et de somptueux dégoût ».
   « Ma chère famille se prenait la tête tout le temps. Chacun recrachait la faute de son exil sur les autres. Nous étions des juifs ratés, des juifs mutants sans défense, sans ambition, sans honneur. De pauvres juifs. Il en existe des milliers qui se cramponnent ainsi désespérément à la vie comme des tiques, il ne faut pas croire. Tous les juifs ne sont pas des descendants de Rockefeller. Pour oublier notre malédiction, la seule chose que je pouvais faire, c'était dessiner. Croqué mes misérables parents, les arbres, les ciels, les animaux, mes amants nus, c'est ce qui gardait mon esprit éveillé. Par chance, j'ai réussi à intégrer l'école très célèbre de la Guardia, où j'ai appris l'art visuel, l'anatomie, la perspective, et surtout que je ne serais jamais une grande artiste ».
« C'est à cette époque que j'ai commencé à me sentir vraiment mal dans ma peau. J'étais en conflit avec ma sexualité, parce que j'avais découvert que j'aimais aussi bien les hommes que les femmes. Tel un nourrisson qui suce son pouce pour se bercer, je me suis mise à téter durant des heures des sexes d'homme et des sexes de femme. Cela me transportait aux anges presque à chaque fois. Je me croyais condamnée à pratiquer des fellations toute ma vie, sans aucun repos, pour perpétuer ce triste bonheur. Et puis une nuit, un jeune type m'a dit : tu ne me suces pas, tu me grignotes la queue, tu me fais mal. C'est quoi ton putain de problème, Reb, la folie ? ».
   « Et mon Dieu, j'ai eu 22 ans que je n'ai même pas vu défiler. A 22 ans, on m'a diagnostiqué un trouble bipolaire. Pour me remettre les idées en place, on m’a prescrit du lithium en comprimés. C'est à partir de cet instant où j'ai commencé à vaciller. Quand j'ai essayé la cocaïne un soir, lors d'une fête, j'étais époustouflée. Je me suis demandé comment j'avais pu vivre sans elle pendant tout ce temps ».
   « Un soir, à l'inauguration d'un squat, j'ai eu le malheur de rencontrer Melchior, un ami de mon frère, et d'en tomber éperdument amoureuse. Il avait dix ans de plus que moi. C'était un black beau comme un dieu, avec des yeux gris-bleu, un sourire de félin enjôleur, des mains divines. C'était un ancien mannequin qui avait tout de l'allure du brave type. Un mec à la cool, comme on dit. Après quelques jours de romance passionnée où il me traita comme une déesse, j'ai découvert qu'il consommait de l'héroïne depuis un bon moment. Au début, j'ai essayé de l'aider à vaincre son addiction, mais j'ai fini par me défoncer avec lui. Melchior me répétait en boucle que je devais essayer l'héroïne et arrêter de gaspiller mon fric en achetant de la cocaïne. Il m'a expliqué en long en large que la coke m'avait permis de travailler sur moi-même, mais que j'avais besoin de commencer à redescendre avec l'héro. Pendant six mois, on a consommé des speedballs tous les jours. C'était extrêmement intense. On se réveillait le matin avec la nausée et le besoin pressant d'être défoncé à nouveau. Pendant la journée, on volait dans les magasins et les pharmacies. Je volais de l'argent à mes parents, à mon frère, à mes amis ou je vendais des trucs pour me faire un peu de blé. Melchior vivait chez sa mère, une ancienne junkie, et vendait pas mal d'héroïne. A nous deux, on pouvait se taper six pochons d'héroïne et six pochons de cocaïne dans la même journée. L'héroïne, c'est comme la lampe magique d'Aladin, elle te fait croire que tes rêves peuvent devenir réalité, que tu as le contrôle sur ta vie. Et puis, il te faut des années pour te rendre compte que la lampe est vide. Que le génie qui traîne à l'intérieur ce n'est que toi et toute ta noirceur».
   « Je me shootais toujours au même endroit, au point d'avoir un abcès sur ma veine et de ne plus pouvoir la sentir. Je commençais à avoir des hallucinations auditives. Parfois, il m'arrivait de discuter avec quelqu'un, avant de me rendre compte que j'étais seule depuis le début de la conversation ».
   Un peu comme maintenant, tu vois !
   « A un moment donné, j'étais persuadée de pouvoir marcher sur les toits de mon immeuble sans craindre de mourir. Je n'étais plus qu'une machine à fabriquer des vertiges, mais je ne tombais jamais. Car j'étais aussi devenue une vraie machine à fabriquer des miracles, le miracle de tenir debout juste ce qu'il faut pour pouvoir me défoncer encore et encore ».
   « Melchior était vraiment la dernière des ordures, une saloperie humaine. J'ai compris ça un peu plus tard. Il m'a délibérément rendue accroc à l'héro pour avoir quelqu'un avec qui partager toute la drogue et le fric qui allait avec. J'ai découvert que d'autres femmes venaient régulièrement dans son appartement. Il faisait exactement la même chose avec elles. Je me suis rendue compte que je n'étais pour lui qu'une usine à trous comme toutes les autres. Je n'étais qu'une des nombreuses pauvres déglinguées avec qui il se défonçait et couchait occasionnellement. Après qu'il ait essayé de me faire subir un gang bang en échange de drogues gratuites, j'ai commencé à faire preuve de vigilance. Mais j'ai fait l'erreur de rester avec lui, d'adorer celui qui cherchait à me tuer à petit feu ».
   « Quand on devient une grande consommatrice d'héro, la violence sexuelle est un danger constant. Je recevais des propositions indécentes toutes les semaines, de la part de dealers ou de parfaits inconnus. Je m'étais imposé une règle à laquelle je ne devais jamais déroger : ne jamais écarter les cuisses pour de la dope. J'aurais préféré me suicider plutôt que d'en arriver là. Mais il n'empêche que j'ai subi des violences sexuelles, à plusieurs reprises. Plus d'une fois, je me suis retrouvée souillée sans trop savoir par qui. J'ai eu la chance d'en être sortie à peu près saine et sauve, avec un petit ruisseau de sperme qui s'écoule encore de temps à autre dans un coin de ma mémoire ».
   « La mort est tout autour de vous, dans les cliniques, dans les centres de désintoxication, dans les services hospitaliers et dans la rue. Vous entendez toujours parler de la mort de quelqu'un. C'est une overdose, le VIH, ou un décès tout aussi abrupt. Des mecs se faisaient poignarder au moment d'acheter de la dope, ou finissaient brûlés vifs après s'être endormis avec une cigarette allumée ».
   « Et j'ai eu 23 ans, mon Dieu ! Et je n'étais plus qu'un fantôme qui errait dans la rue. Je n'avais ni passé ni futur. Je n'étais plus qu'une épave remplie de folle détresse et je ne savais même pas à qui en parler. J'ai été internée en hôpital psychiatrique après avoir essayé de me tuer à trois reprises. Une fois avec une tonne de lithium et de vin, une autre fois en me pendant à une tringle à rideaux, une autre fois en me nouant un sac plastique autour du cou. Il faut vraiment être au ras du sol pour tenter de s'étouffer avec un sac en plastique ».
   « J'ai essayé d'arrêter une bonne centaine de fois, mais n'y arrivais pas. Je chutais, je remontais et je rechutais encore et toujours. Je suis allée à des séances de psychothérapie assez extrême, j'ai fait des cures de désintox, participé à des groupes de soutien, sans succès. Et puis, un beau jour, le miracle est arrivé. J'ai rencontré le docteur Perramus, un garant de l'empathie, un type extraordinaire qui lisait dans mon esprit comme dans un livre ouvert. Qui me disait « vous » et non « tu ». Il m'a laissé entrevoir qu'enfouie sous ma peau de junkie il y avait une âme, une âme qui méritait peut-être d'aimer les autres et d'être aimée pour ce qu'elle était : juste une âme. Juste une âme ! ».
   « Cela fait maintenant sept mois que je suis clean grâce au docteur Perramus. Le jour je travaille à la bibliothèque et le soir je travaille avec des délinquants juvéniles, je leur parle de l'abus de la drogue et j'en parle bien, et je crois qu'ils m'écoutent et m'apprécient beaucoup. Je me suis remise aussi à peindre et parfois j'ai même des envies de femme enceinte, des envies brutales d'exposer, d'accrocher mon cœur sur les murs, de montrer ce que peut valoir une petite âme juive et roumaine toute simple ». 


