Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Au Cheval Noir

Auteur Sujet: Au Cheval Noir  (Lu 7205 fois)

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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Au Cheval Noir
« le: 05 Mai 2015 à 16:26:42 »
La nappe de lin blanc, très fine, est damassée. Le dessin en est simple : de très petits carrés en damier. Alternent donc des carreaux qui semblent plutôt mauves, et d'autres plutôt crème. Si l'on penche la tête ou que l'on regarde sous un angle différent, les nuances changent mais, quelles qu'elles soient, chaque carreau se distingue de ses voisins. À droite de l'assiette, j'ai abandonné le petit couteau à fromage que je manipulais sans doute tout à l'heure sans m'en rendre compte. Son manche de corne est agréable au toucher, lisse sous le doigt tout en présentant un veinage rectiligne dans des tons beiges à ivoire. Entre le manche et la lame, une petite bague d'argent ciselé présente un motif abstrait qui fait penser à la broderie anglaise. La lame est arrondie à l'extrémité et, près du manche, on devine un petit poinçon carré.
À gauche de l'assiette il y a le reste d'un petit pain. Il est environné de miettes de tailles diverses qui roulent sous mes doigts.
Derrière l'assiette il y a trois verres de cristal assortis. Le plus grand se trouve à gauche. Il est vide. Son pied assez épais est composé de plusieurs anneaux concentriques surmontés d'une boule volumineuse. Le calice est en forme de tulipe, avec huit à-plats qui semblent des pétales. À travers l'on discerne, déformée, l'étiquette de la bouteille de vin placée juste derrière lui, dont on devine à la forme qu'il s'agit d'une bouteille de Bordeaux. Les mots « Graves » et « Château » sont clairement lisibles. On peut voir malgré le verre sombre qu'elle est à peine entamée.
Le deuxième verre est légèrement plus petit, mais malgré cela tout à fait identique d'aspect au premier. Il contient un peu de vin rouge, à peu près trois gorgées, dont la couleur tend vers le violet foncé. La trace de mes lèvres y est visible, salissant le cristal à son extrême bord. Le dernier verre, légèrement décalé vers la droite, est bien plus petit. On aperçoit tout au fond les dernières gouttes d'un vin blanc très clair qu'il a contenu.
Mon assiette, de porcelaine, présente une frise de bleuets dits « barbeaux », et un liseré doré. Elle contient les vestiges d'une cuisse de pintade dont la peau a été poussée vers le bord, et dont des lambeaux conséquents de chair adhèrent encore à l'os gris. Il y a aussi quelques haricots verts, un petit monticule de pomme de terre écrasée, parsemée de persil, et une sauce brune qui se fige autour de morilles et de grains de raisin de Corinthe. Par dessus, le couteau au manche de corne, assorti au couteau à fromage, et la fourchette dont le manche est orné d'une coquille, sont posés en croix. Sous le rebord supérieur de l'assiette dépasse à peine la petite cuiller dont on ne voit que la partie bombée.
Au-delà du rempart des verres, un petit vase bleu et blanc d'inspiration chinoise est renversé, teintant de son eau la nappe dont les carreaux mouillés paraissent gris clairs. Les trois roses jaunes qu'il contenait sont couchées en désordre sur la table, la tige de l'une d'entre elles restant glissée dans le col du vase. L'une des fleurs a la tête tordue contre la base de la bouteille de Perrier qui est placée là. Au-delà...

Au-delà, il y a ton assiette au contenu presque intact, ta serviette blanche froissée sur la nappe blanche, et dont les plis prennent une couleur bleutée d'autant plus soutenue qu'ils sont profonds.
Au-delà, il y a le dossier de ta chaise, orné de fleurs sculptées, qui fait un angle précis de quatre-vingt degrés avec le bord rectiligne de la table.
Au-delà, je vois la fenêtre ancienne dont certaines vitres présentent des bulles, et à travers lesquelles les détails sont légèrement troublés.
Au-delà de la fenêtre, et à travers ces vitres anciennes qui donnent sur un parking ombragé par deux marronniers aux fleurs opulentes, j'ai vu ton tailleur bleu ciel disparaître derrière une haie de charmille rigoureusement taillée, et dont la couleur vert tendre tranche avec les frondaisons qui l'environnent.

