Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 avril 2019 à 15:05:05

Le Monde de L'Écriture » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie, auteur] Baudelaire

Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Baudelaire  (Lu 5583 fois)

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[Poésie, auteur] Baudelaire
« le: 17 février 2007 à 00:09:33 »
Il manquait au bataillon auteurs de renom.

Comme je le disais à Marygold (on l'aura retrouver sa tombe finalement ! ^^) c'est un de ceux qui m'a donné envie de lire et d'écrire non pas par simple plaisir, mais en donnant un sens, une saveur particulière à chaque chose. Je crois que je ne saurais mieux l'expliquer alors je vais ici copier quelques textes de sa plume postés sur l'ancien fofo et les laissez parler d'eux-même.


Une charogne
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir

Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion!
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés!

<br

/>

Au Lecteur
La sottise, l'erreur, le

péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos

corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les

mendiants nourissent leur vermine.

Nos pêchés sont têtus,

nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos

aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,<br

/>Croyant par de vils pleurs laver toutes nos tâches.

Sur

l'oreiller u mal c'est Santan Trismégiste
Qui berce

longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre

olonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.
<br

/>C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux

objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers

l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à

travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché

pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique

catin,
Nous voulons au passage un plaisir clandestin
Que nous

pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré,

fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux

ribote un peuple de Démons,
Et , quand nous respirons, la Mort

dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avecc de sourdes

plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard,

l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants

dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est

que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais

parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les

scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants,

hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos

vices,

Il en est un plus laid,plus méchant, plus immonde

!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,<br

/>Il ferait volontiersde la terre un débris
Et dans un bâillement

avalerait le monde;

C'est l'Ennui! -- l'oeil

chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en

fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,<br

/>-- Hypocrite lecteur,-- mon semblable,__mon frère!


<br

/>
L'albatros

Souvent, pour

s'amuser, les hommes d'équipage
prennent des albatros,

vastes oiseaux des mers
qui suivent, indolent compagnon de

voyage
le navire glissant sur des gouffres amers.

A

peine les ont-ils déposés sur les planches,
que ces rois de

l'azur, maladroits et honteux
laissent piteusement leus

grandes ailes blanches
comme des avirons trainer à coté

d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule

!
Lui naguère si beau, qu'il est comique et laid !<br

/>L'un agace son bec avec un brûle-gueule
L'autre mime,

en boitant, l'infirme qui volait

Le Poete est semblable

au Prince des nuées,
qui hante la tempête et se rit de

l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes

de géant l'empêchent de marcher



« Modifié: 08 septembre 2015 à 20:56:24 par Rain »
Le saule
peint le vent
sans pinceau

Saryû     - Mealin - le Scribe dans la Toile

Hors ligne Marygold

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Re : Baudelaire
« Réponse #1 le: 17 février 2007 à 09:03:03 »
Effectivement  ^^ Peut-être aura-t-on recueilli un peu de son

génie émanant de sa tombe...

Le premier poème c'est

Une charogne

Et moi j'en ai deux autres que

j'aime beaucoup :

La beauté


/>    Je suis belle, ô mortels ! Comme un rêve de pierre,

/>    Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,


    Est fait pour inspirer au poète un amour

/>    Éternel et muet ainsi que la matière.
 

 
    Je trône dans l'azur comme un sphinx

incompris ;
    J'unis un cœur de neige à la

blancheur des cygnes ;
    Je hais le mouvement qui

déplace les lignes,
    Et jamais je ne pleure et

jamais je ne ris.
   
    Les poètes,

devant mes grandes attitudes,
    Que j'ai

l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
 

  Consumeront leurs jours en d'austères études ;
 

 
    Car j'ai, pour fasciner ces dociles

amants,
    De purs miroirs qui font toutes choses plus

belles :
    Mes yeux, mes larges yeux aux clartés

éternelles !


Chant d'Automne

/>
   I
   
    Bientôt nous

plongerons dans les froides ténèbres ;
    Adieu, vive

clarté de nos étés trop courts !
    J'entends

déjà tomber avec des chocs funèbres
    Le bois

retentissant sur le pavé des cours.
   
 

  Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,

/>    Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

/>    Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

/>    Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.


   
    J'écoute en frémissant

chaque bûche qui tombe ;
    L'échafaud qu'on

bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
    Mon

esprit est pareil à la tour qui succombe
    Sous les

coups du bélier infatigable et lourd.
   