   
   Je vais devoir faire un truc, Billy… Un tout dernier truc… Je te reparlerai un peu plus tard… J'espère que tu seras réveillé, mon amour… Je t'embrasse très fort… À tout à l'heure...

   
   Mais merde, ne te juge pas, Rebecca !
   Billy ne le saura pas. Il ne te voit pas. Qui lui dira ?
   Combien déjà ?
   Treize !
   Treize gouttes d'eau !
   Deux putains de gouttes de jus de citron !
   J'aborde à présent la partie sensuelle. Hypnotique. Mes yeux sont émerveillés comme ceux d'une petite fille au pied de son premier manège.
   Je chauffe, je filtre à la toupie.
   Je suis bien excitée. Mais je me contiens.
   T’assure toujours Rebecca ! Toujours !
   En fait, je me sens en symbiose avec l'éther, ce soir. D'oser parler à Billy m'a fait un bien fou. Ce soir, j'ai le cœur propre, les doigts souples. Ce soir, je suis méticuleuse.
   J'ai beaucoup progressé.
   Ne te juge pas, Rebecca. Ce n'est rien ça. C'est juste un test de probité.
   Je trouve ma bleue-veine sur le dessus de ma main.
   Nom de Dieu, qu'elle est belle !
   Allez, c'est parti.
   La flamme orangée. Son nimbe beau comme un spectre argenté qui danserait au rebord d'une nuit tiède.
   J'injecte doucement.
   Je pense à l'OD. Mais pas trop, juste ce qu'il faut.
   Je m'arrête à la moitié, et j'attends quelques secondes pour voir si l'immaculée déception n'est pas trop forte.
   J'ai toujours respecté les consignes, grâce à Dieu. Mon côté bonne élève, cahier soigné, marge impeccable, sans une bavure. J'avais une amie comme cela, première de la classe, invariablement, parce qu'elle avait juste la flemme de sortir son Typex de sa trousse. Mais surtout, crever d'une OD dans les chiottes d'un MacDo, ça n'a jamais été vraiment ma came. Si je peux dire.
   Je suis folle de rire encore avec ça, complètement folle.
   Les paupières closes, par contre, c'est ma petite superstition.    
   La prière ! Je me la fais courte, presque instantanée. Je ne crois pas en Dieu. Mais sait-on jamais.
   À ce prix-là, je suis quand même un peu perplexe. Aussi, je ne m'attends à rien, pour ne pas être déçue.
   Et puis, de toute façon, ce sera le der des ders, je te le jure mon Billy.
   Comme il ne se passe pas grand chose, je taquine encore un peu la fusée. Je provoque le sablier. L'espace d'une nanoseconde, j'émets un regret. Je me dis que malgré mon début de vie ratée, je suis peut-être encore trop bien pour espérer aller encore mieux.
   Quand soudain, sans crier gare… c'est l'onde de choc !
   D'abord au loin, une nuée, une cavalcade de chevaux blancs, qui devient de plus en plus précise, et me submerge bientôt d'un champignon atomique parfilé d'or, de pourpre et de topaze.
   Elle surgit du fond de la forêt noire. Terrasse, flambe tout sur son passage. Atomise mes ultimes craintes.
   C'est le FLASH !
   La sensation est soudaine, aiguë. Elle m'irradie de chaleur des orteils au pariétal.
   BANGGGG !
   Big bang en plein front, les galaxies qui tournent, qui tournent, qui tournent à perdre haleine.
   Putain de belle montée !
   Mais qu'est ce que c'est que ce vieux truc, putain ? Je me croirais à Angkor Wat en train de survoler la fantasmagorie des temples khmères. Ça y est, je suis une libellule ! Je me déploie voluptueusement entre les cumulus.
   Le MER-VEIL-LEUX et SUA-VE FLASH !
   Ce petit con d’archange, que j'avais quitté il y a quelques mois, vient de repointer le bout de son nez. Son risible nez de clown.
   Je m'étale sur le lit, les bras en croix, à la vitesse d'un haricot qui pousse. Je pense être blottie dans les entrailles veloutées de la déesse Isis. Quand mon plafond s'éloigne d'un coup. Mes murs reculent. Toutes les loupiotes de ma vie s'éteignent l'une après l'autre, comme des éons qui basculent en dominos en travers de mon front.   
   L'oppression dans mon thorax lentement lâche prise. Mes mâchoires se distendent. Mes membres se ouatent. Toutes mes fibres exultent.