De ma main droite j'ai repris le petit couteau à fromage, et de sa lame je réunis les miettes éparpillées à gauche de mon assiette.
Déplaçant ma serviette, j'ai posé ma main gauche sur la toile gris perle de mon pantalon.

Mes doigts tremblent légèrement.

« Modifié: 22 Mars 2016 à 21:03:01 par gage »
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

World End Girlfriend

  • Invité
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #1 le: 05 Mai 2015 à 16:54:07 »
Je ne te cacherais pas que je me suis ennuyé.
Je hais les descriptions, vraiment, c'est ce qui est le plus futile à mes yeux dans un texte.
Du coup le fait que je me sois juste ennuyé c'est pas si mal. T'as fait du bon boulot je suppose

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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  • Trou Noir d'Encre
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Re : Au Cheval Noir
« Réponse #2 le: 05 Mai 2015 à 21:10:11 »
Salut gage !

Citer
dont des lambeaux conséquents de chair adhèrent encore à l'os gris.Il y a aussi quelques haricots verts, un petit monticule de pomme de terre écrasée, parsemée de persil,
manque un espace après le point
et j'aurais mis parsemé au masculin, pour le petit monticule plutôt que d'accorder avec la patate (t'as vu, je suis dans le style  ;))

Citer
Les trois roses jaunes qu'il contenait sont couchées en désordres
pourquoi un s à désordres ?

Citer
et dont les plis désordonnés
tu as "désordre" juste au-dessus

J'ai bien aimé. Cette description méticuleuse pour repousser le plus possible le moment de mettre des mots sur une séparation.
L'homme qui "bloque", ne comprend pas ce qui lui arrive, en viendrait presque à compter les carreaux sur la nappe pour chercher une assise, une réalité solide.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #3 le: 05 Mai 2015 à 21:54:18 »
@W-E-Girlfriend.
Citer
Je hais les descriptions
Eh bien c'est sûr que c'était pas un texte pour toi !  :D  Parce qu'honnêtement, si on enlève le descriptif, je me demande ce qui reste.
C'est dommage que tu sois réfractaire aux descriptions, parce que ça t'interdit tout un pan de littérature qui mérite le détour, et je ne parle pas de Balzac...
Citer
c'est ce qui est le plus futile à mes yeux dans un texte.
Évidemment, je ne suis pas du tout, du tout d'accord avec toi !  ;)

@Rémi.
Cher Rémi, j'ai corrigé sous tes conseils, à l'exception du "parsemé", parce que je pense que dans l'idée c'est bien la patate qui est parsemée, plus que le monticule...
Je te remercie d'avoir compris ce que je voulais faire. Tu l'as très bien résumé toi-même. Je suis rassuré que ce soit bien la stupeur du narrateur que l'on devine entre les lignes.
Merci encore pour ton passage.
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne lepion

  • Calame Supersonique
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Re : Au Cheval Noir
« Réponse #4 le: 06 Mai 2015 à 15:01:12 »
ouais, y a de la tension dans ces descriptions, c'est presque palpable, quoi
le plus fort, c'est que l'on ignore qui est l'autre, un homme ? Une femme ? Un hermaphrodite ?
en tout cas, c'est bien écrit, on ne s'ennuie pas une seconde en sentant monter la pression
ça m'a fait penser à du Zweig, pour le côté psychologique de la mise en scène

une petite coquille : cuillère avec un E

@ pluche l'ami
rien ne sert de partir à point, il faudra courir.

Hors ligne Calegal

  • Troubadour
  • Messages: 387
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #5 le: 06 Mai 2015 à 15:46:15 »
Salut gage :D
Comme World End je ne suis pas un grand fan des descriptions mais pour une fois ça ne m'a pas trop gêné car la description permet de faire transmettre une émotion dans ce cas là. C'est vrai qu'a certain moment j'ai décroché un peu  :-[ mais dans l'ensemble j'ai apprécié  ;)