 

  Il me semble, bercé par ce choc monotone,
   

Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
 

  Pour qui ? - c'était hier l'été ; voici l'automne

!
    Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

/>   
   II
   
 

  J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
 

  Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,

/>    Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,


    Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

/>   
    Et pourtant aimez-moi, tendre cœur

! Soyez mère
    Même pour un ingrat, même pour un

méchant ;
    Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère


    D'un glorieux automne ou d'un soleil

couchant.
   
    Courte tâche ! La

tombe attend ; elle est avide !
    Ah ! Laissez-moi,

mon front posé sur vos genoux,
    Goûter, en

regrettant l'été blanc et torride,
    De

l'arrière-saison le rayon jaune et doux !
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Istaria

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Re : Baudelaire
« Réponse #2 le: 17 février 2007 à 22:04:23 »
ah "la charogne", voilà un beau

poème qui donne la nausée...typique du mouvement décadent !! faire du

Beau avec du Laid, de la vie avec de la mort, c'est la magie des

Grands. Mais ce mouvement ne vous met-il pas mal à l'aise ? je le

trouve si ambigu, si étrange...Si vous ne le ressentez pas chez

Baudelaire, parce que ses vers semblent malgré tout d'une pureté

éblouissante, lisez Tristan de Thomas Mann, ou La morte amoureuse de

Gautier ! c'est frissonnant, c'est à n'en pas dormir de

la nuit...
marygold, t'intéresses-tu  au mouvement

décadent et esthétique, toi qui aimes tant Baudelaire ?

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Re : Baudelaire
« Réponse #3 le: 19 février 2007 à 01:12:40 »
L'Albatros est un poème vraiment magnifique :) J'aime

également beaucoup Les Bienfaits de la lune... un poème en

prose, que je posterai à l'occasion.
"Il était tard lorsque nous bûmes." (René Daumal)

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Re : Baudelaire
« Réponse #4 le: 17 avril 2008 à 20:48:48 »
Eh bien... ça date, tout ça.

j'aime beaucoup l'inspiration romantique de Baudelaire, et toutes ses thématiques glauques, faire du beau avec du laid...



Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature,
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.

La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
O charme d'un néant follement attifé.

Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encore ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?

Inépuisable puits de sottise et de fautes !
De l'antique douleur éternel alambic !
A travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.

Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !

Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.

Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.

Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :
« Fiers mignons malgré l'art des poudres et du rouge,
Vous sentez tous la mort ! O squelettes musqués,

Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus !

Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange,
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.

En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité ! »



*

Ca ne vous fait pas penser à un film ? Moi, dès les premiers vers, j'avais Les Noces Funèbres qui me trottaient dans la tête...
"Il était tard lorsque nous bûmes." (René Daumal)

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Re : Baudelaire
« Réponse #5 le: 17 avril 2008 à 20:58:25 »
les Noces funèbres lol
remarque Tim Burton pourrait être en effet un Baudelaire reconverti en réalisateur

