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19 avril 2019 à 14:25:24

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie, auteur] Baudelaire

Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Baudelaire  (Lu 5582 fois)

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : Baudelaire
« Réponse #15 le: 20 janvier 2012 à 01:48:21 »
" Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ", un grand classique de la poésie.
Yep, et globalement dans Les fleurs du mal, y a beaucoup de poèmes qui portent sur la poésie, qui parlent d'art. les dix premiers sont des poèmes dont le thème central n'est ni l'amour ni la nature ni la mort ni les animaux, mais l'art, la création, la position de l'artiste dans le monde. être un artiste, ce n'est pas seulement éprouver des émotions esthétiques fortes, c'est se regarder éprouver des émotions esthétiques fortes, et, en quelque sorte, élucider ces émotions. c'est ce que fait baudelaire quand il dit que "les parfums, les couleurs, et les sons se répondent" (cf. la synesthésie). il y a les poèmes où il parle de l'artiste "qui joue avec le vent, cause avec le nuage" (au lecteur); les poèmes où il parle de l'inadaptation de l'artiste au monde "terrestre" ("ses ailes de géant l'empêchent de marcher"), les poèmes où il évoque le rapport de l'artiste à ses prédécesseurs ("phares"), les poèmes où il évoque le pouvoir de l'artiste d'échapper aux servitudes et aux pesanteurs de la vie ("heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse/s'élancer vers les champs lumineux et sereins"), ceux où il parle des caprices et des difficultés de la création (ceux qui créent dans l'indifférence générale "mainte fleur épanche à regret/son parfum doux comme un secret" (le guignon) ; ceux dont l'inspiratino est capricieuse ou tourmentée ("ma pauvre muse hélas qu'as tu donc aujourd'hui/tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes" (la muse malade) ; ceux qui sont condamnés, pour survivre, à ne pas exprimer ce qu'ils ont au fond d'eux, à être de vulgaires bouffons ("il te faut pour gagner ton pain de chaque soir/comme un enfant de coeur jouer de l'encensoir/chanter des te deum auxquels tu ne crois guère/et ton rire est trempé de pleurs qu'on ne voit pas" etc. ).
tout ce début, ces quelques poèmes préliminaires sont émouvants. peut-être pas aussi beaux que les suivants, forcément un peu plus alambiqués, parce qu'il y a presque un souci de démonstration qui parfois alourdit peut-être un tout petit le propos, mais quand même c'est superbe.
ralalaalaa carlos forever :-)
« Modifié: 21 février 2013 à 17:55:02 par Meilhac »

pehache

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Re : Baudelaire
« Réponse #16 le: 20 janvier 2012 à 07:20:30 »
D'aucuns disent que les thèmes essentiels tournent autour de la solarité et du liquide.

Hors ligne mercurielle

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Bon anniversaire à...
« Réponse #17 le: 09 avril 2018 à 10:01:43 »
... Charles Baudelaire...

Psst : j'ignore où poster ce message.
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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #18 le: 10 avril 2018 à 20:32:30 »
Pourquoi pas dans les jours du Monde ?  :)

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #19 le: 11 avril 2018 à 10:25:11 »
Bonjour Versus1

Oui, j'en ai parlé aussi. Mais comme Baudelaire me tient particulièrement à cœur, mieux vaut deux fois qu'une.  :)
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zevoulon

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #20 le: 03 mai 2018 à 15:12:47 »

Conseil aux jeunes littérateurs
Charles Baudelaire

La question n’est pas de savoir si la littérature du cœur ou de la forme est supérieure à celle en vogue. Cela est trop vrai, pour moi du moins. Mais cela ne sera qu’à moitié juste, tant que vous n’aurez pas dans le genre que vous voulez installer autant de talent qu’Eugène Sue dans le sien.

L’orgie n’est plus la sœur de l’inspiration : nous avons cassé cette parenté adultère. L’énervation rapide et la faiblesse de quelques belles natures témoignent assez contre cet odieux préjugé.
Une nourriture substantielle, mais régulière, est la seule chose nécessaire aux écrivains féconds. L’inspiration est décidément la sœur du travail journalier. Ces deux contraires ne s’excluent pas plus que tous les contraires qui constituent la nature. L’inspiration obéit, comme la faim, comme la digestion, comme le sommeil. Il y a sans doute dans l’esprit une espèce de mécanique céleste, dont il ne faut pas être honteux, mais tirer le parti le plus glorieux, comme les médecins, de la mécanique du corps. Si l’on veut vivre dans une contemplation opiniâtre de l’œuvre de demain, le travail journalier servira l’inspiration, — comme une écriture lisible sert à éclairer, et comme la pensée calme et puissante sert à écrire lisiblement ; car le temps des mauvaises écritures est passé.

Quant à ceux qui se livrent ou se sont livrés avec succès à la poésie, je leur conseille de ne jamais l’abandonner. La poésie est un des arts qui rapportent le plus ; mais c’est une espèce de placement dont on ne touche que tard les intérêts, — en revanche très gros.
Je défie les envieux de me citer de bons vers qui aient ruiné un éditeur. Au point de vue moral, la poésie établit une telle démarcation entre les esprits du premier ordre et ceux du second, que le public le plus bourgeois n’échappe pas à cette influence despotique. Je connais des gens qui ne lisent les feuilletons de Théophile Gautier que parce qu’il a fait la Comédie de la Mort ; sans doute ils ne sentent pas toutes les grâces de cette œuvre, mais ils savent qu’il est poète.
Quoi d’étonnant d’ailleurs, puisque tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, — de poésie, jamais ?
L’art qui satisfait le besoin le plus impérieux sera toujours le plus honoré.