   Voilà ! C'est fait, le miel est en moi. Il s'écoule à l'infini. À l’infini.
   La chasse au dragon a commencé. Elle devrait normalement durer quatre à six heures, m'a dit Melchior.
   Ça a du goût ! Beaucoup de goût. Peut-être trop. Je ne me suis jamais envoyée un truc pareil. C'est dingue comme les prods actuels tabassent, mutent, se bonifient.
   Je ne sais pas qui remercier. Le paysan/chimiste ou mère Nature. Le monde change, le monde change tellement vite, c'est affolant comme il change. La Terre nourricière devient décomplexée, comme tous les affreux qui la foule. Elle recrache dorénavant l'effroi comme le sublime. Cela aurait été vraiment con de rater un trip aussi puissant, qui m'est tombé du ciel.
   Vertigineusement, mes pensées s'altèrent, s'ordonnent, se désagrègent, se magnétisent, au gré d'un kaléidoscope anarchique qui enfante tentacules sur tentacules.
   Et puis, tout au bout du rayonnement, la voici. Je découvre l'hydre. Toute l'ampleur de sa vénusté. Ses yeux d'émeraude. Sa bouche framboise. Son trou noir irradié de clarté aveuglante.
   La PAIX enfin ! La PAIX qui virevolte autour de moi, puis se dépose tendrement sur chacune de mes cellules, comme des milliers d'infimes flocons aimants.
   Goutte de pluie absorbée par l’Océan, je plonge dans la phase de quiétude totale qui s'appelle le « plateau ». C'est la période de bien-être intense, de relaxation profonde. C'est le vagabondage du frais papillon à travers les bosquets roses de l'oubli. Mon existence à cet instant ne pèse absolument plus rien. Je ne suis plus qu'un rêve de balsa. Et je ressens ce trop-plein d'allégresse comme si j'avais le poids de l'Annapurna.
   Je passe à présent des millions d'âmes sous la douchette de mon code-barre.
   Et je pleure ! Je pleure à chaudes larmes. J’inonde la Terre entière de ma joie, du Groenland au Tibet. Oh, le Tibet, tu me vois ?
   Un soupçon de crainte cependant subsiste dans les sombres replis de mon délice. Trop tard ! Il vient d'ouvrir une fenêtre dans mon poitrail et fait entrer d'un coup la froidure.
   Putain de maudit piège. Je ne l'avais pas vu venir.
   Mais pas de panique, Rebecca. Tout est sous contrôle. La « Voix » ne te déglinguera pas cette fois. Laisse tes oreilles de sale froussarde se démerder avec ça. Toi, reste à l'écart, tapie dans l'ombre, pour te repaître jusqu'au pollen des ondes du miraculeux sugar.
   C’est l’instant terrible ! Atroce ! L’heure où la princesse commence à ressentir le poison dans ses tripes, à chier dans sa crinoline.
   Je me tord. Je me tord. Je me tord. Je me tord. Je me tord.
   J’ai si mal, mon Dieu !
   NON !... POURQUOI ?... POURQUOI ?
   « Il ne faut pas que je me gerbe dessus ».
   « Il ne faut pas que je me gratte jusqu'au sang ».
   « Non, je ne veux pas que mon cœur saigne ».
   Il ne faut pas. Il ne faut pas.
   Et voici qu'aussitôt, sans prévenir, les « demain » débarquent en essaim.
   Demain, demain, demain, demain, demain, demain, demain…
   Les demains me soûlent de demain !
   Demain !
   Il ne faut pas que mon cœur saigne.
   Il ne faut pas.
   Que mon cœur saigne.
   Demain !
   La prévention me revient comme un mantra infernal. Les « demain » me catapultent, m'envoient valdinguer d'une tempe à l'autre.
   Je commence à flipper sévère. Je flirte avec l'intolérable. Je dois me forcer à me retenir au vide.
   Quand subitement, bave mon stylo d’écolière. J’ai de l’encre partout sur les cuisses. Des spirales, des arabesques, des cheveux torsadés sortent de ma feuille, débordent, entourent de chiendent mon vieux pupitre.
   J'ai une sauvage envie de me dessiner dessus, de me contorsionner comme un modèle épileptique et de me peindre des Titans, des cyclopes et des nymphes sur tout le corps, à la queue de vache.
   Je veux faire de moi une œuvre d’art éphémère. C'est ma crainte de devenir folle, ou invisible. Je veux garder une trace du déchet, rendre un dernier hommage à mon destin de poussière. Perpétuer par delà les siècles mon insignifiance, afin qu'elle s'imprime dans le cœur des fossiles.
