Comme je dois voir la seconde partie demain...
La première partie est sortie dans les salles le 1er janvier 2014. Initialement cette nouvelle œuvre de Lars Von Trier en huit chapitres devait durer un peu plus de 5H. Pour des raisons économiques et au nom de la décence le film a été circoncis puis divisé en deux lots de quatre chapitres.
Bon, le premier lot ? Attendu que Charlotte Gainsbourg y tient le premier rôle, je me suis rendu dans une petite salle de cinéma d'art et d'essai empli d'un préjugé très favorable. Point déçu ! Je ne bite rien aux pseudo critiques qui ne voient là qu'obscure philosophie du sexe d'un LVT en perte d'imagination. Rien de nouveau sous le soleil, les écrivaillons qui doivent leur bout de gras en faisant alléchance à leurs maîtres ne torchent rien d'intelligent. Certains déplorent même l'absence d'érotisme et clouent l'ennui en guise de résumé (ex « Les Inrocks »). Ce film n'a rien du pornographique lénifiant des Marc Dorcel (1/3 pipe, 1/3 pénétrations, 1-ter sport).
Lars Von Trier montre à quel point il est difficile de sortir du carcan moral qui asphyxie la sexualité. Joe (C.Gainsbourg) participe dans sa jeunesse à un groupe de jeunes femmes qui cherchent l'émancipation en rompant avec les formes traditionnelles du couple. Il s'agit de séparer le jaune du blanc, le désir de l'amour trop souvent confondus. Probablement par manque d'expérience et de recul la tentative est vouée à l'échec. La méthode employée donne, pour presque toutes, raison à l'amour exclusivement monogame, comprenant l’accomplissement de la femme comme propriété de l'homme. En effet, les dames oiselles, pour fuir l'éthique véhiculée par le darwinisme sociale entrent elles-mêmes dans une compétition à l'envers... mais qui revient au même. Il s'agit de baiser le plus possible et sans affect aucun, par une surenchère d'aridité devenant écœurante, comme peut l'être la barbe à papa ou toute autre confiserie (d'ailleurs dans cette course, symbolisée par les images du train, Joe ne participe que pour – précisément – un sachet de confiserie ! Hé oui, la critique du consumérisme fait fond de cette œuvre). Ce carcan social, à la façon des Drosera, attire sa proie par les éclats d'une rosée feinte qui se révèle être glu, lorsqu'il est déjà trop tard. Glu : mariage, sentiments les boniments, cloisonnement de l'individu sur l'autel de l'individualisme. Cercle absurde où la vie se déploie par le mime d'un geste déjà esquissé, rien ne se passe, on se retourne, mais c'est l'heure de partir. LVT souligne cet aspect insensé de l'existence dans lequel nous sommes par facilité et croyance confinés. C'est précisément la dimension « vide » du film, un film de ().
Le réalisateur ne se contente pas d'éclairer le spectateur sur ces écueils, il dépose également sur la pellicule le sel de l'intimité, de la sensation : Joe dans sa quête de liberté n'est pas une coquille vide. La violence de son dépucelage sans queue ni tête est à l'hymen ce que le tympan est à l'oreille : une fragilité qu'un souffle seul peut faire vibrer. Ainsi la délicate polyphonie de Joe avec ses trois amants est-elle déclinée sous les mains de Bach ( BVW 639 «Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ »), un véritable appel à être. La mort de son père, pas celui de Jésus, est vue à travers les larmes oniriques d'une sécrétion transparente... ainsi l’huître fait-elle avec un grain de sable et donne la perle.
Bon, j'suis un poil claqué il y a plein de choses à dire encore sur ce film... espérant simplement vous avoir donné envie de le voir.