Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

18 janvier 2020 à 18:37:50

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Auteur Sujet: Itinéraire inconnu  (Lu 428 fois)

Hors ligne Nialacram

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Itinéraire inconnu
« le: 16 décembre 2013 à 18:00:18 »
Bonsoir.

Voici un texte que j'ai écris il y a pratiquement un an. C'était ma première nouvelle ^^.
J'étais alors un jeune naïf, mais mes intentions n'en étaient pas moins noble. En espérant qu'il vous plaira.
N'hésitez surtout pas à me critiquer, me frapper ou encore même me poignarder.




C'est un homme comme les autres... Pas vraiment... Il s'assoit. Il regarde la masse bouger, s'enfuir, s'évaporer, renaître. Il se pose sûrement des questions. Mais ne reçoit, en guise de réponse, que l'écho de ses questions. Des fois las, il reste à terre, il reste là. D'autres fois, il se déplace. « D'endroits » en « lieux ». Ce qui n'a plus de sens pour lui. Et ses habits sont à l'élégance, ce que l'art est aux néophytes. Pourtant il n'est pas moche. Mais son épiderme même, déplore son manque d'hygiène. Il n'a pas le choix... Peut-être a-t-il un chien ? Personne ne sait. Il faut me comprendre, je dis « il », pourtant c'est une métonymie. Car « il » sont tous dans cet état social. Mais passons, son cas est plus important que ma prose. Je crois qu'il aime s'asseoir devant chez moi. Je le sais car, parmi les « endroits » et « lieux » qu'il emprunte, je suis parmi le plus fréquenté. Ainsi un jour, l'ayant approché, je remarquais que le néant habitait ses yeux. Quelque chose me dit qu'il y a élu domicile pour un moment. Le néant n'a pas de problème pour ça. « Comment savoir ? », me diriez-vous. C'est là, l'œuvre de chuchotements. D'autres fois, aussi, je me demande si son dos lui pardonne ses outrages. Impossible. J'en suis convaincu. Il n'a eu, durant des mois, comme compagnon de nuit, que sols, « lieux » macabres, ennui et solitude. Ce qui doit être encore plus dur en période de froid. Apparut de nul part, je me disais que nous sommes Lundi, premier jour de l'hiver.


Aujourd'hui, il n'est pas là. Deux semaines sont passées, le temps extériorise son courroux. Peut-être a-t-il froid ou faim ? Personne ne sait. À ce moment, je lis un journal, rubrique « Faits d'hiver ». Quelqu'un arpente à présent le Styx. La cause : dans l'énoncé. Ce n'est pas lui. Bien sûr, je ne suis pas infaillible, mais quelque chose me le fait croire. « Comment le sais-tu ? », diraient-ils. C'est là, l'œuvre d'une intuition. Plus tard, traversant « République », je croisais quelques pairs à lui. Comment les décrire : démunis ? J'en vois un, le sourire ébréché. Dans ses yeux, le néant me nargue. L'hôte ne s'en ai pas rendu compte, il tient le liquide de l'oubli. Son visage exprime l'œuvre malsaine de la rue. « Est-il conscient de sa condition », me dis-je. Sûrement... Je passais ainsi mon chemin, le laissant à l'oubli. Que faire ? Puis je me disais, décidément, Paris est emplie de vivant absolument mort... Des vivants qui attendent tranquillement, leur ticket à la main, que la faucheuse passe quand ce sera leur tour.


« Numéro 48 !» crie quelqu'un à la télé. Un nouveau riche. Aujourd'hui nous sommes le... Oh et puis quelle importance ! Je regarde par-delà le cadre de sable chauffé à blanc. Il est dehors, sur ce banc, le dos arqué. Je crois qu'il tremble, encore le froid. Sa Némésis. C'est nouveau, il joue de l'harmonica, et qui plus avec harmonie. Les passants le dédaignent, ne lui accordent que l'ombre d'une pensée. Puis d'un coup, sans raison, je me dis que je ne connais pas son nom. Serait-ce Jean... Ou François ? S'ensuit une autre question, sans lien avec la précédente. Peut-être a-t-il fait de grandes études, peut-être n'a-t-il rien fait ? Qu'importe... Rien ne devrait permettre à l'homme d'arpenter l'aigreur, la fureur, la noirceur de la rue. Ce tourbillon de fou. Pourtant il s'en tire bien. Jamais je ne lui ai vu de blessure. L'expérience... Dehors il continue de jouer pour sa pitance. S’il est ici, ne serait-ce pas la connivence de quelques entités supérieures ? Personne ne sait. Il s'arrête de jouer. La nuit s'abaisse, il reste las, il la contemple, cette compagne aussi douce qu’agressive. Son amie, cette lueur dans la nuit est présente elle aussi, provoquant cette obscure clarté qui, apparemment, l'emplit de frénésie mélancolique. Il se remet à jouer. J'admire l'hommage à cette éphémère muse. Les voisins moins. Je crois qu'il pleure, il est heureux, il sourit tout en jouant. Mais au moment où la Colombe atteint son âme. Des hommes mécontents, eux, atteignent son bras. Violemment, il est maîtrisé...