   Pourtant, que cette terreur au bord de la tombe est divine ! Alors, je m’enfonce tranquillement dans l'épouvante dont je suis devenue l’enfant.
   Ah mauvais, mauvais, mauvais !
   Les voici qui débarquent à leur tour, arrogants et altiers !
   Je les connais par cœur tous ces monstres.
   TOUS CES PITOYABLES DÉBILES !
   Mais à force de milliards de langues chaudes, de caresses glaciales, plus aucuns ne me terrorisent. Ce ne sont que de pauvres jouets absurdes qui s'ignorent, des gobelins et des orques claudiquant dans un conte à dormir debout. Tout au plus, fais-je semblant d’acquiescer à leur sinistre terreur.    
   Parfois entre deux rires béats, repue de frissons, je danse au sommet de ma vie sur le fil de la mort, et je m'esclaffe à l'instar d'une otarie gigantesque et je paraphrase Shakespeare en hurlant :  « Morte la mort, plus rien ne meure, stupides chimères. Je vous encule tous jusqu'au dernier ».
   Mais toi ma mère, toi mon père, et toi mon frère, par pitié ne jugez pas le piteux phénomène que je suis devenue. J'ai encore en moi la passion de vivre, de la beauté pure, des fleurs à offrir dans mes mains tendues.
   C'est pour cela que demain, il ne faut pas que mon cœur saigne !
   Aidez-moi, je vous en supplie, aidez-moi ! Vous avez toujours été si bon avec moi !
   Écoute-moi, impératrice des idiotes !
   Oui, je vous écoute, mais parlez vite, je sens la sidération qui me dévore le cœur !
   Contente-toi de répéter après moi.
   Tout ce que vous voudrez ! TOUT ! Je peux même vous sucez la queue, les burnes, le cul !
   Ta souffrance est mon unique jouissance. Contente-toi de répéter ceci :
   Maintenant, je suis prête à prier le diable et sa verge rutilante. À m'enduire les veines de son sang méphitique. À m'empaler sans fin sur sa herse mutilante. Pathétique rieuse, je me sens prête aux pires accès des paludiques.
   Putain, que votre voix est douce, Prince, brillante comme une aiguille !
   Croyez-vous que je siphonne les proverbes de Satan comme bon me chante ? Ne voyez-vous pas tous les baisers/brasiers qui me déchiquettent au-dedans ? Croyez-vous que je rêve du feu de Thanatos comme bon me hante ? Non ! je ne veux pas que mon cœur saigne, car je ruisselle de vie au-dedans.
   Ça y est, je dégringole. Vous m'aspirez, Prince ! Je suis si faible, je suis une pourriture. J'étais si mal cachée, mon Dieu, si mal cachée !
   Maintenant, je vais me montrer à toi ! Je pue un peu, je te préviens. Je ne me suis pas lavé depuis vingt apocalypses.
   Dans l'horreur nocturne, soudain je l’aperçois. Lui, le Tentateur ! Il a cette fois recouvert les traits d’une vieillarde en décomposition. Il déroule au creux de mon lit un parchemin maculé de déjections où sont ses horaires en fuseau. Au bout de sa queue fourchue enroulée autour d'un pal d'acier, là, dans un crachat de fumée, sa torride tocante m'apparaît au museau. Et il me dit encore :
   Je te donne deux pauvres heures pour recracher ta demoiselle au bout de ta langue indocile. Passé cet élégant délai, je ferai de toi une corde effilochée de violoncelle. Sur laquelle, pour l'éternité, je passerai l'archet, ou selon, mes couilles brûlantes ou ma faucille.
   Oui, je la recrache pour toujours. Je vous le jure, Prince des Ténèbres !
   Es-tu certaine de vouloir signer cet affreux serment qui me fait la part belle ? N'est-ce pas moi qui ait inventé le saint malheur des accidentés de l’amour ? Es-tu certaine de vouloir humilier ton âme dans la lie des sombres poubelles ? N'est-ce pas moi qui ait inventé le bonheur pour le foudroyer en retour ?
   Oui, je le veux, Prince. Car demain, voyez-vous, je ne veux pas, il ne faut pas que mon cœur saigne !
   Alors le diable ne dit plus rien. Mais il rit, à gorge déployée. Son effroyable montre s'insinue au fond de mes yeux, et dedans je peux voir des couleurs de supplice qui n'existent pas encore sur Terre.
   