moi ce sont ses pointes que j'aime chez Baudelaire


La Femme sauvage et la petite-maîtresse

«Vraiment, ma chère, vous me fatiguez sans mesure et sans pitié; on dirait, à vous entendre soupirer, que vous souffrez plus que les glaneuses sexagénaires et que les vieilles mendiantes qui ramassent des croûtes de pain à la porte des cabarets.
 «Si au moins vos soupirs exprimaient le remords, ils vous feraient quelque honneur; mais ils ne traduisent que la satiété du bien-être et l'accablement du repos.  Et puis, vous ne cessez de vous répandre en paroles inutiles: «Aimez-moi bien! j'en ai tant besoin!  Consolez-moi par-ci, caressez-moi par-là!»  Tenez, je veux essayer de vous guérir; nous en trouverons peut-être le moyen, pour deux sols, au milieu d'une fête, et sans aller bien loin.
«Considérons bien, je vous prie, cette solide cage de fer derrière laquelle s'agite, hurlant comme un damné, secouant les barreaux comme un orang-outang exaspéré par l'exil, imitant, dans la perfection, tantôt les bonds circulaires du tigre, tantôt les dandinements stupides de l'ours blanc, ce monstre poilu dont la forme imite assez vaguement la vôtre.
«Ce monstre est un de ces animaux qu'on appelle généralement «mon ange!» c'est-à-dire une femme.  L'autre monstre, celui qui crie à tue-tête, un bâton à la main, est un mari.  Il a enchaîné sa femme légitime comme une bête, et il la montre dans les faubourgs, les jours de foire, avec permission des magistrats, cela va sans dire.
«Faites bien attention!  Voyez avec quelle voracité (non simulée peut-être!) elle déchire des lapins vivants et des volailles piaillantes que lui jette son cornac.  «Allons, dit-il, il ne faut pas manger tout son bien en un jour,» et, sur cette sage parole, il lui arrache cruellement la proie, dont les boyaux dévidés restent un instant accrochés aux dents de la bête féroce, de la femme, veux-je dire.
«Allons! un bon coup de bâton pour la calmer! car elle darde des yeux terribles de convoitise sur la nourriture enlevée.  Grand Dieu! le bâton n'est pas un bâton de comédie, avez-vous entendu résonner la chair, malgré le poil postiche?  Aussi les yeux lui sortent maintenant de la tête, elle hurle plus naturellement.  Dans sa rage, elle étincelle tout entière, comme le fer qu'on bat.
«Telles sont les moeurs conjugales de ces deux descendants d'Ève et d'Adam, ces oeuvres de vos mains, ô mon Dieu!  Cette femme est incontestablement malheureuse, quoique après tout, peut-être, les jouissances titillantes de la gloire ne lui soient pas inconnues.  Il y a des malheurs plus irrémédiables, et sans compensation.  Mais dans le monde où elle a été jetée, elle n'a jamais pu croire que la femme méritât une autre destinée.
«Maintenant, à nous deux, chère précieuse!  A voir les enfers dont le monde est peuplé, que voulez-vous que je pense de votre joli enfer, vous qui ne reposez que sur des étoffes aussi douces que votre peau, qui ne mangez que de la viande cuite, et pour qui un domestique habile prend soin de découper les morceaux.
«Et que peuvent signifier pour moi tous ces petits soupirs qui gonflent votre poitrine parfumée, robuste coquette?  Et toutes ces affectations apprises dans les livres, et cette infatigable mélancolie, faite pour inspirer au spectateur un tout autre sentiment que la pitié?  En vérité, il me prend quelquefois envie de vous apprendre ce que c'est que le vrai malheur.
«A vous voir ainsi, ma belle délicate, les pieds dans la fange et les yeux tournés vaporeusement vers le ciel, comme pour lui demander un roi, on dirait vraisemblablement une jeune grenouille qui invoquerait l'idéal.  Si vous méprisez le soliveau (ce que je suis maintenant, comme vous savez bien), gare la grue qui vous croquera, vous gobera et vous tuera à son plaisir!
«Tant poète que je sois, je ne suis pas aussi dupe que vous voudriez le croire, et si vous me fatiguez trop souvent de vos précieuses pleurnicheries, je vous traiterai en femme sauvage, ou je vous jetterai par la fenêtre, comme une bouteille vide.»
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Hors ligne Salamandre

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Re : Baudelaire
« Réponse #6 le: 17 avril 2008 à 21:05:47 »
baudelaire est carrément un génie !
C'est le seul dont j'aime aussi les proses, en plus des alexandrins ! (et lorsqu'on sait combien il est difficile d'écrire des poèmes en prose  ::))
Pour ma part, l'Albatros me donne presque les larmes aux yeux (quoique moins maintenant que je le sais par coeur  :-°)
Un autre que je connais aussi et que j'adore, c'est recueillement (rien que le titre, c'est déja magnifique!)

Sois sage, ô, ma Douleur, et tiens toi plus tranquille !
Tu réclamais le Soir, il descend ; le voici
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

pendant que des mortels la multitude vile,
sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords, dans la fête servile,
Ma Douleur, donne moi la main, viens par ici,

Loin d'eux. Vois ce pencher les défuntes Années,
Sous les balcons du ciel, en robes surannées,
Surgir du fond des eaux, le regret souriant,

Le Soleil moribond, s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul trainant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche


Baudelaire a un goût marqué pour le macabre...
Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister au monde.

Hors ligne Scorpnix

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Re : Baudelaire
« Réponse #7 le: 15 juin 2008 à 23:23:27 »
J'adore également Beaudelaire !! Les Fleurs du Mal.....  :coeur: Un vrai régal !! :P

C'est marrant, tous les poèmes qui vous avez cités ici sont dans mes préférés ! :) Il y en a un autre que j'aime bien, Elévation... Faudra que je le poste un de ces jours ^^ En tout cas, Beaudelaire était vraiment un génie, comme dit Sal' ! :) Respect ! :D

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Re : Baudelaire
« Réponse #8 le: 28 juin 2009 à 01:27:05 »
A une passante (Baudelaire, les Fleurs du Mal)

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
   
    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
   
    Un éclair... Puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
   
    Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

J'aime beaucoup ce poème car c'est encore vrai aujourd'hui. Imaginez-vous le nombre de gens que l'on croise dans la rue sans les connaître ... Et Baudelaire était vraiment un génie ! J'espère que vous avez également profité de cette lecture  ;)
Un mot est un oiseau au milieu d'une page. C'est l'infini.