Il est la ! devant moi ! Il me regarde avec son néant ! J'essaie, mais je n'arrive pas à le rattraper ! Pourtant je cours ! Ils l'embarquent, et je ne sais pourquoi j'interviens ! Je l'ai, moi aussi, toujours dédaigné ! Ne lui ai accordé que l'ombre d'un regard ! Sans prévenir, je me réveille... Je rêvais. Mais ça semblait si réel. Comme toujours. Mon premier geste : regarder dehors. Personne. Combien de temps s'est écoulé depuis l'arrêt de son hommage ? Aucune idée. Je ne me souviens plus. Le temps semble s'appesantir, semble avoir de plus en plus de mal à marcher. Le temps se fait vieux l'espace d'un instant. Mais ça fait un moment. Ils ont dû le relâcher. Il côtoie sûrement, en ce moment même, des ombres dédaignées. Comme lui... Je ne remarquais, alors pas, le jour se lever. La dame, sublime, à la robe d'ébène et froide avec qui il discutait ce soir-là, laisse aujourd'hui place à cette dame à la robe jaune ; belle comme le jour, plus chaleureuse et à la teinte rougeâtre le matin. Pendant un moment, j'étais conquis. Oubliant le malheureux. Je criais spirituellement, « Arrête toi, instant, tu es si beau ! ». J'étais comme happé par l'ataraxie. Comme allant de soi après une extase pareille, allégé, je relativise, pensant qu'il s'en sortirais bien. Je me dis alors, « l'expérience »...


Une aphasie motrice. Celle de Broca. Mais je ne suis pas sûr, je ne l'entends pas parler, il est trop loin. D'ailleurs, je ne l'ai jamais entendu parler. Désormais, je ne pourrais plus. Correctement du moins. J'entends par contre son harmonica, grinçant. Pareil au cri strident d'un homme criblé de coups par quelques égarés criminels. Il a du mal à jouer. J'ai l'impression que le tourbillon sombre du marasme l'entoure. Ce n'est plus nouveau, il tremble. L'hiver atteint son apogée et rigole dans sa tanière. Laissant quelques moribonds par ci. Par là... Puis passant ma tête par la fenêtre, le froid me vole une larme. Seulement celle de l'œil droit. Étrange, ça m'arrive souvent. Je le vois tousser avec ardeur. Autour de lui, de chaleureux passants vêtus de fourrure rient ensemble. Je pense qu'il aimerait bien rire lui aussi. Il ne pourra plus comme avant. Maîtrisé trop fort... Il est apathique depuis ce jour. Il regarde le vide. Se traînant. Devenant une roulotte à l'agonie dont les joints ne feront pas de vieux os. C'est ainsi que le néant se développa jusqu'au corps. J'eus alors l'impression qu'il y avait connivence entre l'hiver et le néant. Et je le regardais ainsi, me disant qu'il n'était qu'un oublié de la rue ; un homme perdu et errant parmi les tours de béton, sans avenir ; par-dessus tout, un génie du courage. Je fus triste...


J'ai l'impression que cette histoire n'a duré qu'une semaine. Tout est allé si vite. Je l'ai vu, si loin de ce précipice, avancé lentement, mais sûrement. Comme si il était poussé par l'envoyé du destin. Agonisant, déçu. Mais heureux ! même dans la déchéance. Je l'ai vu maigrir de jour en jour, d'heure en heure, de seconde en centième. Je l'ai vu acclamer la beauté de Nature... Au visage plus ambigu que les sentiments humains. Je ne le vois plus. Il est, tout comme Alcibiade dit, dans « le banquet », de Socrate, un silène. Il était juste fauché et sale, socialement mis à l'écart. Handicapé par la chance. La routine organisée par l'abîme. Je ne l'ai pas aidé, je n'aurais rien pu pour lui. Son quotidien, peut-être l'a-t-il maudit? Personne ne sait. En tous les cas, il m'inspire une phrase destinée aux entités : Ihr führt ins Leben uns hinein, Ihr lasst den Armen schuldig werden... Et si je pouvais dire un mot à sa mémoire, je dirais qu'il est l'or à l'intérieur de l'écorce.


Aujourd'hui je suis morose, comme si l'on était Dimanche. Un mouvement oculaire vers le calendrier, c'est le cas...
Un gradé de dragon dégrade un dragon gradé.

 


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