   Et puis ces couleurs s'estompent lentement, très lentement.
   Les odeurs de pourriture s’évaporent l'une après l'autre.
   Peu à peu, le plafond se rapproche de moi, et mes murs me reviennent.
   Je suis de nouveau dans la chambre. Moi, Rébecca. Dans la chambre silencieuse. Revenue indemne dans ce supportable tombeau des vivants.
   Doucement, je reprends mes esprits.
   Et je me souviens de toi. Et je suis bien. Simplement bien.
   Il n'y a plus que toi et moi, mon amour.
   Alors, je porte tendrement une main sur mon ventre et je te dis tendrement :
   - Allons, donne un petit coup de pied dans le ventre de maman, Billy !  Allez, juste un petit coup !… Pour me dire que tu m'as tout pardonné !
   






« Modifié: 20 mars 2019 à 14:41:31 par kokox »

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #1 le: 20 mars 2016 à 09:05:04 »
Très difficile de commenter un texte comme celui-là.
D'habitude je commence par les détails : une ou deux fautes de frappe ou d'orthographe, deux répétitions, une ou deux maladresses à mon sens, une obscurité ...
Mais là, rien. Pas une faute, rien à se mettre sous la dent, rien pour s'échauffer. Il faut rentrer directement dans le texte.
Dire que malgré sa longueur, son foisonnement et sa densité, je l'ai lu d'une traite, sans difficulté, mais un peu dans le brouillard quand même. C'est d'ailleurs une partie de ce qui fait son intérêt. Qui est cette Rebecca, à qui parle-t-elle, qui est ce Billy à qui elle raconte sa rédemption avant de lui dire son histoire, tout d'abord presque sous la forme d'un journal, le journal d'une descente aux enfers, mais d'une descente terminée suivie de cette rédemption qu'elle raconte à Billy ?
Et puis cette brutale envie de femme enceinte (où le mot enceinte passe inaperçu, comme s'il faisait partie d'un cliché). Et c'est une nouvelle descente, décrite de façon délirante mais plus détaillée, plus précise, méticuleuse, presque technique, à faire peur aux innocents.
Puis le calme revient et on comprend qui est Billy, que cette Rosemary était enceinte de ce diable de Melchior. Et que Billy n'a pas pardonné.
Prenant, dramatique.
Beau texte.