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #21 le: 03 mai 2018 à 19:01:57 »
Merci zevoulon !
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Re : Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #22 le: 04 mai 2018 à 19:49:54 »

Conseil aux jeunes littérateurs
Charles Baudelaire

La question n’est pas de savoir si la littérature du cœur ou de la forme est supérieure à celle en vogue. Cela est trop vrai, pour moi du moins. Mais cela ne sera qu’à moitié juste, tant que vous n’aurez pas dans le genre que vous voulez installer autant de talent qu’Eugène Sue dans le sien.

L’orgie n’est plus la sœur de l’inspiration : nous avons cassé cette parenté adultère. L’énervation rapide et la faiblesse de quelques belles natures témoignent assez contre cet odieux préjugé.
Une nourriture substantielle, mais régulière, est la seule chose nécessaire aux écrivains féconds. L’inspiration est décidément la sœur du travail journalier. Ces deux contraires ne s’excluent pas plus que tous les contraires qui constituent la nature. L’inspiration obéit, comme la faim, comme la digestion, comme le sommeil. Il y a sans doute dans l’esprit une espèce de mécanique céleste, dont il ne faut pas être honteux, mais tirer le parti le plus glorieux, comme les médecins, de la mécanique du corps. Si l’on veut vivre dans une contemplation opiniâtre de l’œuvre de demain, le travail journalier servira l’inspiration, — comme une écriture lisible sert à éclairer, et comme la pensée calme et puissante sert à écrire lisiblement ; car le temps des mauvaises écritures est passé.

Quant à ceux qui se livrent ou se sont livrés avec succès à la poésie, je leur conseille de ne jamais l’abandonner. La poésie est un des arts qui rapportent le plus ; mais c’est une espèce de placement dont on ne touche que tard les intérêts, — en revanche très gros.
Je défie les envieux de me citer de bons vers qui aient ruiné un éditeur. Au point de vue moral, la poésie établit une telle démarcation entre les esprits du premier ordre et ceux du second, que le public le plus bourgeois n’échappe pas à cette influence despotique. Je connais des gens qui ne lisent les feuilletons de Théophile Gautier que parce qu’il a fait la Comédie de la Mort ; sans doute ils ne sentent pas toutes les grâces de cette œuvre, mais ils savent qu’il est poète.
Quoi d’étonnant d’ailleurs, puisque tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours, — de poésie, jamais ?
L’art qui satisfait le besoin le plus impérieux sera toujours le plus honoré.

Merci zevoulon !
Baudelaire était décidément un critique de génie (et il théorisait lui même d'ailleurs qu'un grand artiste est forcément un grand critique "un poète contient forcément un critique")

d'ailleurs ses écrits sur la peinture, enfin toutes ses oeuvres critiques méritent beaucoup beaucoup beaucoup d'être lues, y a des kilotonnes de remarques profondissimes et hyper justes et hyper senties, des choses jamais dites avant lui et rarement dites depuis lui (un peu parce que c'est plus la peine de le dire, et peut-être aussi parce que c'est des trucs auxquels tout le monde n'adhère pas forcément, (mais bon moi perso j'adhère à peu près à tout ce qu'il disait comme critique) et ultra justes

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #23 le: 05 mai 2018 à 09:14:51 »
Que tous les admirateurs de Baudelaire se lèvent !  :pompom:
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Re : Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #24 le: 05 mai 2018 à 14:53:52 »

zevoulon

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #25 le: 07 mai 2018 à 08:35:55 »

À une mendiante rousse, mis en musique par le groupe La Tordue, en 1997

https://www.youtube.com/watch?v=JTzVnyu4gto

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;

En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor ;

Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;

Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !

Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois !

- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !

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Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #26 le: 07 mai 2018 à 10:21:55 »
Merci Zevoulon !

Parce que Baudelaire se prenait la tête et travaillait d'arrache-pied sur ses vers, voici, quelques variantes de ce poème:

Blanche fille aux cheveux roux,

=> Ma blanchette aux cheveux roux,

Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours


=>Qu'une pipeuse d'amant
Ses brodequins de velours

Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;


=>Ton sein plus blanc que du lait
Tout nouvelet ;

Et contemplant ton soulier

=>Et reluquant ton soulier

Maint page épris du hasard,

=> Maint page ami du hasard
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En ligne Alan Tréard

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  • C'est osé de penser que je pense.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : [Poésie, auteur] Baudelaire
« Réponse #27 le: 29 octobre 2018 à 18:23:14 »
Je me replongeais dans quelques poèmes de Baudelaire dernièrement, et je me faisais la remarque selon laquelle on s'attarde souvent trop sur le spleen et l'on délaisse la part énorme donnée à l'idéal dans sa poésie.

L'idéal, ce serait l'élément que cherche à atteindre le poète dans sa recherche vers la mesure et l'équilibre. Je citerais un poème dont je tire une interprétation particulière, qui se rapprocherait donc de l'idéal au-delà de l'intuition première.


L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.


Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.


Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?


- Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !



Pour moi, l'Ennemi est universel selon la subjectivité : le poète se laisserait comme envahir par un ennemi aussi indétrônable que le Temps ; telle une fatalité, il y aurait cette obsession de l'Ennemi impossible à éviter quelle que soit la position du poète.

Face à ce principe, on ne chercherait plus à savoir « Qui est l'Ennemi ? » mais « Qu'est-il et pourquoi semble-t-il apparaître en tout temps, en toute époque ? » Ce serait presque faire de cette représentation de l'Ennemi une redondance en soi qui répondrait à on ne sait quelle certitude.

Je relis aujourd'hui ce poème, et je n'y vois pas réellement une philosophie marquée, mais je perçois bel et bien un idéal se glisser derrière ces questionnements que le poème m'insuffle.

 


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