Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

06 décembre 2019 à 01:21:32

Le Monde de L'Écriture » Autour de l'écriture » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Cadavre exquis 1 - L'Epopée d'Arzan

Auteur Sujet: Cadavre exquis 1 - L'Epopée d'Arzan  (Lu 5585 fois)

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Re : Re : Re : Cadavre exquis
« Réponse #15 le: 29 juin 2007 à 22:50:55 »
Citation de: Nous
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La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"

Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.

Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...

Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.

« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...

Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.

Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.

Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.

Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.

Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !

Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...

Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )


Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...

La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...


Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.

Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...

Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...


10 000 ans ? L'âge de son propre ancêtre, Ker... Ker Atlantis avait été un duc bon pour ses sujets, se préoccupant plus d'eux que de lui même. Il avait vécu bien des millénaires avant Jaskol, et à part tout ceci, on ne savait rien de lui. Il ne restait même pas de portrait !
Evidemment ! Tu ne crois quand même pas qu'une peinture tiendrait si longtemps ! Par contre, je peux te parler de Ker. Ca fait longtemps que je n'avais pas discuté avec un vivant...
- Ca ne m'interesse pas. Ce vieux débris est mort depuis 10 000 ans, en quoi serait-il utile de connaître sa vie ?
Vieux débris ?? Respecte tes ancêtres, gamin ! C'était un homme de bien et ce n'est pas le premier gosse qui passe qui pourra se permettre de l'insulter devant moi !
- Oh ? Et que vas tu bien pouvoir faire ? Tu es morte...
J'ai quelques années de plus que toi, figure toi, et j'en connaît bien plus sur l'art des Thaumaturges qu'aucun de tes contemporains. En fait, tu es le plus fort que j'ai rencontré jusque là de ton époque, et tu es à peine capable de me voir, c'est pitoyable. Mais soit, je vais te montrer.
Elle lui balança son poing dans l'estomac, et Arzan se plia en deux sous la douleur, le souffle coupé.
Perdu

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Re : Re : Re : Re : Cadavre exquis
« Réponse #16 le: 29 juin 2007 à 23:05:48 »
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"

Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.

Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...

Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.

« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...

Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.

Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.

Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.

Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.

Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !

Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...

Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )


Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...

La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...


Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.

Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...

Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...



Par la cape, les sandales et la hache de Géhïel, et par toutes les divinités majeures et mineures ! 10 000 ans ??? L'âge de son propre ancêtre, Ker... Ker Atlantis avait été un duc bon pour ses sujets, se préoccupant plus d'eux que de lui même. Il avait vécu bien des millénaires avant Jaskol, et à part tout ceci, on ne savait rien de lui. Il ne restait même pas de portrait !
Evidemment ! Tu ne crois quand même pas qu'une peinture tiendrait si longtemps ! Par contre, je peux te parler de Ker. Ca fait longtemps que je n'avais pas discuté avec un vivant...
- Ca ne m'interesse pas. Ce vieux débris est mort depuis 10 000 ans, en quoi serait-il utile de connaître sa vie ?
Vieux débris ?? Respecte tes ancêtres, gamin ! C'était un homme de bien et ce n'est pas le premier gosse qui passe qui pourra se permettre de l'insulter devant moi !
- Oh ? Et que vas tu bien pouvoir faire ? Tu es morte...
J'ai quelques années de plus que toi, figure toi, et j'en connaît bien plus sur l'art des Thaumaturges qu'aucun de tes contemporains. En fait, tu es le plus fort que j'ai rencontré jusque là de ton époque, et tu es à peine capable de me voir, c'est pitoyable. Mais soit, je vais te montrer.
Elle lui balança son poing dans l'estomac, et Arzan se plia en deux sous la douleur, le souffle coupé.
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Perdu

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Re : Cadavre exquis
« Réponse #17 le: 10 septembre 2007 à 19:52:40 »
Il se réveilla juste à temps pour voir un grand couteau plonger vers son thorax, plus tout devint noir.
De drôles de créatures blanchâtres lui parlèrent d'une voix éthérée, et Arzan comprit que la mort n'était pas si terrible, après tout.

***


« Modifié: 10 novembre 2008 à 19:43:21 par Loredan »
"Il était tard lorsque nous bûmes." (René Daumal)

 


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