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #2 le: 20 mars 2016 à 13:05:29 »
Merci Champdefaye pour ton touchant commentaire.
Oui, un texte âpre, gris/noir/blanc, inspiré c'est certain par ce que tu sais de ma fille (qui n'est pas une droguée, je tiens à le préciser pour ceux qui liront ces lignes).
Je suis donc pour l'heure dans la transposition, je ne peux en parler autrement. C'est une maladie terrible qui aspire tout autour d'elle. Comment parler, comprendre cet état énigmatique de quasi possession ? La médecine bute encore. L'entourage subit tout de plein fouet. Heureusement que la littérature offre des manières de catharsis pour se délivrer parfois de ce mal ambiant, trop lourd à porter pour un seul homme.



Bien à toi !
« Modifié: 12 janvier 2018 à 14:10:40 par kokox »

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #3 le: 20 mars 2016 à 14:23:21 »
Bonjour kokox, je viens de lire ton texte et je l'ai trouvé très bien construit, c'est solide.

La narration fonctionne très bien, on est tiré jusqu'à la fin.

Tu parles d'un sujet que l'on connaît peu, tu décris la détresse d'une jeune femme avec sérieux et précision. C'est une vraie démarche d'auteur pleine de mérite. J'ai trouvé l'ensemble du texte fluide, si ce n'est la transition entre la partie en italique et la seconde partie qui m'a semblé peut-être un peu abrupte.

On a pitié pour cette jeune femme, on voudrait que ce ne soit qu'un cauchemar, un mauvais rêve.

Autre chose, je pense que tu aurais pu encore approfondir le profil psychologique des personnages, notamment celui du drogué ou du psychiatre, parce que tu présentes des personnalités fortes et qu'on a envie d'en savoir plus pendant la lecture. Je pense qu'il y a moyen d'accrocher encore notre lecture avec ces personnages secondaires, tu tiens une bonne piste selon moi.

Voici pour ma lecture, merci pour ce texte dans lequel j'ai trouvé, au-delà du sujet principal, une forme de grande question sur notre actualité et sur notre société dans ce qu'elle a de non-dits.

Hors ligne kokox

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #4 le: 20 mars 2016 à 16:16:18 »
Merci bien mister Alan pour ton instructif et gentil commentaire.

Oui, tu as tout à fait raison la transition est abrupte entre les deux parties, mais élaborée à la fois intuitivement et, pourrais-je dire, sciemment.
J'ai pour habitude d'écrire d'instinct, en puisant au pollen de l'empathie avec mes personnages, sans préétablir de plan précis.
Il y a eu deux moutures sur ce texte. Dans la première, le protagoniste était un jeune homme et je tentais de décrire à la manière d'un entomologiste la routine, les sensations progressives de son shoot. Mais, au moment de sa "descente", je me suis retrouvé bloqué, sans chute véritable, et je suis parti alors sur un affreux compte-à-rebours déglingo-poétique (la tocante du diable) sans savoir réellement où cette chute aux enfers me mènerait. Bref, j'en étais glacé moi-même et à deux doigts de tout jeter à la poubelle.
Par je ne sais quelle inspiration (du moins en faisant mine de l'ignorer comme expliqué plus haut à Chamdefaye) j' ai alors switché ce jeune homme en jeune femme, et soudain tout s'est éclairé. La voix presque plaintive de petite fille de la mère et la voix plus rebelle, plus fiévreuse, plus clinique de la droguée ont commencé à tinter à mes oreilles. D'où cette disparité de ton quelque peu brutale, partant de ce principe que lors d'une même journée plusieurs voix peuvent très bien parler à l'intérieur de nous, la voix de notre fragile normalité et la voix plus désinhibée de nos excentricités, de notre folie douce ou aggravée.
Quant à approfondir le profil psychologique des personnages secondaires, j'entends bien ta remarque, mais je trouvais que j'étais déjà un peu long et qu'il était temps pour moi de lâcher prise avec cette nouvelle qui m'a malgré tout retourné un peu les tripes en l'écrivant.

Bien à toi !
« Modifié: 20 mars 2016 à 16:24:33 par kokox »

En ligne Kanimp

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #5 le: 05 avril 2016 à 22:41:09 »
Dans le cadre du défie MDE 2016 « Un texte en page 3 de sa section ».