Citer
Au delà, il y a ton assiette au contenu presque intact, ta serviette blanche froissée sur la nappe blanche, et dont les plis prennent une couleur bleutée d'autant plus soutenue qu'ils sont profonds.
Au delà, il y a le dossier de ta chaise, orné de fleurs sculptées, qui fait un angle précis de quatre-vingt degrés avec le bord rectiligne de la table.
Au delà, je vois la fenêtre ancienne dont certaines vitres présentent des bulles, et à travers lesquelles les détails sont légèrement troublés.
Au delà de la fenêtre, et à travers ces vitres anciennes qui donnent sur un parking ombragé par deux marronniers aux fleurs opulentes, j'ai vu ton tailleur bleu ciel disparaître derrière une haie de charmille rigoureusement taillée, et dont la couleur vert tendre tranche avec les frondaisons qui l'environnent.
J'ai adoré ce paragraphe  :coeur:

Citer
Déplaçant ma serviette, j'ai posé ma main gauche sur la toile gris perle de mon pantalon, sur ma cuisse.
Par contre je ne suis vraiment pas fan de cette phrase, j'enleverais " sur ma cuisse"

En tout cas bravo à toi d'avoir réussi à transmettre autant de chose en ne disant rien. Chapeau! :mafio:
"Le livre n'appartient plus à celui qui l'a écrit, mais à ceux qui le lisent." Modiano
"L'abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu'on a lu, on se croit dispensé de l'apprendre. Trop de lecture ne sert qu'à faire des présomptueux ignorants." J.J Rousseau

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #6 le: 06 Mai 2015 à 19:50:58 »
@Lepion.
Salut l'ami !
Zweig...tu me mets la barre un peu haut, là. Merci infiniment du compliment.
Ravi en tout cas que le texte t'aie plu !
Quant à la cuiller, je reste un des derniers vieux cons à l'écrire comme ça ( tu peux tester, le correcteur du forum la supporte telle quelle  :D )
A la prochaine ici ou ailleurs !...
@Calegal
Bonjour, et merci du passage.
Citer
je ne suis pas un grand fan des descriptions mais pour une fois ça ne m'a pas trop gêné
Peut-être qu'au bout de quelques textes, seras-tu entièrement converti ?
( Je pense que les descriptions sont rarement innocentes et servent forcément le propos du type qui en use... :ned: )
Si en plus tu as adoré un paragraphe, je suis comblé, ça doit être une des premières fois que j'ai droit aux petits cœurs...
Merci pour ça aussi, c'est bon comme tout  :).
Et puis je suis d'accord avec toi, le mot "cuisse", moyennement beau, n'apporte rien, il vire.
Merci encore pour tes compliments, à bientôt !
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne Oussri

  • Aède
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Re : Au Cheval Noir
« Réponse #7 le: 06 Mai 2015 à 20:15:28 »
Salut Gage :)

Pour commencer, je ne peux pas nier que tu es doué dans les descriptions. C'est bien écrit, on visualise bien la scène. Mais sincèrement, je n'ai pas accroché. J'ai beaucoup aimé le paragraphe qu'a souligné Calegal mais tout ce qu'il y a avant... Je n'ai rien ressenti, je n'ai pas trouvé une seule émotion qui se dégageait de ce que voyait le narrateur et c'est bien dommage parce que tes descriptions sont justes. Peut-être aurais-tu pu trouver un angle différent, qui aurait su décrire la même scène mais avec davantage de sentiments.

Malgré tout, je le répète, tu écris très bien. J'espère avoir l'occasion de te lire dans un autre registre qui me toucherait davantage ;)

A bientôt :P
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #8 le: 06 Mai 2015 à 20:42:48 »
Ah, merci pour votre passage, mademoiselle Oussri.

En fait, tu n'as pas ressenti d'émotion parce que ce n'est pas prévu du tout...
Je crois que Rémi a vraiment et très simplement résumé ce que je voulais faire passer.
Le texte ne se veut que descriptif, tout en laissant comprendre la stupeur, le "KO debout" que subit le narrateur.
C'est comme une photo qu'il prend à ce moment là, et dont il se souviendra toute sa vie. L'émotion n'est pas du tout dans ce qu'il voit, mais uniquement en lui, et elle ne déborde quasiment pas.
En gros, il est anéanti, mais je ne le dis pas.