Hors ligne Pierrot Larchet

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Re : Baudelaire
« Réponse #9 le: 05 juillet 2009 à 12:17:10 »
Éclair magnifique. Tant de femmes, d'hommes, d'objets croisés qu'on ne reverra jamais.  Dans "Shoah", film et livre de Claude Lanzmann, quelqu'un dit qu'on peut aimer une personne par un simple échange du regard, dans une fulgurance de l'instant, autant que si on la connaissait depuis des années. A méditer.
A méditer aussi, le fait qu'on peut côtoyer quelqu'un tous les jours, sans se douter d'un potentiel de richesse exceptionnelle. Ou un paysage, une atmosphère, une oeuvre d'art...

Quelques corrections typographiques à apporter (vérifié dans 2 éditions, dont La Pléiade):
Aligner le premier vers
Vers 12:  Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être! 

Baudelaire, Rimbaud, Nerval... des Maîtres.

Hors ligne Eska

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Re : Baudelaire
« Réponse #10 le: 23 juillet 2009 à 17:16:08 »
Pour l'anecdote : l'année de ma première S totalement inutile au lycée, jai été interrogé à l'oral au bac français sur le texte Une charogne. Ma prestation burlesque m'a valu un très joli et très mérité... 2  >:D

Hors ligne Scorpnix

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Re : Baudelaire
« Réponse #11 le: 31 juillet 2009 à 23:05:41 »
[HS]
Non ?! xD

J'aurais aimé tomber sur la Charogne. J'l'adore ce poème. Mais j'avais eu l'Eldorado de Candide. Ca m'allait très bien :P

[/HS]

Hors ligne Minyu

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Re : Baudelaire
« Réponse #12 le: 27 mars 2011 à 20:37:25 »
Ah, Baudelaire... Un maître !
L'un de mes  poèmes préférés de lui, c'est L'Horloge.
Et mon recueil préféré est - évidemment - Les Fleurs du Mal !
De Baudelaire j'aime tout, les mots choisis, sa noirceur, son désespoir, la dureté de son visage même !
"Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule"
Victor Hugo

"Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie."
"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
Jules Renard

Hors ligne Miko

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Re : Baudelaire
« Réponse #13 le: 12 mai 2011 à 21:43:32 »
L'albatros est l'un des premiers textes que j'ai lu de Baudelaire. J'avoue que le fait de l'étudier en première m'a beaucoup aidé à le comprendre et à l'apprécier.

Un incontournable de ce poète maudit - me semble t-il - est le poème "Correspondances" :

La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.


" Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ", un grand classique de la poésie. Je me souviens avoir commenté "Parfums exotiques" lors de mon oral blanc de français. Finalement je suis tombée sur les lettres persannes, il y avait beaucoup plus à dire sur Baudelaire mais passons.

Pour le fun, voici donc "Parfums exotiques" :
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers
.
• Refuser d'aimer par peur de souffrir revient à refuser de vivre par peur de mourir

• Chaque jour gaspillé devient une chance d'usée puisque la vie n'attend pas...

Hors ligne Ollin

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Re : Baudelaire
« Réponse #14 le: 23 octobre 2011 à 06:13:42 »
Je lis pas des masses, voire quasiment pas du tout de littérature ou de poésie, mais j'avais connu les Femmes damnées grâce à une reprise de Saez de certaines strophes. J'ai essayé d'en lire d'autres, mais celui-là reste mon favori :

Texte extrait des Fleurs du Mal

A la pâle clarté des lampes languissantes,
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
Delphine la couvait avec des yeux ardents,
Comme un animal fort qui surveille une proie,
Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
Superbe, elle humait voluptueusement
Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
Comme pour recueillir un doux remerciement.

Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.

- "Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?

Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants;

Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,

Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!"

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
- "Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
Comme après un nocturne et terrible repas.

Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

Avons-nous donc commis une action étrange?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: "Mon ange!"
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais un embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!"

Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
- "Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?

Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...

On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: - "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Lion des peuples vivants, errantes, condamnées,
A travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!
« Modifié: 23 octobre 2011 à 06:15:36 par Ollin »
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