Citer
Qui connaît la Moldavie, à part les Moldaves les plus instruits ?
Je connais la réponse. Les moldaves non instruits. Il te faut changer la phrase.

Je suis un peu désarçonner par ce texte.
Il commence par un long monologue qui se lit facilement et possède une grande dynamique. Mais je n’y suis pas plus réceptif que cela.

J’ai décroché dans la seconde partie. Il me semble qu’il y a des dialogues au milieu de phrases de descriptions. Ce qui m’a gêné, où l’absence d’aération ne m’a pas aidé.

Au final, je suis mitigé. Je ressens la puissance du texte et dans le même temps il me laisse de marbre.

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Hors ligne kokox

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #6 le: 06 avril 2016 à 02:31:33 »
Salut Kanimp,

En général, je méfie toujours des gens qui emploient cette expression : "Ca me laisse de marbre".
Soit ils ont un problème de tension artérielle et peuvent claquer devant vous à tout instant. Soit, ce peut être atavique, mais ils sont nés avec le coeur froid !
Et puis, je préfère nettement les gens qui disent "Je n'ai pas aimé, voire, je me suis emmerdé à la lecture !".
Etre mitigé, ça fait bizarre, tu ne trouves pas ? Rien qu'à l'oreille ! C'est comme si tu te présentais devant moi et que je te disais : "Je suis mitigé, je crois bien que je n'aime que la moitié de tes yeux !". Ca ne te ferait pas un peu drôle d'entendre ça, au fond de tes pensées marmoréennes ?   ;)
Ne m'en veux pas plus que cela au final. Pour moi aussi, c'est atavique. Ma mère me disait toujours : "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, sinon ça fait des courants d'air !".

Bien à toi !
« Modifié: 06 avril 2016 à 02:36:47 par kokox »

Hors ligne extasy

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #7 le: 06 avril 2016 à 02:47:16 »
Bordel. Mais où as-tu appris à écrire comme ça ? Qu'est-ce que je pourrais bien laisser en commentaire après un tel texte ? Quelle maîtrise putain, quelle élégance, et combien il est facile de te lire !
J'ai peut-être eu quelques soupçons d'hésitation par-ci par-là vers la première partie, mais si infimes que je n'en garde plus de souvenir, surtout qu'à chaque paragraphe, sans qu'on s'y attende, boum, une formule grandiose fait oublier tout le reste !
Coup de cœur pour moi, pas un instant je ne me suis ennuyé ni senti le temps passer. Et quelle chute ! Billy ! Je n'ai aucune critique constructive à te faire, à part ces menus détails :

Citer
J'ai beaucoup réfléchis

réfléchi ?
Citer
c'est ma petite superstition.    La prière !
Pourquoi ces trois espaces en plus ?
Citer
Mais il rit, à gorge déployée.    Son effroyable montre s'insinue dans mes yeux
Idem.

Merci pour cette lecture !

Edit : je n'avais pas lu les commentaires. Pour ce que tu dis d'un peu plus personnel, je vous souhaite bon courage.
« Modifié: 06 avril 2016 à 04:08:16 par extasy »

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #8 le: 06 avril 2016 à 15:27:58 »
Bon....

Le titre ne m'avait pas parlé mais après la lecture je le comprends bien mieux (riding the dragon, la première prise, celle qu'on cherche toujours à retrouver). Je suis venu lire ce texte après la publication au coup de coeur d'Extasy et je dois dire qu'il est magnifiquement... non horriblement dur mais beau mais laid.... ahhh bref j'ai adoré mais j'ai envie de pleurer  :s

Cette histoire, retranscite de l'intérieur est très forte avec une très belle dynamique, on y est, on le ressent, on se perd avec cette femme. On souffre, on se dégoute, on partage son trip et sa descente aux enfers. Arriver à la toute fin, alors qu'on a déjà bien souffert, on prend alors une énorme claque supplémentaire rajoutant à notre malaise.  :-\

Je te félicite pour ce texte empreint d'une telle intensité très bien écrit.  :)

On laisse souvent un morceau de soit dans tous ce que l'on écrit. Sans pour autant parlé de vécu où autre, on va parfois plongé dans nos sentiments les beaux ou les plus noirs pour donner une certaine véracité, un certain écho à nos histoires. J'imagine très bien comment tu a du ressortir de ta propre descente aux enfers. Bon courage à toi, j'ai fais récemment cette expérience de plongée en noirceur ;)
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Hors ligne Tome Pie

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #9 le: 06 avril 2016 à 15:41:21 »
C'est vrai qu'il est sacrément bien écrit ton texte, le style est juste parfait à mon goût, ultra dynamique, y a rien à dire là dessus, ni sur le récit d'ailleurs, tout est prenant et l'univers de la drogue, c'est à coup sûr un univers qui me parle et qui prend systématiquement! et tout se déroule naturellement, nulle part où ça rame, c'est aussi propre qu'une aiguille stérilisée!