Merci en tout cas pour ton passage, et pour tes compliments sur mon écriture.
J'essaierai de te séduire autrement la prochaine fois... :D
J'ai quelque part un autre texte, qui s'appelle " Je préfère arriver par le jardin", mais je ne suis pas certain que tu y trouve ton compte non plus.
A la prochaine !
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Hors ligne La Marquise de Carabas

  • Prophète
  • Messages: 729
    • Domaine de la Marquise
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #9 le: 07 Juin 2015 à 07:48:46 »
Gage...  :coeur:

( ça c'était pour que tu ai d'offices des petits coeurs en plus ! )


Comme le pion, je retrouve avec bonheur du Zweig dans tes lignes, et comme j'aime ça... car ça reste un de mes auteurs préférés et un maître selon moi en matière de description.

J'avais déjà lu, et hautement apprécié "Je préfère arriver par le jardin" ( ainsi que sa lecture ), et encore une fois tu réussis à me plonger dans un regard familier.

Depuis que je suis enfant, par réflexe, peut être par protection émotionnelle, j'ai l'habitude de décrire mentalement, par des phrases que je sens s'écrire dans ma tête, l’intégralité de mon environnement. Si bien que, pour les instants les plus traumatisants de mon existence, j'ai très souvent ce genre de " photographie détaillée " des endroits où j'étais jusque dans les détails les plus désuets et inutiles, ces moments particuliers où j'ai été fascinée par la beauté d'une teinte, d'un objet, de la précision d'un angle, du chaos parfait d'un agencement incongru face à moi, qui en dit long sur le moment clef qui vient d'avoir lieu.

Alors tu te doutes, très cher Gage, au combien, ta description parfaite, dans cette neutralité stupéfaite, accompagné de ce très léger tremblement éveille chez moi tout l'impact psychologique que l'on peut aisément se figurer dans le cas d'une violente rupture.

....

Avec mon indéfectible amour pour ta plume...

Je te souhaite une délicieuse journée  :-[

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #10 le: 07 Juin 2015 à 10:15:18 »
Eh bien Marquise.... :-[

je souhaite à chacun sur ce site d'avoir la chance de s'éveiller par un charmant matin de printemps, d'ouvrir juste assez un œil bouffi par le sommeil dominical pour lire les " Réponses à vos messages " et de tomber sur un tel commentaire.

Merci infiniment Miss Carabas... vos éloges me semblent si disproportionnés. Et revoici Zweig, dont je ne connais que "le joueur d'échecs" qui pointe à nouveau le bout de son nez.
Merci beaucoup pour tous ces compliments, je m'en vais les mettre de côté pour les ressortir de temps à autre, les jours de doute, et les faire luire à nouveau...
Merci pour cette lecture sensible et "habitée".

La journée sera délicieuse... grâce à toi.
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Au Cheval Noir
« Réponse #11 le: 07 Juin 2015 à 11:49:03 »
Salut Gage !

J'ai lu ton texte, et j'ai un peu lu les commentaires, alors voici mon avis :
Je ne suis moi-même pas particulièrement fan des descriptions (je les sautais dans les romans que je lisais, autrefois) mais je suis fan des textes super. Du coup je suis fan de celui-ci. Parce qu'il est clair que cette description exagérée des moindres détails n'est pas là par hasard.  Non, c'est vraiment beau, sérieux. D'un côté, un maximum de détails concrets, et de l'autre le minimum (un bout de phrase, qui plus est encadrée de passages descriptifs !) pour en expliquer la raison. Et ça, c'est vraiment super je trouve. J'avais déjà aimé en lisant, puis j'ai lu le commentaire de Rémi qui m'a un peu mieux fait comprendre le texte, notamment lorsqu'il dit : "en viendrait presque à compter les carreaux sur la nappe pour chercher une assise, une réalité solide". Voilà, du coup tout est déjà dit.
A plus, et bonne continuation !

Hors ligne mythiris

  • Calligraphe
  • Messages: 137
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #12 le: 07 Juin 2015 à 12:12:43 »
Bonjour,

Comme beaucoup, je n'ai jamais lu une description en entier. :-[
Une fois n'est pas coutume. Je me suis appliqué, et ce n'est pas aussi difficile que je l'aurais cru. Ca pourrait même devenir agréable.

Merci

« Modifié: 07 Juin 2015 à 16:12:04 par mythiris »

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #13 le: 07 Juin 2015 à 15:50:44 »
@Extasy !
Merci pour ton passage Au Cheval Noir. Décidément, je suis sur le point de convertir une frange du Mde au plaisir de la description. Je suis enchanté que tu aies capté le sens sous les choses. merci beaucoup pour tes compliments.
A + !
@Mythiris !
C'est avec beaucoup de fierté que je lis que toi aussi tu serais sur le point de passer du côté descriptif de la force de l'écriture... :D
C'est vrai que ça peu procurer beaucoup de plaisir de lire une description précise, mais sache qu'en plus, c'est passionnant à écrire. Je pense qu'il est plus facile de ressentir ce que ressent un personnage si le cadre est bien installé, ça peut servir dans toutes sortes d'écrits, même si finalement la description n'est pas destinée à être livrée au lecteur. En tout cas merci pour ce gentil détour.  :)
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 204
Re : Au Cheval Noir
« Réponse #14 le: 19 Mars 2016 à 21:08:26 »
Salut gage, je remonte ça puisque tu en parles dans un autre sujet.
Citer
La nappe de lin blanc, très fine, est damassée. Le dessin en est simple : de très petits carrés en damier. Alternent donc des carreaux qui semblent plutôt mauves, et d'autres plutôt crème.
"de très petits carrés en damier", "alternent donc des carreaux" : est-ce qu'il faut vraiment ajouter une répétition à la description ?

Citer
Si l'on penche la tête ou que l'on regarde sous un angle différent, les nuances changent, mais quelles qu'elles soient, chaque carreau se distingue de ses voisins.
Réaction immédiate : je n'aime pas le "on".
(accessoirement, la phrase me semble imprécise : est-ce qu'il est toujours clair que c'est un damier, ou est-ce que chaque carreau est un petit peu différent des autres carreaux de même couleur ?)

Citer
le petit couteau à fromage que je manipulais sans doute tout à l'heure sans m'en rendre compte.
Des virgules pourraient accompagner la manipulation négligée ?

Citer
A travers l'on discerne, déformée, l'étiquette de la bouteille de vin placée juste derrière lui, dont on devine à la forme qu'il s'agit d'une bouteille de Bordeaux.
J'aime cette touche, l'angle de vue semble apporter quelque chose.

Je compte aussi dix "dont" dans le texte entier, qui est une articulation dont je ne suis pas fan en général. C'est une affaire de goût en partie.

Mon contexte pour discuter le texte, vu que tu as récemment manifesté ton amour pour Sarraute : je n'ai jamais lu de Robbe-Grillet, seulement quelques pages de Sarraute (pas impressionné, désolé), mais j'ai beaucoup aimé La Modification. Donc je suis ouvert à l'approche hyper-descriptive du Nouveau Roman, mais pas convaincu d'emblée.
Dans l'ensemble, il me semble que la description manque d'un parti pris définitif, entre l'objectivité et la subjectivité, entre le "on" et le "je" effectif du regard, entre le choix d'animer ou de désanimer la scène. Ça peut s'expliquer comme un tiraillement volontaire, une distanciation imparfaite, mais à la lecture, ça ne marche pas vraiment pour moi.
(je trouve aussi que ça s'appuie un peu trop sur les couleurs pour avoir une chose à dire sur chaque chose ; il y a un côté tableau mais il me semble qu'il pourrait passer autrement)
La fin marche bien (à partir de "Au delà"), mais elle aurait marché presque aussi bien avec moi sans la description initiale, ou avec cette description en trois mots. Je comprends extérieurement le travail de la stupeur, seulement pour moi ce défaut de parti pris ne la transmet pas vraiment, échoue à figer ou à donner une insignifiance définitive pour signifier par l'insignifiant. Pour l'approcher d'une autre façon, quand je le lis, ça ne va ni vers le beau ni vers le rien.

Alors je remonte un texte pour dire que je ne l'aime pas trop, et ça n'est pas très gentil de ma part ^^ Mais (en dehors du fait que d'autres gens aimeront), je trouve ça intéressant ; et ta remarque dessus dans l'autre sujet laissait entendre que tu avais abandonné cette piste, ce que je trouve dommage, parce qu'elle a de la valeur. C'est un premier essai, ça n'est pas parfait à mon goût, mais il y a de quoi y revenir.
« Modifié: 19 Mars 2016 à 21:14:35 par barnacle »

 


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