Hors ligne Scapula

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #10 le: 06 avril 2016 à 15:48:42 »
Bonjour kokox,

Je n'ai également aucune remarque à te faire sur la forme, ainsi je ne parlerai que de ton texte en lui-même.
L'écriture est méticuleuse, les mots sont forts, les métaphores bien employées. J'ai ressenti une empathie assez exceptionnelle envers Rebecca, du moins pour un texte court. Dès le début, le décor est posé, le ton est donné, et pourtant... Pourtant, au fil du texte, j'espère que les malheurs n'arrivent pas, ou pas trop, même si je sais que ta protagoniste n'y échappera pas. Avec ce discours plein de bonne volonté, j'ai quand même espéré qu'elle s'en sorte.

La deuxième partie du texte m'a vraiment saisie. Tu parlais de tableau ; voilà comment j'ai perçu la scène. Un tableau sombre et chaotique, avec des éclats de couleur vives qui agressent la rétine. Des couleurs vives, et violentes. J'ai trouvé ce passage si triste ! Tu alternes l'exultation, le remord, la terreur, le soulagement, la honte... Tout se mêle, tout se répond, et tout est clair. Je te félicite, il faut vraiment avoir du talent pour transmettre des émotions comme tu le fais.

J'ai également eu un gros coup de cœur pour la chute, je ne m'y attendais pas. La peine éprouvée pour Rebecca n'était qu'un avant-goût de celle qui m'a giflée lorsque j'ai découvert l'identité de Billy.

Je me pose juste une question par rapport à ta protagoniste : Est-ce son trouble bipolaire qui a contribué à cette chute, ou la prise des comprimés de lithium ? Ne connaissant ni ce trouble (enfin, disons à peine) ni le traitement, j'aimerais savoir ce que tu as imaginé.

Bonne continuation  :).
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Hors ligne kokox

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #11 le: 06 avril 2016 à 18:31:21 »
Merci dans l'ordre à Extasy, Jigoku, Tome Pie et Scapula pour votre lecture et vos chaleureux commentaires.
Je ne désire pas faire pleurer dans vos chaumières, mais je traverse actuellement une période familiale des plus difficiles et "engloutissante", en raison de l'anorexie de ma fille, Nina, 18 ans (malade depuis 11 mois, hospitalisée depuis 6). La résultante de cette épreuve est que mes textes sont devenus depuis quelques temps nettement plus viscéraux, plus teintés de souffrance, de compassion, mais aussi de déchirante incompréhension.
Je n'ai pas pour habitude de m'épancher comme cela en public, mais puisque j'ai le coeur en plein dedans, il me devient de plus en plus pénible de faire celui qui ferait comme si de rien n'était.
Pour ceux que cette maladie intéresserait, (sans pour ma part aucune volonté de voyeurisme ni de mendier pitié), ils pourront s'ils le souhaitent lire "La Rose Eternelle", une transposition que j'ai faite au sujet de cette pathologie terrible, alors que je ne me sentais pas encore le courage de nommer les protagonistes par leur nom, que j'idéalisais encore un peu ce qui me touchait directement de plein fouet.
Mais ils pourront également lire le "Journal d'une Disparition" qui relate cette fois de manière beaucoup plus crue et frontale la "dépose" de ma fille, lors de son premier jour à l'hôpital psychiatrique Mutualiste de Montsouris.
Bref, loin de moi l'idée d'inonder MDE, de façon épisodique et mélodramatique, de mes tracasseries du moment (nous en vivons tous un jour ou l'autre, je ne suis pas dupe). Aussi, je m'arrêterais là, je le promets ! Car il est grand temps pour moi de retrouver un peu de sourire dans mes textes, même si ce sourire grince un peu, il est encore vrai, aux commissures.

Bien à vous tous !
« Modifié: 06 avril 2016 à 18:33:43 par kokox »

Hors ligne extasy

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #12 le: 06 avril 2016 à 22:40:20 »
Je souhaite souhaite tout le courage du monde kokox, à toi et à ta fille, et un bon rétablissement :calin:

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #13 le: 06 avril 2016 à 23:36:23 »
:calin: :meeting: Pour toi et ta fille Kokox  :meeting: :calin:
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Hors ligne kokox

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Re : La Course du Dragon (Contenu explicite)
« Réponse #14 le: 07 avril 2016 à 06:23:47 »
Extasy, JigoKu, je n'écris absolument pas pour me faire plaindre (moi ce que je vis n'est rien en regard de ce qu'endure ma fille) mais sachez cependant que je suis très touché par vos attentions !

Bien à vous !
« Modifié: 07 avril 2016 à 06:38:06 par kokox »

 


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